‹ La France et ses coloniesChapitre 132 sur 179 · CHAPITRE lïl · texte numérisé non relu

CHAPITRE lïl

COLONIES DE l'aTLANTIQL'E. — AFmQUE OCCIDENTALE FRANÇAISE.

SOMMAIIIE.

L'Afrique occidentale français" ;Sént'ij;al et Soudan). — Historique. — — Terroir et relief. — Le Fouta-Djalon. — Climat : les moussons. — Hydrographie : lleuves nombreux et abondants, coupés de chutes et de rapides. — Le Niger. — Le lac Tc-had. -— Les côtes. — Richesses naturelles et populations. — Administration. — État économique; colonisation et avenir du Soudan.

Colonies françaises de l'Atlantique; aperçu général. — La

France, qui possède une grande étendue de côtes, des provinces peuplées d'hommes entreprenants, Normands, Bretons, Saintongeois, Gascons, sur le rebord oriental de l'Atlantique, aurait pu exercer l'omnipotence ou, du moins, la prépondérance sur cette mor, trait d'union entre l'Ancien et le Nouveau Monde. Ni les aventuriers et flibustiers, avant-coureurs de la colonisation au xvi^ siècle, ni les colons en rangs serrés au xvii^ et au xviii^, n'ont manqué pour donner à notre pairie le premier rôle sur les

3fi6 GÉOGRAPHIE COLONIALE.

rivages océaniques. Faute do tolérance, le Brésil n'est pas devenu la terre promise de nos huguenots conduits par Goligny; l'aule de sagesse politique, TAmérique du Nord ne voit plus flotter le drapeau français, illustré là-bas par Cartier, Cavelier de la Salle, Montcalm, aimé encore par nos congénères du Canada, sujets du roi d'Angleterre. Aux Antilles, nous n'avons que des épaves de notre ancien domaine. Dans l'Amérique du Sud, le Brésil peut nous refuser une rectification légitime de frontières qui sauverait notre Guyane, sans que beaucoup de Français s'intéressent à cette vétille. L'Afrique seule nous ouvre un horizon de nouvelles espérances ; mais le Congo, conquête de la persuasion morale et de la douceur héroïque d'un Brazza, mais le Sénégal agrandi chaque jour seront, en raison du climat, des colonies d'exploitation plutôt que de peuplement, des colonies françaises sans population française. C'est un bel avenir, mais le passé lui fera toujours tort,

L'Afrique occidentale française (Sénégal et Soudan) ; historique et vue d'ensemble. — Dans l'Afrique occidentale, le point de départ de notre domination, c'est, d'une part, notre colonie du Sénégal, fondée vers 1635, prise deux fois par les Anglais et rendue à la France en 1817, mais qui s'était bornée, jusqu'en 1854, à quelques postes littoraux; et, d'autre part, nos comptoirs du golfe de Guinée : Grajid-Bassam et Assinie, créés en 1843 sur la Côte d'Ivoire ; Grand-Popo, Kotonou et Porto-Novo, acquis en 1863, sur la côte des Esclaves, près du Dahomey. Les efforts du général Faidherbe, gouverneur du Sénégal de 1854 à 1864, et de ses successeurs (Brière de l'isle, Gallieni, Borgnis-Desbordes, Archinai'd, Frey, etc.) dans la région du Nord; les explorations et négociations du capitaine Binger dans le pays de Kong ; la campagne du général Dodds contre le Dahomey, en 1893, enfin des traités récents entre l'Angleterre et la France (1898-99) nous assurent aujourd'hui, dans ces parages, une suite ininterrompue de territoires directement administrés ou protégés, et représentant environ 2 millions de kilomètres carrés, soit quatre fois la France.

