‹ La France et ses coloniesChapitre 131 sur 179 · o0 000 hectolitres en l'JOil pour la seule Algérie · texte numérisé non relu

o0 000 hectolitres en l'JOil pour la seule Algérie

pour l'abondance du produit et l'habileté de la fabrication, les grands domaines de Biskra (Gonstantine), de TEnfida et de Gafoux (Tunisie) viennent en première ligne. Plus lent a été l'essor des cultures industrielles qui ne sont point stimulées par le voisinage des manufactures. Parmi les textiles, Yalfa des steppes et plateaux est lobjet d'une vente fructueuse avec l'Angleterre qui en fait du papier, des cordages et delà sparlerie. Le coton, qui eut un moment de vogue en Algérie, à l'époque de la guerre de Sécession, est aujourd'hui négligé, malgré les excellentes conditions de sol et de climat olfertes par certaines plaines basses. Le mûrier, culture essentiellement méditerranéenne, Varachide, le tabac n'occupent pas, jusquici, une étendue proportionnée aux aptitudes naturelles.

Tout autre a étéla.fortune de Vélevage\ malgré les conditions physiques et la rareté, sous ce climat, des pâturages permanents. Sans doute, l'élève du bœuf àemewve, encore difficile. Gcpendant chatpie statistique nouvelle enregistre des chitï'res graduellement plus forts. Les races chevalines, jadis très belles, mais malheureusement abandonnées sous la domination turque, se relèvent d'une façon sensible. La plus active industrie pastorale de ces pays est, d'ailleurs, celle du chameau, de race forte et endurante, et naturel agent, jusqu'à nouvel ordre, des transports entre la côte et le Sahara; mais surtout celle du mouton et de la chèvre, dont les troupeaux s'accroissent aussi vite, en raison des croisements opérés et des règles rationnelles de zootechnie propagées par les colons, avec l'appui des pouvoirs publics. Mentionnons également des tentatives intéressantes d'acclimatation de l'autruche, entreprises dans le sud de l'Algérie, afin de concurrencer le monopole, accaparé jusqu'ici par la colonie anglaise du Gap.

La chasse et la pèche constituent une importante ressource, surtout la dernière, pratiquée par un grand nombre de colons mallais et italiens. On pêche principalement le thon eilasardine, le mulet; mais les éponges, récoltées sur la côte orientale de Tunisie, le corail, extrait depuis Bône jusqu'à Bizerte, fournissent également d'abondantes cargaisons.

1. Environ 1800 000 hétes à cornes; 200 000 chevaux: 400 000 âiiea et viuleis; 280 000 chameaux de race méhari; 12 à 1.5 millions de moutons; 4 à 5 millions de chèvres: 100 à 120 000 porcs.

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En somme, la mise en valeur des ressources végétales et animales dans notre grande colonie est en bonne voie. La moyenne dans la production par tête d'habitant n'est inférieure en Algérie-Tunisie que d'une centaine de francs à la moyenne correspondante sur le sol de la mère patrie. Celte simple comparaison renseigne assez sur la valeur des efforts tentés depuis que ces contrées sont devenues un prolongement de notre France méditerranéenne.

Industrie. — On n'en saurait dire autant de l'industrie, dont nous connaissons, au surplus, la cause majeure d'infériorité. A part les grandes entreprises métallurgiques d'Aïn-Mokra (fer de l'Edough), de la Calle et de la Medjerda (cuivre et plomb argentifère), rien à signaler, dans cet ordre d'idées, que de très nombreuses carrières et les stations d'eaux minérales assez fréquentées de Hammam-Lif (près de Tunis . Uammam-Meskouline (près de Guelma) et J7é</e'a. Les huileries, fabriques débouchons de liège, tuileries et briqueteries sont d'importance purement locale, de même que les industries indigènes singulièrement habiles, d'ailleurs, mais purement manuelles (tapisseries, soieries, maroquineries), pratiquées soit dans les villes de la côte, soit dans l'extrême Sud,

