LA DÉFENSE DU TERRITOIRE
nécessaires. En arrière, de grandes places fortes sont chargées d'approvisionner nos armées, dans ces pays où il est difficile de vivre, où l'on se fatigue vite.
L'invasion par le nord du système alpestre serait très dangereuse pour nous, au cas où deux ennemis coalisés se donneraient Lyon pour objectif commun, l'un venant par l'Isère , l'autre par la Saône, Albertville et le fort de Vutmis barrent la haute Isère à l'entrée du Petit-Saiut-Bernard.
Les forts de VEsseillon et de Chamousset doivent arrêter un ennemi qui déboucherait parle mont Cenis, le Fréjus et par l'Arc. Enfin , on vient d'élever quelques batteries au continent des deux cours d'eau. En arrière, Grenoble et Lyon sont munis de forts qui protègent une enceinte très étendue.
L'entrée en France par la Durance rencontre d'abord le gros obstacle de la place de Briançon, dont les ouvrages ont été considérablement renforcés. Pour descendre la vallée et aboutir soit à Toulon, soit à Marseille, il faudrait encore se heurter au fort de Quey-
ras, à Mont-Dauphin sur le Guil, aux forts de Tournoux et Saint-Vincent sur l'Ubaye, à Embrun et à Sisteron sur la Durance. La forteresse de Colmars interdit aussi une route plus courte, entre Var et Durance, par le haut Verdon.
La ligne du Var et les passages des Alpes Maritimes ont pour défense Entrevaux et le vaste camp retranché de Nice. Toulon est aussi bien place de guerre continentale que maritime, et constitue en seconde ligne une solide réserve pour notre frontière des Alpes.
Au surplus, les contrées protégées par cet ensemble de
Fig. 18. — Compagnie alpine au pas- ' sage d'un col.
(Cliché Carbonnier, Collection des Guides Boule : Savoie.)
forteresses sont pauvres et permettraient difficilement à un ennemi nombreux de subsister. Plus d'une armée, aux époques antérieures de notre histoire, arrivée aux portes de Marseille et de Toulon et se croyant au terme de la lutte contre les Français battus, a dû rebrousser chemin sans combat, harcelée par la faim el la maladie, fondue et détruite.
Frontière du Jura. — Une puissance amie et neutre, la Suisse, est notre voisine derrière le Jura. Mais un belligérant pourrait tenter de passer par la force sur son territoire pour nous envahir. Le camp retranché de Besançon, entouré de citadelles formidables, défend la ligne du Doubs qui est aussi un chemin pour une agi'ession venue du nord-est. En arrière, Dijon commande la vallée de la Saône et Taccès des plateaux qui dominent la région delà Seine. Langres défend directement ces plateaux sur la Marne supérieure.
Le Jura proprement dit est gardé par une série de forts, ceux de Salins, du Larmont, de Joux, de Saint- Antoine, des Rousses, du liisoux, du Lomont, de la Chaux et de VÉcluse, qui protègent soit les routes venant du val de Travers, soit celles du col de la Faucille et du val d'Orbe, soit enfin la percée du Doubs en Suisse. Les forts des Bancs et de Pierre-Châtel obstruent la trouée du Rhône et forment avec le fort Barraux, dans la vallée de l'Isère, la jonction entre noire ligne de forteresses du Jura et celle des Alpes. La place de Lyon est aussi bien un réduit pour la défense du Jura méridional que pour celle des Alpes savoisiennes.
Frontière franco-allemande. — De la trouée de Belfort à la Meuse moyenne, nous le savons déjà par la géographie physique, notre territoire n'a et ne peut avoir aucune protection naturelle. Il a donc fallu accumuler, sur cette étendue considérable, les camps et les forts. De là nous est toujours venu le plus grave danger. Rien de plus facile qu'une marche à travers les plateaux jusqu'à la vallée de la Marne, grande route d'invasion.
Une première ligne de défense se trouve comprise entre Belfort, qui commande le passage de la vallée du Rhin à celles de la Seine et de la haute Marne, et Epinal, qui couvre la vallée de la Moselle. Belfort est entoui-é des forts du Mont-Bart, du Vaudois et de Salbert. Avec ses forts de Giraucourt, de Sanchei/ et du Bois-VAbhé, Epinal forme un camp retranché formidable. Enfin, de Belfort à Epinal. les cinq points fortifiés de Giromagny , du ballon de Servance, de Château-Lambert , de Bu]>t et de Parmont constituent une espèce de chemin de ronde, assurant les communications. Une seconde barrière s'étend depuis l^oul qui, avec six iorts d'arrêt, défend le poste particulièrement dangereux où se rapprochent la vallée de la Moselle et celle de FOrnain, route de