Sur la côte, la domination française s'étend du cap Blanc jusqu'au delta du Niger, interrompue par les enclaves anglaises de la Gambie, du Sierra-Leone, de la Côte d'Or et de Lagos; par Fenclave portugaise de Cachéo; par l'enclave a llejnaiide du Togo; enfin, par la Bépubligue nègre de Libéria. Outre ceux indiqués plus haut, les points les plus intéressants de ce littoi'al sont les liirif'res du Sud officiellement appelées, depuis quelques années, Guinée française, entre la Guinée portugaise et Sierra-Leone, et le Dahomey français, organisé après l'expédition Dodds. La zone diniluence, c'est-à-dire l'étendue du Soudan dans laquelle,

d'après les derniers accords anglo-français, la France a le droit d'étendre son commerce, son protectorat, ses possessions, englobe les pays du Kanein, du Ouiulaï, du Bari/hù-mi et Vcrnhouc/iure du Chari. La frontière nouvelle donne aux Anglais toute la rive occidentale du lac à partir de Barroua, le Bornou, le Sokoto et le domaine inférieur du Niger. En résumé, l'empire français, dans l'Afrique occidentale, s'étend sur tout le Soudan maritime, sauf quelques interruptions, et sur la boucle très peuplée et assez riche du Niger, enfin comprend la partie orientale du bassin du Tchad jusqu'aux confins du bassin du Nil. Vers le sud, il l'ejoint noire domaine du Congo français. Il présente, en même temps que l'unité politi(pie, une véritable unité physique.

Terroir et relief. — On ne connaîl encore bien rigoureusement ni la composition ni la disposition des dilïérents terrains de l'Afrique occidentale française: l'enquête géographique qui doit nous renseigner à ce sujet est à peine esquissée. Nous savons seulement qu'au nord, à l'est et au centre delà Guinée française, on rencontre une zone granitique qui est surtout remarquable par la continuité de son altitude de 7 à 800 mètres. Le capitaine wSalesse a observé que vers l'ouest, en Guinée, celle région de terrain primitif est bordée par une étroite bande de schistes noirs ou lustrés à laquelle succèdent, jusqu'au bord de la mer, des plateaux de grès à peu près horizontaux. Nous connaissons encore moins la Guinée, notre vaste colonie de la Côte d'Ivoire. Les explorateurs ont observé également à l'intérieur des séries de mamelons granitiques aux environs du 10° de latitude nord. C'est le même aspect que l'on renconlre au Dahomey, dans la région qui porte le nom de monts Delcassé. Dans les régions septentrionales qui confinent à la boucle du Niger, par exemple dans le Mossi, dans le Macina, dans le Gourounsi et dans le Lipatko, se développent de vastes étendues sablonneuses. C'est déjà le désert ou le steppe.

Le centre montagneux le mieux caractérisé est celui du Foula-Djalon, dont l'altitude est d'ailleurs rarement supérieure à 1 :200 mètres, et qui n'est pas ce pendant de l'Ethiopie que l'on supposait autrefois par amour de la symétrie et sur la foi de vagues rapports des indigènes. Dans la région du hautDjoliba au Niger et, d'une manière générale, au nord de notre colonie de la Côte d'Ivoire, s'étendrait un système montagneux que l'on propose de désigner sous

le nom général de monts JMina. Ce que l'on sait seulement, c'est qu'il y a, dans la région du Kissi qui envoie au Niger la meilleure part de ses eaux, des altitudes de 1 800 à 2 000 mètres et, si l'on en juge par l'abondance du Milo, qui conflue dans le \iger entre Siguri et Kouroussa, un groupe de hauteurs d'une étendue considérable. Dans le Dahomey central, il ne semble pas, d'après les dernières explorations, qui sont assez complètes, qu'il y ait des altitudes supérieures à 1 200 mètres. Ainsi il faut renoncer, depuis la belle exploration de Binger, qui a donné la première esquisse de la vraie géographie de ces pays, à l'idée de l'existence d'une chaîne voisine du littoral que l'on imagina jadis sous le titre de monts de Kong. Il résulte de cette pauvreté de l'Afrique occidentale en grandes montagnes, qu'elle ne peut avoir, comme l'Inde bordée de l'Himalaya, comme l'Indo-Chine dont les fleuves descendent aussi de montagnes importantes, de cours d'une valeur comparable à ces magnifiques pays de moussons de l'océan Indien, car le relief multiplie, comme on sait, Tetlfet utile des pluies. Il en résulte aussi que, jusqu'au voisinage du littoral, les vents asséchants du désert peuvent sans obstacle se frayer une voie, flétrir pendant une saison la végétation d'un grand nombre de pays. C'est l'infériorité naturelle de l'Afrique occidentale comparée à l'Europe et à l'Inde : elle n'a pas de châteaux d'eau.

