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Il produit annuellement pour 11 o millions de francs

312 «ÉOGRAPHIE ÉCONOMIQUE.

sont parmi les plus grands établissemenls industriels des départements de VAisne, du Nord, du Pas-de-Calais, de la Somme et de VOise et de la banlieue parisienne. Les ports de commerce ont aussi d'activés raffineries qui traitent les sucres de canne, envoyés par les colonies françaises et étrangères. Tels sont Marseille, Bordeaux et Nantes, et, plus près des pays producteurs de betteraves, le Havre et Dunkerque. Tous ces établissemenls livrent à la consommation une moyenne de 700 millions de kilogrammes de ce produit de première nécessité.

Laissons de côté les procédés plus ou moins honnêtes et empruntés à la chimie moderne, dont certains producteurs de vins, cidres et poirés se servent pour surfaire la valeur marchande de leurs produits. Plus digne du nom d'industrie est la brasserie. Les pays de consommation sont ceux du Nord et de l'Est. Mais la bière entre de plus en plus dans l'alimentation des autres contrées de France et, outre les grandes brasseries des environs de Nancy [Tantonville, Maxéville, etc.) ou du Nord [Lille, {Jamhrai, Dunkerque), il faut citer celles qu'on trouve à proximité de villes comme Paris, Lyon, Marseille. L'ensemble de la production, annuellement augmentée, atteint environ 12 millions d'hectolitres. Mais l'Angleterre, l'Allemagne, la Suisse, la Belgique nous envoient aussi une grande quantité de leurs produits.

Ualcool, dont la consommation se développe chez nous avec une rapidité déplorable, est tiré, par la distillation : des vins (Languedoc, Armagnac, Charentes), cidres [Normandie], grains, betteraves [région du Nord), etc. De récentes découvertes permettent d'espérer que l'alcool fourni par nos récoltes de pommes de terre et de betteraves sera utilisé pour la force motrice et l'éclairage.

Parmi les légumes et les fruits, un grand nombre font l'objet de conserves alimentaires. L'industi'ie de la mise en boîtes ou en flacons et des traitements préalables qu'il faut faire subir aux conserves végétales s'exerce surtout dans les grandes villes. Les fruits sont aussi gardés sous forme de confitures et quelques centi-es ont, à ce point de vue, une réputation méritée [Clermont- Ferrand, Bar-le-Duc), expliquée par le caractère de la végétation dans la contrée.

Une industrie alimentaire très simple et très ancienne, par suite strictement localisée, est celle du beurre et des fromages. On la trouve dans des pays d'herbages luxuriants comme la Flandre, la Normandie, V Ile-de-France, puis dans certaines régions de montagnes qui pratiquent le grand et le petit élevage. La Normandie, avec l'énorme quantité de ses beurres expédiés frais, principalement d'Isigny (Calvados) et de la vallée d'Auge, et ses fromages de Camembert (Orne), Livarot, Pont-VÉvêque (Calvados), Neufchâtel (Seine-Inférieure) ; le Jura, avec son fromage cuit de Septmoncel,({m imite le gruyère suisse; la Brie, avec des

fromages fermentes ou fr.-us, omipent les premiers rangs. Viennent ensuite les provinces du Massif central [Roqiic.forl, Aveyron) et des Alpes. Il s'agit là d'une ressource très fructueuse, puisque la valeur des exportations de beurre dépasse 100 millions de francs et que celle des fromages fabriqués en France est estimée à "nt millions.

Les conserves de sardines sont l'industrie naturelle de la Bretagne, qui arme le plus grand nombre de bateaux pour cette pèche. Nantes, Concarneau dans le Finistère, Port-Louis dans le Morbihan, ont les principales usines de ce genre.

Industries textiles et du vêtement. — La filature et le tissage sont deux des industries françaises les plus florissantes chez nous. Depuis l'extension de la production cotonnière à bon marché, on travaille de moins en moins le lin et le chanvre. Les usines consacrées à ce genre de travail sont surtout concentrées dans le département du Nord, qui possède H 000 métiers sur 19 000. Cependant la valeur des fils et tissus manufacturés en France est encore estimée à 600 millions par an, sans compter les fameuses dentelles ou batistes de Valenciennes, Cambrai, Alenron, le Puy. Le travail textile du coton, du Jute, de la laine et de la soie occupe en France plus d'un million de personnes, et produit pour environ ii milliards de francs.