Voies de communication. - Commerce. — L'Algérie- Tunisie est encore redevable à la France du développement de ses voies de communication, d'autant plus indispensables que, pauvre en eaux courantes, elle n'a aucun secours à attendre de ses fleuves. L'Algérie possède actuellement 15 000 kilomètres de routes. Chaque jour, la Tunisie voit restaurer le réseau que les Romains lui avaient donné. Près de 3 500 kilomètres de chemins de fer ont été construits. Sur la grande ligne du Tell, parallèle au littoral, qui relie Oran et Tunis par la vallée du Chélif, Alger, Sétif, Constantine, Philip|)eville, Guelma et la vallée de la Medjerda, ont été amorcées des lignes de pénétration qui s'enfoncent dans l'intérieur jusqu'aux oasis sahariennes (lignes d'Oran à Aïn-Sefra par Mascara, d'Alger à Médéa, de Constantine à Biskra par Batnai, et ([ue certains rêvent de prolonger jusqu'aux confinsduSoudan, vers Tombouctou ou le Tchad. En Tunisie, une autre voie longitudinale est commencée et va déjà de Sousse à Kairouan. Cinq câbles émergeant à

Bône, Alger et Tunis, joignent le réseau télégraphique (11 000 kil.) algéro-tunisien à celui de la métropole.

Le commerce intérieur est alimenté par un échange assez actif de produits entre les Plateaux ou le Sahara, voués à l'élevage, et le Tell agricole, ainsi que par les marchandises qu'apportent les caravanes venues du Soudan. Quant au commerce extérieur, notre grande colonie est voisine de la France, à laquelle l'unit étroitement la communauté de vie politique, de l'Espagne et de l'Italie qui contribuent à son peuplement. En second lieu, nos ports algéro-tunisiens, au débouché d'un pays riche qui fournira un fret de plus en plus abondant au commerce maritime, est l'escale naturelle des grands voyages commerciaux de l'Europe occidentale à l'Extrême-Orient. Enfin, héritiers de Carthage, ils ont chance de centraliser le trafic des caravanes, chargées des produits de l'Afrique intérieure.

Il est aisé d'établir ce que notre colonie peut vendre et acheter au dehors. Presque dépourvue d'industrie, elle demandera les objets manufacturés de l'Europe, en particulier ce qu'il faut à une société fondée sur l'agriculture et à laquelle manque le combustible minéral. En échange, elle enverra ses denrées agricoles et ses minerais.

Au total, le trafic de l'Algérie-Tunisie avec l'étranger représente, année moyenne, environ 690 ou 700 millions de francs, dont 500 millions (:260 à l'importation et 240 à l'exportation) pour l'Algérie et 90 millions (54 à l'importation et 36 à l'exportation) pour la Tunisie. L'accroissement a été surtout remarquable pour l'Algérie, qui, en 1830, ne faisait que 6 millions d'affaires et, en 1870, 293 millions seulement. C'est avec la France que les transactions sont les plus fréquentes, et pour des raisons morales ou politiques qui se comprennent facilement, et pour une raison matérielle qui nous attachera de plus en plus l'Afrique du Nord. La France, composée en majeure partie de provinces océaniques et d'une étendue insuffisante de pays méditerranéens, préfère acheter de plus en plus à l'Algérie et à la Tunisie ce qui lui manque en huiles d'olive, vins, fruits, etc., et qu'elle demandait, naguère encore, à l'Italie et à l'Espagne. Réciproquement, l'Algérie-Tunisie trouve en France ce que ni l'Espagne ni l'Italie ne peuvent actuellement lui donner : des produits industriels, des denrées coloniales (café, etc.), des capitaux. La Grande-Bretagne entrelient

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ensuile les relations les plus considérables avec l'Algérie- Tunisie par ses navires à destination de l'Orient qui déposent en passant, sans se déranger de leur route, de la houille et des cotonnades, et qui chargent au retour un complément de fret en céréales, vins, ali'a, minerai. L'Espagne et l'Italie ne viennent qu'ensuite.

Les ports se sont développés avec une rapidité digne de la métropole. Tunis, avec 1200000 tonnes et 10000 navires tant à l'entrée qu'à la sortie; Oran, avec 2200000 tonnes (représentées surtout par des exportations d'alfa) ; Alger, avec 1 400 000; Philippeville et Bône sont au premier rang. Avec la France, les communications sont assurées par la Compagnie générale Iransatlantiqae, celles de Navigation mixte, ou Touaclie, des Transports maritimes à vapeur, par la Compagnie Havraise péninsulaire et par de nombreuses entreprises particulières. Marseille, Cette, Porl- Vendres sont les points de départs les plus employés'. En outre, plusieurs grandes compagnies anglaises et italiennes envoient leurs navires à Tunis, comme à Oran et Alger.