Climat et hydrographie. — Le Soudan est soumis au régime des moussons, c'est-à-dire à l'alternance très régulière d'une saison sèche et fraîche de vents du nord-est (hiver) et d'une saison pluvieuse et chaude de vents du sud-ouest (été ou hivernage). La mousson humide souffle d'abord, sur la Côte d'Ivoire, au commencement de mars ; au début d'avril, à Sierra-Leone ; à la lin de mai, sur la Casaraance, et du 20 juin au 10 juillet sur la Gambie, à Corée, à Saint-Louis. La côte de Guinée, la première touchée par la mousson marine, est aussi la dernière qu'elle abandonne et, par suite, la plus humidifiée. C'est dire que les pluies augmentent graduellement du nord au sud. On compte 35 jours de pluie à Saint-Louis, 48 sur la Gambie, 84 sur la Casamance, 140 à Sierra-Leone, et de 200 à 250 sur la côte de Guinée. La quantité varie de même entre 0",40 au Sénégal et l'^'iO à Lagos, dans le Bénin. La

température <ïé[é, lourde et malsaine, est caractérisée par une très grande égalité. Le thermomètre se tient entre -\- 27" ou -j- 28°. En hiver, il peut monter jusqu'à -|- ^0° et même -{- 45° ; mais il peut aussi descendre à moins de -|- 10°, et ses écarts sont parfois très brusques. Les observations précises manquent encore pour l'intérieur. Il paraît toutefois certain que les précipitations, moins copieuses que sur le littoral, y diminuent aussi du sud au nord. Les régions montagneuses sont plus arrosées que les plaines. Enfin, le climat n'y bénéficie pas, comme près de la mer, du rafraîchissement quotidien des brises du large.

Les fleuves qui dérivent de ce régime atmosphérique sont très nombreux et abondants; mais le relief les marque tous du même caractère. Tous sont des fleuves de terrasses, coupés de chutes et de rapides. Tous sont aussi des fleuves travailleurs, accumulant à leur embouchure, en barres gênantes, une énorme quantité d'alluvions.

Le Fouta-Djalon et ses dépendances sont leur principal réservoir. 11 faut signaler notamment la Gambie, qui ne nous appartient que par son cours supérieur et qui abandonne notre territoire juste au moment où elle commence à se prêter à la navigation ; la Casamance, qui, sur 300 kilomètres de trajet, est navigable pendant 175, pour les bateaux de 2 mètres ; le rio Niinez, qui a de 5 à 6 mètres de profondeur dans ses sections accessibles ; le rio Pongo, la Mcllacorée, VAkba ou Comoé, le fleuve côtier du Grand- Bassam, la Volta, émissaire du Mossi, considérable au temps des crues, mais anglaise par son embouchure sur la Côte d'Or ; VOuémé, le fleuve dahoméen qui se termine, après son cours de 300 kilomètres, dans la lagune de Porto-Novo. Mais, de tous les fleuves qui desservent les versants nord ou sud du Fouta-Djalon, le Sénégal, grand fleuve de 1700 kilomètres, est le plus important. Il naît dans une région très élevée sous le nom de Bafing. Après 600 kilomètres d'un cours rapide, il se double par l'accession du Bakhoy, grossi du Èaoïilé. Puis, de Bafoulabé à Médine, il bonditde cataracte en cataracte. Quelques-unes, par exemple celle du Félon, avant Médine, ont plus de 20 mètres de hauteur. De Médine à la mer, il accueille encore un grand tributaire, la Falémé, large de 300 mètres au confluent, avec des crues de 6 à 8 mètres, et il est navigable pour de grands navires à la saison des crues

c'est-à-dire de mai à octobre. La passe de son embouchure est devenue presque impraticable par Fabondance et la mobilité des bancs de sable.