Le coton et le Jute, plantes tropicales, nous viennent des Etats- Unis d'Amérique et de l'Inde, qui alimentent de puissantes filatures dans le Nord (Lille et ses faubourgs de Croix, Waltrelos et Marcq, Rouhaix, Tourcoing), dans la Normandie [Rouen et sa banlieue de Darnétal, Maromme, Sotteville et Malaunai/, le Havre, Fiers, etc.), puis dans la région des Vosges [Epinnl, Saint-Dié, Remiremont, Giromagny, Belfort). Nous avons perdu, avec l'Alsace [Mulhouse, Thann, Guehwiller), un grand centre d'industrie cotonnière. Cinq millions de broches travaillent cette précieuse matière. C'est huit fois moins qu'en Angleterre, oiî Manchester est sans rivale.

En revanche, nous sommes à la tête de l'Europe pour la fabrication des tissus de laine, et surtout de soie. Il est vrai que les usines françaises sont obligées d'importer, de l'Australie et de l'Amérique du Sud, une forte proportion de leurs laines brutes. Mais l'Algérie pourra, de plus en plus, suppléer à notre pauvreté en laine, à mesure qu'on améliorera ses races de moutons. Les plus grandes filatures de laine sont celles du département du Nord, à égale portée des houillères et des arrivages par Dunkerque, Roubaix et Tourcoing, dont les ouvriers ont, d'ailleurs, une belle réputation d'habileté, comptent parmi les grandes villes lainières du monde entier. La région champenoise, riche en moutons, possède, à Reims (flanelle et tissus ras) et à Sedan (draperies), deux

centres justement renommés. La Normandie tient aussi une grande place, surtout par la valeur exceptionnelle de sa draperie. Comme Sedan, Elbcufei Louviers sont, depuis longtemps, célèbres à ce point de vue. Enfin la Giiijcnne et le Languedoc sont un autre foyer traditionnel d'industrie lainière, mais déchu par la concurrence des pays à houille. V Ardèche et le Tarn conservent encore beaucoup de fabriques pour les lainages communs.

La valeur des produits exportés par tous ces pays producteurs dépasse 3oO millions, année moyenne, non compris la valeur marchande des beaux produits, plus artistiques qu'industriels, de la tapisserie française (les Gobelins, Beauvais, Auhusson, etc.). L'Angleterre seule a des manvifactures de lainage aussi nombreuses et aussi actives, mais sans nous égaler par la qualité des étoffes.

Nous conservons encore le premier rang dans l'art de travailler la soie. Cette industrie s'est placée naturellement auprès des pays producteurs du mûrier et de l'élevage des vers à soie. Mais nos magnaneries ne suffisent pas à alimenter les fabriques de soieries. Nous importons des soies étrangères d'Italie et surtout de la Chine et du Japon, pour une valeur d'environ 100 millions par an. Lyon est, pour le tissage des étoffes, le premier centre du monde ; de même, Saint-Etienne, pour les rubans. On évalue à plus de 600 millions leur fabrication annuelle.

La France produit d'autres tissus et possède bien d'autres industries, plus ou moins relatives au vêtement (châles, tulles^, vêtements confectionnés, mode, etc.). Une des plus importantes est celle du cuir, de plus en plus dépendante de l'importation étrangère, puisque l'élevage national ne suffit pas à fournir la matière première. Les grandes tanneries et mégisseries sont, au nord et au nord-ouest, Lille, Rouen, Ponl-Audemer, Gisors, le Havre, qui combinent le double avantage d'être à portée des arrivages américains et d'être dans un pays riche en bestiaux. Nantes et Bordeaux traitent également les cuirs envoyés d'Amérique. Paris, où l'on abat une si grande quantité d'animaux pour l'alimentation, et, de ce chef, abondamment pourvu, est un des plus grands centres d'industrie mégissière. Enfin, Grenoble et Annonay produisent les cuirs de ganterie et fabriquent les gants.

Industrie du bois. — Cette industrie, qui doit emprunter à l'étranger beaucoup de matières premières, comprend, d'abord, la transformation des bois en planches. Les scieries se sont établies, ou bien sur place, dans les pays forestiers, tels le Mor-

i. Calais est le principal centre de la production des tulles et possède plus de 2 000 métiers.

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vnn cl les Von^/rs, qui appellent à leur aide la force motrice des cours d'eau, ou bien au voisinage des grandes villes, enfin dans les ports, où la construction des navires rend ce travail actif et prospère. Observons, du reste, que l'usage du fer fait de rapides progrès, et dans l'anatomie de tous les navires de commerce est dans l'édification delà maison moderne. D'autre part, les scieries qui exploitent les vastes forêts Scandinaves nous envoient, et de plus en plus, tout ouvrés, les bois de construction dits de petit œuvre, chà?sis de fenêtres, cadres de portes, etc. C'est une sérieuse concurrence à l'industrie nationale. La construction des luagons de chemins de fer s'opère à peu près partout. Quant à la carrosserie, à la fabrication des meubles, ce sont les grandes villes qui en deviennent, de plus en plus, les principaux centres, comme de toutes les industries qui visent, ou l'extrême bon marché et la vente rapide, ou la perfection de la main-d'œuvre. Les produits fabriqués au faubourg Saint-Antoine, vraie ville du meuble dans Paris, sont universellement appréciés à ce double point de vue.

