III. — L'élevage. — La chasse et la pêche
Pâturages et prairies. — La France, bien pourvue de pluies et d'eaux courantes, devait nécessairement devenir un grand pays d'élevage. Elle ne possède plus qu'une étendue sans cesse restreinte de pâturages proprement dits, œuvre pure et simple de la nature (2 millions et demi d'hectares), dans les pays montagneux. Par contre, les j)rairies naturelles (4 à 5 millions d'hectares) et artificielles (3 millions) s'étendent, chaque jour, les unes dans les départements maritimes, largement humidifiés, de la Flandre, de la basse Normandie et de la Bretagne, dans les vallées profondes de la Marche et du Limousin ou sur le bord des rivières lorraines; les autres {trèfle, luzerne, sainfoin) dans
l'agriculture française. 299
les pays producteurs de céréales, Flandre, Artois, Ile-de- France, où elles alternent avec cette culture.
Le bétail. — L'espèce bovine en France a été altérée par des croisements, souvent heureux d'ailleurs. Cependant, on peut citer, comme races originales et remarquables, celles du Charolaiset du Mans pour la boucherie ; les races flamande, normande, bretonne et limousine, pour la production du lait; la race de Salers (Cantal) pour le trait. L'eflectii' total, augmenté d'un tiers avec le xix® siècle (13 à 14 millions), nous met après les îles Britanniques, les Pays- Bas et le Danemark, mais au même rang que l'Autriche- Hongrie, l'Allemagne et la Suisse. Pour l'apprécier à sa valeur, il suffira de dire que la seule production du lait n'est pas inférieure, pécuniairement, à un milliard de francs.
Les plus beaux types d'ânes ei de mulets (bêtes de somme despays montagneux) sont produits parle Poitou. Lecheval est, au contraire, un animal de la plaine. Comme pour le bœuf, les races primitives ont été modifiées par l'élevage. Les plus belles paraissent actuellement les races flamande, boulonnaise, percheronne, limousine, qui fournissent de fortes bêtes de trait; les animaux plus petits, produits pour l'attelage, par la Bretagne (race du Conquet) et, en fait de chevaux de selle, les tarbésans, mais surtout les admirables chevaux anglo-normands. On évalue à 2 900000 le nombre des chevaux en France, en diminution depuis la guerre de 1870. L'Allemagne, l'Autriche-Hongrie et la Bussie nous dépassent à ce point de vue. Notre pays est également distancé par plusieurs États d'Europe pour l'élève du mouton. Cette décroissance tient surtout à la concurrence faite par le Nouveau Monde et l'Australie, où l'industrie pastorale s'est prodigieusement développée. Flandre, Picardie, Beauce, Brie, Champagne, plaines de la Loire et de la Garonne forment une première catégorie de pays producteurs, où l'extension de la culture céréale permet de nourrir les moutons sur chaume. Les pays de pâturages, c'est-à-dire de relief, comme la Marche, le Limousin, le Causse, la Provence, en sont une seconde. L'effectif de nos troupeaux de moutons ne doit guère être supérieur à 20 millions. A cette liste déjà longue, il conviendrait d'ajouter, parmi les élevages secondaires, mais
fort utiles, celui de la chèvre (surtout dans les pays montagneux), celui du porc, des volailles, des abeilles, du ver à soie. Les quatre premiers sont très florissants dans toute la France agricole '. Par contre, la quantiié de cocons, produite surtout parles départements du Sud-Est, est inférieure aux besoins.
Chasse et pêche. — Les animaux tués à la chasse représentent, sans compter les proflts autres que la nourritvu"e
h'ig. l'I. — l^ai'C à huîtres, à Caneale. (Cliché Esparcel.)
(peaux, plumes, poils), une valeur estimée à 40 millions de francs. D'autre part, la pisciculture tend à améliorer l'aménagement des eaux tluviales françaises, à favoriser la multiplication des espèces utiles, à réprimer surtout la dépopulation des rivières par des pécheurs trop avides.
Malgré tout, la pêche en eau douce est loin de produire autant que la pèche maritime, même restreinte au voisinao-e immédiat des côtes. Cette pêche côtière et les travaux qui s'y rattachent font vivre près de 150 000 personnes, surtout en Normandie, Bretagne et Provence, sur notre
1. On évalue à 6 ou " millions de tètes l'importance numérique des troupeaux de porcs et à 60 millions le nombre des animaux de bassecour. Les produits de l'apiculture, miel et cire, représenteraient environ 16 millions de francs.
littoral, et les 23000 bateaux, montés par 70000 hommes, qu'elle utilise, représentent une jauge totale de plus de 100 000 tonneaux. Courseulles, Cancale, Marennes, Arcachon sont les principaux centres de l'ostréiculture et de la myliculture, source de bénéfices abondants pour nos populations du littoral (13 à 15 millions par an).
La pêche au large {pêche du maquereau, du hareng et du ihojï) a pour principaux centres Boulogne, Fécamp, Ouimper, la Rochelle, Bayonne, Nice. La grande pêche de la morue détermine encore, de Dunkerque, Fécamp, Dieppe et des ports bretons, le départ d'importantes flottilles. Bref, on évalue à 100 millions de francs le produit total de la pèche maritime.
Conclusion. -— 1" Plus de la moitié de l'étendue de la France est consacrée aux cultures de céréales, de plantes alimentaires, industrielles ou fourragères. L'emploi le plus fructueux du sol est ensuite la culture de la vigne, richesse fort diminuée par le phylloxéra ;
2° La France possède de nombreux bestiaux, nourris surtout dans les plaines et pays peu accidentés, au nord, au centre et à l'est, à l'ouest et au sud-ouest;
3" La mer contribue à nourrir nos contrées du Nord-Ouest et de rOuest el v suscite la grande industrie de la pèche.