Le Niger on Dioliba (4 200 kii.), le second fleuve africain par le débit, et le troisième par la louis^-ueur, est l'énorme déversoir du Fouta-Djnlon oriental. Il prend source dans les monts Loma à 1200 ou 1300 mètres d'altitude, et se dirige au nord, puis au nord-est, vers le Sahara, n'ayant qu'une faible pente, mais gagnant en largeur ce qu'il perd en vitesse. Il décrit ainsi une grande courbe où il reçoit, à gauche, le Fi/j/iisso, descendu tumultueusement du Foula- Djalon, et, adroite, dans un labyrinthe immense de lacs et de marigots ou faux bras, bordé d'un fouillis de végétation touffue, un autre Bakhog, appelé aussi Mahel-Balevel, et presque égal au fleuve principal lui-même. Tombouclou, aux confins du Soudan et du Sahara, marcjue l'extrémité septentrionale de l'arc de cercle. A partir de celte ville, le Niger tourne lentement vers Test, puis vers le sud, et, par une série de rapides, rentre dans le Soudan où, en aval de Say, il cesse bientôt de nous appartenir. Il est, en territoire français, assez, profond et, surtout, sauf entre Sotuba et Koulikoro, où des barrages rocheux marquent la fin de son cours montagneux, d'une navigabilité satisfaisante. A l)amakou, les crues l'élèvent de 5 à 6 mètres audessus de son niveau moyen de 3 mètres. Il devient, il est vrai, momentanément bien plus pauvre, le long du désert saharien.

Le Tchad, qui nous appartient aujourd'hui par ses rives orientales et septenti'ionaîes, est une vaste nappe d'eau qui s"étend sur une superficie à peu près égale à celle de la Belgique (27000 kil. car.). Ses eaux, marécageuses plutôt que lacustres, et dont la profondeur ne dépasse pas 5 à Gmètres, s'assèchent graduellement. Le Tchad constitue un véritable bassin intérieur qui draine une bonne partie des eaux du Soudan central par des canaux puissants. L'un d'eux, le Charn, grossi du Logone, et qui roule avec fougue un volume considérable, vient de la région intermédiaire entre Soudan et Congo, dévolue à l'influence française. A la saison des pluies, le trop-plein du lac s'épanche, entre le Kanem et le Ouadaï, par la dépression dite du Bahr-el-Ghazat.

COLOiNlES DE L'ATLANTIQUE. S71

Littoral. — Les côtes de l'Afrique occidentale française s'étendent, du Sénégal au cap Vert, suivant une courbe très douce et sans anfractuo:^ité, le long de laquelle les alluvions marines ont formé, sur la rive droite du bas Sénégal, la langue de. Barbarie, barrière de dunes longue d'une trentaine de kilomètres et large d'environ 400 mètres. Autour du massif rocheux du cap F*?/*/ souvrent, au contraire, des havres articulés dont le meilleur est Dakar, protégé par l'îlot de Corée. Les transatlantiques peuvent y aborder à quai. Au sud du cap Vert, la côte alluviale et les barres sablonneuses reparaissent, notamment dans le pays des Rivières du Sud, mais surtout le long du golfe de Guinée. Là, l'encombrement est principalement imputable au transport fluvial qui a séparé du large, par des cordons et des tlèclies, d'énormes lagunes, dont les graus ou chenaux d'accès sont presque toujours obstrués (lagunes iïEhriè. de Grand-Bassam et de Porlo-Nouo). Un mascaret ou calemma, ligne ininterrompue de vagues qui se brisent avec force sur les bas-fonds, achève de rendnî difficile l'accès de ce littoral sur les points non munis d'un uiharf.

