Industries MÉCANIQUES et chimiques
Les machines. — On comprend facilement que les grandes régions métallurgiques aient monopolisé la plupart des industries mécaniques où. ie métal est employé comme matière et, en premier lieu, la production des machines innombrables nécessaires à la vie moderne. C'est ainsi que le matériel de chemin de fer, locomotives, rails, armatures métalliques des wagons, roues, essieux, bandages, est construit par Fives-Lille, le Creusot, Givors. A cette liste, ajoutons Belforl qui, à ce point de vue comme à d'autres, recueillit, voici trente ans, l'héritage de Mulhouse, et Paris (usine Cail), devenu, comme toutes les grandes et populeuses capitales, un foyer puissant de tous les genres d'industries. Les établissements déjà cités d'Indret, la Seyne et la Ciotat partagent avec les chantiers de nos cinq grands ports de guerre et ceux de la Compagnie générale transatlantique h Penhoët (Loire-Inférieure) la construction du matériel naval, coques et machines, destiné soit aux bâtiments de la marine militaire, soit aux grands paquebots du commerce. Les tôles d'acier supérieur qu'exige cette fabrication sont fournies, de même que les ancres et les chaînes, à Brest, Lorient, Rochefort, Cherbourg et Toulon, par les ateliers nationaux de Gaérirjni/ et la Chaussade (Nièvre), les manufactures de l'État de Bourges et Ruelle (Charente). Mais l'administration fait aussi appel à l'industrie privée, à la société Cail, de Paris, qui usine le mécanisme délicat des torpilleurs, aux ateliers du Creusot, Saint-Chamond, la Seyne, etc. La plupart de ces entreprises construisent, en même temps, les machines-outils qu'elles emploient pour travailler les métaux. De même, les machines de fdature et tissage sont concentrées dans les régions textiles actives, telles que le Nord, la Champagne, la Normandie, le déparlement du Rhône. De même encore, l'industrie des mac/îj/ies agricoles, plus lentement répandue chez nous que dans les pays voisins, et qui souffre encore de la concurrence anglaise, s'est concentrée dans les zones d'agronomie perfectionnée: Saint-Quentin, Amiens, Lille, dans les plaines du Nord, Paris et Saint-Denis. Grignon, Orléans, Bourges, Tours, dans les plaines de la Loire et de la Seine, Nancy dans l'Est, en ont les principales usines. La quincaillerie et la chaudronnerie sont pratiquées, ainsi que la taillanderie, soit dans les grandes villes, où les a fixées la ti'ès forte consommation, soit dans quelques pays o«j elles existent
traditionnellement depuis des siècles. Ce dernier cas est celui deMonisirol (Haute-Loire), Aurillac, Villeclieu-les-Poèles (Manche), Dôle du Jura, Valentigney (Doubs). D'autres industries traditionnelles, d'ailleurs bien perfectionnées par la mécanique moderne, sont encore celles des aiguilles-épingles à Rugles (Eure) eiLaigle, ou plutôt Saint-Sulpice-sur-Rille (Orne), et la coutellerie à Thiers 'Puy-de-Dôme), Langres (Haute-Marne), Châtelleraull (Vienne). Châtellerault, par un phénomène d'attraction assez fréquent, a été pourvu d'une manufacture nationale d"a/'77îes. D'autres existent à Saint-Éfienne et Tulle. La localisation de la plumerie à Boulognesur-Mer s'explique par les aciers à trempe spéciale qu'emploie cette industrie et qu'elle ne trouve guère que de l'autre côté de la Manche. L'horlogerie française s'est formée, par imitation de l'horlogerie suisse^ sur la frontière de Franche-Comté, à MonlJjéliard, Besancon, Morteau, qui montent les pièces fabriquées par les montagnards durant les loisirs de l'hiver. C'est encore, comme la chaudronnerie, ce que l'on peut appeler une « industrie patriarcale ». Mais la concurrence de Paris et des grands centres industriels commence à la transformer.