Conclusion. — Dans ces riches régions, la France a entrepris et beaucoup avancé une œuvre de colonisation, rivale des plus belles créations similaires des Romains et des Anglais. Sans doute, la période d'action militaire a coûté, surtout en Algérie, beaucoup de sang et d'argent à la mère patrie. Sans doute aussi, les capitaux français sont encore obligés de faire de nombreuses avances pour développer la prospérité de notre grande colonie. Le budget algérien se solde, môme aujourd'hui, par un déficit annuel de 72 millions, et si la Tunisie, grâce à l'organisation très simple du régime de protectorat, encaisse chaque année, depuis la conquête, un excédent de recettes de 3 à 4 millions, elle en conserve le maniement, elle l'applique à ses besoins, sans bénéfice pour le gouvernement métropolitain. Mais la rémunération de tous nos sacrifices est prochaine. Elle s'est même déjà partiellement accomplie. Sans l'Algérie et la Tunisie, le commerce de notre grand port de

1. De Port-Vendres à Alger, 33 heures; de Cette à Oran (avec escale à Port-Vendres), M heures; de Marseille à Alger, de 27 à 30 heures; de Marsrillc à Oran, de 36 à 48 heures, selon les compagnies; de Marseille à Philippeville, à Bône et à Tunis, 30 heures.

Marseille serait peul-èlre frappé à mort par le percement du tunnel de Saint-Gothard, qui a détourné de notre territoire un transit considérable entre le Levant, l'Extrême- Orient et l'Angleterre.

IV, — Le Sahara français.

Géographie physique et aptitudes naturelles. — Notre diplomatie a réussi à faire reconnaître comme pays d'influence française la majeure partie du Sahara occidental et central. La pensée qui a inspiré ces efforts d'annexion d'un pays sans valeur n'est que le désir d'empêcher l'intrusion d'une puissance étrangère entre notre domaine d'Algérie-Tunisie et celui de l'Afrique occidentale ou du Tchad. Cette liberté d'un passage dont l'emploi ne nous rapportera jamais grand bénéfice, mais dont l'occupation par d'autres eût pu nous nuire, nous a d'ailleurs coûté de grands sacrifices au prix desquels à été achetée la continuité d(^ toutes nos possessions d'Afrique occidentale. La convention de 1890, signée avec 1" Angleterre, a donné, comme l'a dit en raillant un diplomate anglais, « du sable à gratter au coq gaulois de quoi s'user les ergots » ; notre suprématie dans le Sahara occidental a été achetée cette fois de notre éviction dans la région du bas Niger. Quant à la fraction centrale du Sahara, elle nous a été abandonnée par le traité du 21 mars 1899 comme une sorte de compensation de rhumiliation de Fachoda.

Les explorations contemporaines, notamment la belle exploration Foureau-Lamy, ont démontré que cette vaste région, loin d'être une plaine sablonneuse, ancien fond de mer desséché, présente, au contraire, une surface accidentée où les plateaux dominent, sous les noms de liamùda et de sérir. Tels sont, dans le Sahara français, ceux à' Ahaggar e.\, de Tassili qui dressent à 1500 et 1800 mètres de hauteur leurs terrasses d'origine volcanique, inclinées vers l'ouest. Plus au sud surgit, avec la même altitude, un véritable massif montagneux, VAït\ Les agents atmosphériques, attaquant la surface de ces différents reliefs, en enlèvent des poussières impalpables, que les vents accumulent en dunes, (juelquefois fort étendues, comme dans la région de VErg (le « sable »), située entre les hamàda qui entourent en demi-cercle les chotts du Sahara algéro-

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tunisien et la hamàdn de Tiiujhert. Mais les dunes ne sont tout de même qu'une exception.

L'exploration du Sahara a également démontré que, loin d'être une région uniformément chaude, il subit en hiver des périodes de froids assez vifs, pendant lesquelles le thermomètre se tient à plusieurs degrés au-dessous de zéro, des frimas et même des neiges tenaces, dans quelques régions montagneuses. Entre le jour et la nuit, on a observé jusqu'à 40 degrés d'écart. En somme, nous l'avons vu à propos des zones algériennes, le climat du Sahara est un climat continental-excessif, déterminé par la circulation aérienne entre le désert et les nappes maritimes qui le bordent et (|ui sont de températures différenles. Il y a donc des pluies dans le Sahara, mais très rares, et, par suite de cette insuffisance de l'humidité, les fleuves {ouadij sont intermittents. Toute une hydrographie souterraine paraît d'ailleurs doubler le réseau à moitié desséché de la surface. Tel est le cas pour ïoiied Messaoud, qui coule du Maroc justju'au Touat, et pour Voued Jr/liarg/iar, qui descend de l'Ahaggar et disparaît à Amguid, mais se prolonge sous les sables dans la direction du choit Melghir.