Aptitudes naturelles. — Les richesses minérales de l'Afrique occidentale française sont mal connues encore. Pourtant, le Fouta-Djalon renferme, dit-on, d'abondants minerais (ïargent, de cuivre, de fer et à^éiain. Les indigènes des plateaux soudanais apportent à la côte la. poudre d'or en assez grande quantité. Ouanl à la végétation, du Sénégal au Dahomey, elle varie de la pauvreté saharienne à la fécondité étonnante de la zone équatoriale. Les parties arrosées donnent, selon la quantité d'eau précipitée, ou la brousse, c'est-à-dire une suite de savanes, couvertes de hautes herbes, riches en gibier {girafes, antilopes, gazelles, autruches) et propres à l'élevage, ou la forêt, vivace et puissante, oii croissent près des côtes les palétuviers et cocotiers ; plus loin de la mer, les palmiers de tous genres, à dattes, à huile, à vin; le bananier, dont le fruit a mérité le nom de pain du nègre ; le l<olatier, dont la noix est souveraine contre l'influence débilitante du climat; le karité ou arbre à beurre et, parmi les essences propres à la construction ou à l'ébénisterie, le géant baobab et Vacajou Des lianes d'une étonnante longueur isolent chaque bou-

quel d'arbres, en font comme une petite forêt dans la grande, humide et chaude, remplie d'un pullulement d'animaux de toute taille, depuis les pythons, caïmans, hippopotames énormes, jusqu'aux insectes infiniment petits, mais redoutables par leur morsure [tsé-tsé, termite, chique pénétrante, etc.). Dans les clairières, les cultures consistent en blé, doiirah, mais, manioc, coton, tabac, indigo, arachides ei aulves graines oléagineuses. La canne à sHc/'f , le café s'acclimatent très facilement. Il ne faut pas, du reste

imputer cette luxuriante richesse aux qualités du sol, plutôt ingrat, mais à la chaleur et au climat, et l'élevage est contrarié par la tsé-tsé.

Populations. — On peut évaluer approximativement la population de l'Afrique occidentale à 10 ou 1"2 millions d'habitants. Ils appartiennent probablement à trois races différentes :

1° Vers le nord, des peuples de race blanche. Touareg de race berbère, Arabes ou Maures, métis de Berbères et d'Arabes ou de nègres ; 2° Vers le sud, des nègres : Ouolof de la Sénégambie, très attachés à la France ; Aalou des Rivières du Sud, célèbres parleur courage; Krou du Grand-Bassam, intelligents, honnêtes et excellents marins; Eoué du Dahomey, braves, laborieux et supérieurs à leur réputation légendaire de cruauté; Mandingues, commerçants actifs de l'hinterland entre Libéria et Niger: Bambara, agriculteurs et soldats vaillants du haut Sénégal ; Soninké, fixés sur la Falémé, où ils exercent avec activité la batellerie, etc. ;

3" Enfin, les Peuls ou Foulbé, peuplades mystérieuses, très ditïérentes des nègres, aux cheveux lisses et au teint brun, établis dans tout le Fouta-Djalon. Les Toucouleurs, jadis maîtres de la région du moyen et du bas Sénégal, où ils avaient fondé des empires puissants^ sont issus du

Fig. 2o. — Type de l^eulli.

(Communiqué par l'Office colonial.)

croisement des Peuls et des nègres. Ils sont aujourd'hui refoulés vers le Fouta-Djalon.

Administration.