Industries chimiques. — Les industries dites chimirjues, dans des temps tout à fait voisins de nous, se sont prodigieusement développées, sinon créées de toutes pièces. En première ligne figurent des pi'oductions monopolisées par l'Etat, comme celle de la dynamite et celle des allumettes. Puis on peut citer les multiples transformations subies par la houille. Le gaz d'éclairage, qui recule, dailleurs, devant Téleclricité, est encore fabriqué par plus de 800 usines et représente avec ses dérivés une valeur annuelle d'à peu près 300 millions de francs. Dans les grandes villes où l'éclairage ^ar le gaz est encore généralement employé, comme à Paris, s'extraie du goudron de houille l'innombrable série des couleurs d'aniline. Enfin, toutes les grandes villes, et spécialement Paris et sa banlieue (Saint-Denis, Saint-Ouen, Au- Dervilliers), Rouen, Lille, le Havre, Marseille, Lyon, possèdent les plus vastes laboratoires où se préparent les divers engrais chimiques, V acide sulfurique, la soude artificielle, les sels de potasse, les articles très variés de la pharmacie.
La parfumerie, autrefois transformation assez simple de produits exclusivement organiques, mais surtout végétaux, s'est modifiée d'une manière presque complète et se range maintenant parmi les industries chimiques, puisqu'elle extrait — et ce n'est peut-être qu'un progrès négatif — les parfums des substances les plus diverses et les plus inattendues. Il en résulte que sa localisation devient de moins en moins rigoureuse. Elle avait jadis pour principal centre la « Provence fleurie », c'est-à-dire les villes de iVtce, de Grasse, de Cannes et de Marseille. Aujourd'hui,
elle se li'ouve concurrencée par Piu-is, qui attire de plus en plus les industries de luxe, puis par les villes du Nord et par Lyon, (jui se procurent le charbon à bon compte. Paris possède de même, à l'époque actuelle, des savonneries de plus en plus importantes. Celles de A'antes et du Nord sont également très actives. Marseille, d'ailleurs, à qui appartenait autrefois le monopole de ce travail lucratif, vient encore en tête de liste. Mais cette ville ne se fournit pas exclusivement de matièi-es premières aux huileries de la Provence. Les graines oléagineuses exotiques {arachide, huile de palme ou huile de coco) sont la base la plus fréquente de la fabrication des savons. L'industrie connexe des bougies est partagée entre Paris, Lille, Lyon et Marseille. Elle utilise, elle aussi, quelques matières grasses exotiques et fournit un revenu annuel de 80 millions. Le nombre des industries chimiques s'accroît, au surplus, tous les jours et, non sans danger parfois pour la santé générale, le rôle de la chimie dans les industries d'alimentation devient prépondérant. Par là même, ces industries tendent à s'afifranchir de toute nécessité d'ordre géographique.
III. — Industries de l'alimentation, du vêtement, logement, transports.
Industries alimentaires. — Inutile de dire que la boulangerie, industrie de première nécessité, est partout répandue. La meunerie établit ses centres dans les grandes plaines agricoles et à portée des grandes villes. Les ports de commerce où se trouvent de vastes magasins de blés importés ont aussi intérêt à se munir d'un outillage de meunerie. Ainsi les provinces du Nord, riches en blé, en combustibles, en eaux courantes et, grâce à une industrie métallurgique active, en moyens mécaniques puissants, ont d'importantes minoteries autour de Lille, à Douai et à Arras. Etampes, Meaux, Corbeil convertissent en farines les blés de la Beauce et de la Brie; Toulouse, ceux des plaines garonnaises. Mais, en outre, Marseille traite les grains de l'Algérie, du Levant et de l'Inde ; Nantes, Bordeaux, le Havre, ceux de l'Amérique. Dans ces cas encore, c'est une industrie qui s'installe aussi près que possible des lieux de production.
Les pâtes alimentaires, macaroni, vermicelle, sont fabriquées également dans les grandes villes, à Paris, Lyon, Marseille, ou au contact de riches régions agricoles, comme à Clermont-Ferrand, voisin de la Limagne.
Dans les pays de riche culture de betteraves, autant que possible à portée des villes populeuses et des voies de communication, se sont établies les sucreries et raffineries de sucre, qui