Industries du livre. — Elles comportent d'abord la fabrication devenue très complexe des papiers et cartons, pratiquée dans 300 manufactures qui fabriquent pour près de loO millions par an et ne sont dépassées soit pour l'activité, soit pour la valeur du produit, que par les manufactures anglaises. Essonnes (Seineel-Oise), Amjoulême, Annonay (Ardèche), Voiron (Isère) tiennent la tête de cette importante industrie. Quant à Vimprimerie, à la gravure et autres industries de Vimage, à la reliure, à tous les délicats travaux qui confectionnent ou embellissent le livre, il est impossible et de les énumérer et de les évaluer. Paris est le centre, universellement réputé, de cette industrie pour laquelle la France occupe l'un des premiers rangs.

Industries d'art. — C'est à Paris qu'on peut, de même, assigner la premièi-e place pour toutes les industries de luxe et d'art. On connaît la réputation ancienne de 1' (f article de Paris ». Elle n'est ni plus restreinte, ni moins justifiée qu'autrefois, malgré la concurrence souvent déloyale de l'éti-anger, et ces petites merveilles de goût délicat qu'invente continuellement l'ingéniosité de la grande ville prouvent la persistance de notre supériorité artistique.

Résumé. — La carte industrielle. — Progrés de l'industrie française. — Il devient, maintenant, possible de fixer, dans ses grandes lignes, la carte industrielle de noire pays. La France orientale l'emporte de beaucoup, à ce point de vue, sur la France de l'Ouest. Dans l'Ouest, les grandes usines et manufactures ne oe rencontrent guère que sur les côtes, à cause de la facilité des

approvisionnements en combustible et matières premières, par le moyen des ports. Et c'est ainsi que le Havre, Nantes et Bordeaux sont les grands centres industriels de cette région. Partout ailleurs, le travail industriel ne se signale que par exception.

Dans l'Est et le Nord, au contraire, en deçà d'une ligne menée de Rouen à Cette, six groupes d'industries intenses ont pi'ospéré, presque toujours déterminés par l'abondance du charbon et du minerai ou la possibilité de les faire venir rapidement et à bon compte. C'est d'abord l'admirable région du Nord, adonnée surtout aux quatre grandes industries de la métallurgie, du tissage et de la filature des cotons ou laines, de la sucrerie et de la verrerie. Puis le groupe de l'Est, qui remédie à la rareté du combustible en le faisant venir d'Allemagne ou en demandant à ses chutes d'eau la force motrice que lui refuse sa pauvreté carbonifère. C'est, en Champagne et Lorraine ou dans les Ardennes, une région de hauts fourneaux; à Reims, à Sedan, dans les Vosges, un pays d'industrie textile. Plus à l'ouest, se développe V importante zone d'industrie parisienne, motivée parles })esoins multiples d'une énorme agglomération urbaine et par la facilité des communications entre Paris, les houillères du Nord, les mines de fer de la Champagne et de la Lorraine et, enfin, l'Océan. Toutes les branches du travail humain prospèrent dans ou autour de Paris. En aval de Paris, la Seine arrose bientôt un autre groupe important, celui de la haute Normandie, spécialement consacré et, par tradition, depuis le moyen âge, aux industries de la laine et du lin, mais où, par une espèce d'attraction, fréquente en pareil cas, s'est aussi créée une très importante industrie cotonnière. Rouen, Darnétal, Louviers, Elbeuf, sont les grands foyers de cette activité. En amont de Paris, sur le plateau du Morvan, la présence de la houille a déterminé la naissance d'une production métallurgique, suffisamment résumée par le nom du Creusot. Vers le centre de la vallée du Rhône, entre Lyon et la Loire supérieure, la pi-ésence de la houille, jointe à la proximité des magnaneries provençales, explique, une fois de plus, l'importance de Lyon et de Saint- Etienne comme centres producteurs, l'un des tissus, l'autre des rubans de soie. Ce groupe industriel rhodanien est complété par les grandes exploitations de Marseille qui font appel, pour le combustible, aux charbonnages du Gard et aux houilles anglaises, et, pour les matières premières, aux produits de l'Afrique française, du Levant, de l'Extrême-Orient.

