II. — Les Antilles : Guadeloupe et Martixioue
Vue d'ensemble. — Notre domination dans les Antilles a laissé des traces là même où nous ne sommes plus les maîtres. Plus d'un million et demi d'habitants des Antilles, créoles ou noirs ou mulâtres, parlent encore notre langue, notamment à Haïti. Ce qui nous reste de ce riche archipel se divise en deux groupes : 1° Guadeloupe et dépendances; •2" Martinique.
Description physique et aptitudes naturelles. — Population. — La Guadeloupe, découverte par Colomb dans son voyage de 1493, se compose, en réalité, de deux îles, la Guadeloupe proprement dite (946 kilom. carr.), à l'ouest, et la G/'rt72(/e-7e/v'e (650 kilom. carr.), à Test, séparées par la Rivière Salée, chenal maritime étroit et peu profond. La première est recouverte de cônes volcaniques dont lun, le Piton de la Soufrière, la domine de 1484 mètres. Quant à la Grande-Terre, elle est basse et plate.
Leur climat est, en général, chaud et humide. La moyenne annuelle des pluies varie de 2", 20 à 4 mètres, suivant le relief, et le thermomètre ne descend guère au-dessous de -f- 18. Mais ce caractère tropical est tempéré par les brises de la mer et par l'altitude. De telles conditions sont très favorables à la culture du caféier et de la canne à sucre. Le cacao, la vanille, V ananas, le manioc sont aussi susceptibles d'acclimatation, dans un sol volcanique ou alluvial d'une fertilité rare.
La population des deux îles est d'environ 167 000 habitants, soit 104 au kilomètre carré. La ville la plus importante est la Pointe-à-Pître, port très sûr (17 000 hab.), au sud-ouest de la Grande-Terre. La capitale, Basse-Terre (15 000 hab. , au sud-ouest de la Guadeloupe, est moins peuplée et beaucoup moins active. '
Marie-Galante (150 kilom. carr.), île crétacée, est la plus considérable des dépendances, avec ses 15 000 âmes. La Désiradena qu'un millier d'habitants. Les Saintes, groupe d îiois rocheux, portent les défenses les plus importantes aes Antilles françaises. La Suède nous a rétrocédé en 1878
l'île de Saint-Barlhélemy , ancienne colonie française, habitée par 2 500 descendants de colons normands, et qui offre un bon port, le Carénage, dans une merveilleuse baie d'un kilomètre de longueur sur 400 mètres de large. Enfin nous possédons la parlie septentrionale de Saint-Martin, dont l'autre moitié est occupée par les Hollandais.
Le groupe de la Guadeloupe renferme une population de 191 000 personnes, blancs ou hommes de couleur.
La Martinique, avec une superficie de 988 kilomètres carrés, est plus septentrionale, plus uniformément montagneuse et volcanique que la Guadeloupe, ({uoiqu'elle ne dresse qu'à 1 350 mètres son principal piton de la Montagne Pelée. Comme la Guadeloupe, elle subit souvent de redoutables secousses de tremblements de terre. Elle a le même climat tropical, caractérisé par l'alternance d'une saison humide et d'une saison sèche, les mêmes pluies copieuses que l'île voisine, la même température élevée, modérée par la brise marine. Mais ses rivières sont plus nomljreuses et ses côtes plus riches en articulations. La baie de Fort-de-France, véritable fiord, et la rade de Saint- Pierre offrent aux navires d'excellents abris d'un accès facile. Les aptitudes cl les cultures sont les mêmes qu'à la Guadeloupe. Canne à sucre, caféier, cotonnier et toutes les plantes à fortes essences réussissent dans ce sol, fait de débris d'éruptions et fécondé par une intense humidité.
La population de la Martinique est de 160000 unies : elle était de 18"^ 000 avant l'affreux désastre de la Montagne Pelée, qui, en 1902, détruisait de fond en comble la belle et si française ville de Saint-Pierre. En quelques instants, sous une poussée de gaz projetés hors d'une crevasse latérale du cratère, Saint-Pierre fut rasée et sa population anéantie. L'île tout entière, déjà compromise par les effets de la crise commerciale des dernières années, a été moralement et matériellement désolée par ce sinistre. La capitale, Fort-de-France (17000 hab.), pour laquelle on éprouva aussi de graves inquiétudes, reste désormais la seule cité de quelque importance de cette belle île.
Situation économique. — Les Antilles françaises sont, avant tout, des colonies agricoles *. Elles se sont malheu-
1. A la Martinique, une population de 70 000 individus vit du travail des champs.
reiisement attachées, d'une manière presque exclusive, aux cultures tropicales, à cause des bénéfices considérables que celles-ci, et spécialement la canne à sucre \ ont donnés pendant longtemps. Presque partout les planteurs ont renoncé à cultiver les plantes proprement alimenlaires ou « vivrières », comptant sur l'importation du blé et des légumes pour suffire à l'alimentation. 11 y a là une situation grave en tous temps, mais exlraordinairement dangereuse au cas où la mer serait fermée au commerce par une guerre. D'autre part, les cultures coloniales souffrent delà cherté de la main-d'œuvre, devenue tellement coûteuse en ces dernières années qu'on a essayé de recourir aux Chinois, et de la concurrence que font à la canne à sucre la betterave européenne, aux cafés des Antilles les cafés brésiliens, obtenus à un bon marché exceptionnel. De toutes ces causes dérive une crise qui, depuis quelques années déjà, éprouve nos Antilles françaises. Les remèdes à ces maux sont d'ailleurs connus : le développement des cultures alimentaires; la substitution partielle, à la canne à sucre, du cacao, de la vanille, de la muscade, du gingembre, du tabac; la création d'usines plus nombreuses pour extraire des cannes du rhum et du tafia, au lieu de sucre, conformément à l'exemple donné par les Anglais à la Jamaïque ; enfin l'extension de l'élevage dans les parties montagneuses et un meilleur aménagement des forêts, tels sont les moyens qui pourront rendre à ces colonies leur antique prospérité. Actuellement, les chifTres totaux du trafic sont en léger relèvement sur ceux d'il y a dix ans-. Mais cette hausse est plutôt sensible sur la somme des importations que sur celle des ventes au dehors, ce qui est un indice de la persistance du malaise, malgré les ellorts déployés pour conjurer la crise.