L'ensemble de nos possessions de l'Afrique occidentale a été administralivement organisé par le décret du 15 juin 1895 qui institua le «Gouvernement général de l'Afrique occidentale française ». On voulut ainsi donner plus d'unité, dans nos possessions du nord-ouest de l'Afrique, à la direction politique et à l'organisation militaire. Un nouveau décret du 17 octobre 1899 disloqua l'ancien Soudan, en annexant au Sénégal les cercles de Kayes, Bafoulabé, Kito, Bamako, Ségou, Dieuné, Nioro, Sokolo, Boujouni. La Guinée, la Côte d'Ivoire et le Dahomey reçurent les cercles les plus voisins de leurs territoires respectifs.

La capitale fut jadis Saint-Louis (24000 hab.), à l'embouchure du Sénégal. C'est aujourd'hui Dakar, escale do plus en plus fréquentée des paquebots français à destination de l'Amérique du Sud ; Bufîsque, marché important, réuni, comme Dakar, à Saint-Louis par un chemin de fer, sont ensuite les agglomérations principales sur la côte de, Sénégambie. Sédhioii et Konaîirij, le premier sur la Casamance, le second sur la Mellacorée, sont, l'un le grand marché, l'autre le centre administratif de notre Guinée. Grand-Bassam et Assinie sont les deux principaux comp toirs, très insalubres, de la Côte d'Ivoire. Kotonou, sur la côte des Esclaves, grâce à son wharf, est un port très fré quenté du Dahomey, au débouché de l'Ouémé dans la lagune de Porto-Novo. Ouidah, la nouvelle capitale politique, et Grand-Popo, sur la côte ; à l'intérieur, Carnotville, gardent l'ancien territoire dahoméen. Dans l'intérieur du Soudan proprement dit, il faut mentionner : sur le Sénégal, les postes de Médine, au pied de la chute du Félou, point d'arrêt de la navigation à vapeur ; Kayes, centre administratif du Soudan français ; Bafoulabé, qui surveille le haut Sénégal, relié à Kayes par un chemin de fer touchant le Niger, et Bamal<ou, au débouché de la route qui vient du Sénégal ; Ségou, l'ancienne capitale des Toucouleurs; Tombouctou, qui n'a plus son ancienne importance de « ville sainte du mahométisme et de marché du désert »,

et Saij, notre avant-garde du côté des possessions an-

glaises.

État économique, colonisation et avenir du Soudan. — L'acquisition et l'organisation du Soudan font honneur à la colonisation française, et ont eu jusqu'ici d'heureux elTets sur l'état éc onomique du pays. Le chiffre des échanges s'accroît rapidement ^ Parmi les objets exportés, la première place revient aux arachides, vendues en grande quantité aux savonneries de Marseille. Se classent ensuite, pour l'importance, l'huile de palme et la noix du palmier à huile, que les trafiquants, surtout ceux de l'Allemagne, vont acheter aux indigènes, en remontant les fleuves sur des bateaux spéciaux, servant à la fois de magasins et de lieux de marché. Les gommes sont, après les substanees oléagineuses, l'objet du commerce le plus important delà Sénégambie. La vente du caoutchouc représente une moindre valeur. Les noix de kola, la poudre dor, le café, lesbois,lespeaux, la cire,rivoire,lesplumesd'autruchecomplètent la liste des marchandises vendues à l'Europe. Ses navires apportent en échange dans le pays des cotonnades, des alcools, du sel, des fusils et de la poudre, du tabac, du corail, de l'ambre et des verroteries. Les ports principaux qui permettent ce commerce sont, outre Dakar, Grand- Bassam, Porto-Xovo, Kotonou. Ces ports sont desservis par les services mensuels des Chargeurs-Réunis de Bordeaux et de la Compagnie Fraissinet, de Marseille. Dakar est, de plus, touché par la plupart des steamers de France et d'Angleterre à destination de l'Amérique du Sud.

La France prend, nous venons de le voir. une part pré

1. En 1900, le mouvement du commerce dans nos colonies d'Atiiquc occidentale était évalué aux chiffres suivants :

Sénégal

Guinée

Cote d"lvoire.

Dahomey

oo 700 000 16 300 000 li 000 000 -11' 000 000

Page 1