La résurrection de ces eaux artésiennes est, de longue date, pratiquée par les naturels. Partout où l'on est ainsi parvenu à attirer l'eau vers la surface du sol, naît et grandit l'oosw, avec ses cultures de blé, de légumes, et, surtout, celle du palmier-dattici-, qui doit avoir les pieds dans l'eau et la tête au soleil. Partout ailleurs, c'e^t la végétation épineuse (acacia) et la faune (cJiameaii, gazelle, autriiclw) du désert.

État politique et économique. — Le Sahara français est surtout occupé par des tribus d'Arabes et de Berbères Touareg, mi-nomades, mi-sédentaires et d'abord difficile. La Erance, qui surveille, par des postes avancés (El-Goléa, Ghardaïa, Tougnurt, Ouargla, le Souf), la frontière saharienne de l'Algérie-Tunisie, s'efï'orce, pour garder libres ses communications parterre avec le Soudan, d'assurer ou de maintenir son influence sur les peuplades des oasis intérieures: les oasis du Figuig et du Touat \ où la pré

1. La France a occupé In-Salah, Inrar et Tidikell, les plus importantes agglomérations du Touat oriental (janvier-avril 1900). Tout récemment, Figuir/ a. été /'objet d'une démonstration militaire.

pondérance ne nous est plus disputée par le ."Maroc ; plus au sud, celle d'idelès dans la « Suisse africaine » de l'Ahaggar, aux sources de l'Igharg-ar, et où vivent, dit-on, près de 40000 indigènes; celles d'Agadès, dans l'Air, et, au nord du lac Tchad, l'oasis deBilma. La France revendique, à juste titre. Bhâf et Rhadamès\ deux oasis situées sur les confins de la Tunisie et de la Tripolitaine.

Quant au profit direct à tirer de nos acquisitions dans

Fig. 24. — Oasiï! de Figuig.

(Communiqué par VOffice de lAlgcrie.)

ces parages, il restera toujours fort mince. La richesse économique de la région est plus que médiocre. La culture du dattier^ des figues^ des céréales et des légumes, du tabac et de Vopiiim dans les oasis, pourrait, si elle était mieux entendue, suffire à la consommation locale, mais non pas défrayer un trafic avec le dehors. Les ressources tirées de la vie animale répondent à peine aux besoins locaux, sauf en ce qui concerne le chameau méhari^ bête de somme incomparable, et dont les indigènes utilisent aussi le lait, la viande et les poils. Les chevaux et les bœufs

1. Ces noms s'écrivent aussi Ghât, Ghadamès. On sait, d'ailleurs, que la transiM-iption littùrnlo des noms propres d'origine africaine ou asiali(iu(' (Ml tran<;ais est presque impossible, à cause des dillerences alphabétiques, et donne lieu à de nombreuses variantes.

sont rares et d'aspect chétif, comme les moutons et la chèvre, dont le Sud et TOnest entretiennent de vastes troupeaux. On conçoit, d'autre part, cjue l'industrie saharienne soit toute manuelle et rudimentaire. Ses produits, des nattes, quelques objets en cuir et en métal, des armes, des bijoux, sont originaux, mais ne sauraient constituer des articles de commerce. En résumé, les échanges à l'extérieur ne peuvent porter que sur Val fa, dont le Sud-Ouest renferme de nombreux champs, les gommes, dont l'arbre producteur prospère danstoute la région occidentale, enfin les plumes craidruche. Plus fructueux encore est le commerce du se/, qui existe en d'immenses dépôts dans des sebkhas peu profondes, où il se forme par évaporation. Celles de Bilma sont les plus importantes.

Le commerce propre du désert reste, cependant, fort atone. Mais un échange assez actif se fait, par ses oasis entre l'Afrique méditerranéenne et le Soudan, au moyen des caravanes. Ces dernières se forment et aboutissent à Rhât, Radamès, In-Salah, au nord, Agadès, au sud.

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