■ On peut du reste, par des chiffres, apprécier les progrès accomplis depuis quarante ans. Vers 1800, la valeur de la production industrielle de la France était estimée à 10 milliards de francs. Aujourd'hui, l'évaluation est portée à 16 ou 18 milliards environ, sur lesquels le seul travail de Paris peut représenter de 3 à 4 milliards. Dans le détail, on constaterait que la consomma-

tion des matières premières s'est, depuis cinquante ou soixante ans, accrue dans une proportion variant de 2 à 10. L'emploi des machines el moyens mécaniques accuse un progrès plus remarquable et plus constant encore. En 18S0, ou évaluait à 67 000 chevauxvapeur la force totale de la machinerie utilisée. Ce chiffre passait à 178 000 en 1860, à 336 000 en 1870, à a44 000 en 1889, à 862 000 en 1890. Nos usines disposent, aujourd'hui, d'environ 100 000 moteurs, représentant une force de 2 millions de chevaux- vapeur. En y joignant les locomotives, les machines employées par la marine militaire ou marchande et la navigation fluviale, on arriverait à un total d'à peu près 12 millions de chevaux-vapeur, dune puissance égale à celle que développeraient 113 millions de créatures humaines.

La houille blanche. — Les admirables découvertes de la science qui permettent désormais d'utiliser en industrie la « houille blanche » ou énex'gie empruntée aux chutes d'eau et torrents, ont déterminé une révolution très favorable à notre patrie. On évalue à plus de 3 millions de chevaux-vapeur la force hydraulique disponible dans les seules Alpes françaises.

Sommaire.

Roules et canaux. — Postes et télégraphes. — Les chemins de fer : le réseau français, les grandes compagnies.

Routes et canaux; conditions naturelles. — Notre pays est très lieureusement disposé pour l'établissement des voies de communication nécessaires au commerce. Point de chaîne de montagnes, point de massif si épais ou si étendu qu'on ne puisse vaincre ou tourner. Le Massif central est entouré de plaines. On passe aisément et sans pentes abruptes d'un domaine fluvial dans l'autre, de la Seine à la Saône et à la Loire, de la Loire au Rhône. Si les Pyrénées nous séparent de l'Espagne sur une grande étendue, les deux extrémités offrent des passages. Par les ramifications des vallées alpestres, les routes et les voies ferrées ont pu se glisser d'un versant des Alpes à l'autre ; la trouée du Rhône, entre les Alpes et le Jura, qui, d'ailleurs, est

franchie maintenant, oiîre un chemin du domaine du Rhône à celui du Rhin, de la France à la Suisse. Enfin, à Test et au nord-est, ce qui était un danger pour la défense nationale devient un avantage pour le commerce. Routes, canaux, chemins de fer passent sans peine de France en Allemagne, et plus facilement encore aux Pays-Bas.

Les routes. — Le premier réseau de routes construit dans notre pays date de l'époque romaine. On a retrouvé sur bien des points la trace de ces travaux d'art dont les vainqueurs dotèrent la Gaule, et divers documents de l'époque impériale [Itinéraire dAntonin, Table de Peiitinger) contribuent à nous en donner une idée d'ensemble.

Mais c'est surtout pendant la période moderne, au xvi^ siècle, avec Henri IV et Sully, au xvu* siècle, avec Colbert, au xvnl^ avec Fleury, Choiseul et Turgot, que commencèrent à s'établir les grands systèmes de voies françaises. Le premier Empire, dans un but surtout politique et militaire, les gouvernements de Louis-Philippe et de Napoléon III, avec des ambitions plutôt économiques, reprirent et complétèrent l'œuvre de la monarchie absolue. Aujourd'hui, 670 000 kilomètres de routes nationales S départementales-, ou de chemins vicinaux^ sillonnent notre sol. On peut dire qu'il est peu de pays où les routes et les chemins soient meilleurs que chez nous. Leur budget d'entretien absorbe environ 300 millions annuels.

Les canaux. — Sauf certains torrents littoraux et une partie des cours d'eau du Massif central, nos eaux courantes ont été aménagées, pour une bonne partie, en vue d'une batellerie et dune navigation actives chez nous. L'ensemble des voies navigables de la France forme un réseau de 13 000 kilomètres, dont 5000 sont des canaux créés de toutes pièces par le travail humain.

1" Rivières navigables et canaux latéraux. — Notre ileuve central, la Seine, est, avec ses affluents, le plus utile et le plus propre de tous à l'accommodation. Modicité des pentes, constance du débit, voilà les qualités qui ont développé un réseau navigable autour de la Seine.

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