CONDITIONS CLIMATÉRIQUES DU TERRITOIRE FRANÇAIS
Les régions de la haute Saône cl de la haute Seine, du Doubs supérieur et de la haute Moselle ont maintes fois même ciel, mêmes vents et mêmes pluies. Donc la ligne de crêtes élevées ou de plateaux mollement ondulés qui donnent aux eaux leurs pentes soit vers l'Atlantique, soit vers la Méditerranée, n'est pas une ligne rigoureusement séparative pour les climats.
De même, s'il est vrai, d'une véi'ité fréquente tout au moins, que la France orientale, la Lorraine par exemple, subit un climat plus excessif, plus continental que la France du Centre et de l'Ouest, ce fait, souvent observé, n'est pas sans exception. Tantôt notre plateau lorrain est solidaire, soit pendant l'hiver, soit pendant l'été, des pays occidentaux qui reçoivent les effluves de l'Atlantique; tantôt il contraste avec ces pays et participe des hivers et des étés également extrêmes des contrées de l'Europe centrale.
Loin de croire à la vertu nettement séparative du relief de notre sol en matière climatérique, on doit observer que ce relief même produit des effets curieux d'empiétement d'une zone climatérique sur l'autre. Nos Grandes Alpes de Savoie et du Dauphiné reçoivent, par delà les hauteurs du Massif central, d'abondantes ondées apportées par les vents d'ouest, tandis que les Alpes de Provence ne sont guère touchées que par des orages de la saison des pluies des pays méditerranéens. Nos Alpes ne sont donc pas une région climatérique homogène.
En résumé, notre pays de France se trouve, non dans une zone de climat stable et dont les vicissitudes se répètent chaque année, mais sur une sorte de zone de transition climatérique. S'il compte au midi des pays chauds et souvent ensoleillés, ces pays n'ont pas cependant toute la régularité climatérique des régions adjacentes d'Espagne ou d'Italie. Non seulement notre Provence et notre Languedoc sont à l'extrême nord de ce bassin occidental de la Méditerranée sur lequel le climat atlantique influe encore, tant à cause de sa proximité qu'en raison de la médiocrité des remparts séparatifs de montagnes, mais ils sont influencés par des phénomènes dont le siège est dans le centre ou même dans le nord de la France ; car il faut des montagnes comme les Andes ou l'Himalaya pour constituer de vraies barrières climatcriques. Le mistral que connaît Marseille a son origine dans l'état des neiges de la zone du Massif, central c'est-à-dire dans la condition des pluies qu'il a reçues de l'Atlantique, et par là c'est un phénomène d'ordre général qui intéresse la condition climatérique de la France tout entière.
On voit qu'il n'y a rien de simple, ou plutôt rien de géométi'ique, dans la répartition des climats français. Il les faut étudier dans leur extrême variabilité, et en se guidant sur des comparaisons prudentes avec les pays voisins d exposition et de caractère analogues.
L'étude de cette extrême diversité des climats français, soit sur une même surface, soit dans une même année pour des régions différentes, nous montre avec clarté combien il faut être prudent quand on s'efforce de diviser la France en régions naturelles. Car le climat est un des traits de nature les plus caractéristiques et les plus importants d'un pays. Or, si les climats varient d'une année à Tautre, et dans une même année à courte distance, sur l'ensemble du soi français, une des chances de délimitation rigoureuse des pays français nous échappe du fait de cette instabilité climatérique qui une année détermine de riches vendanges, l'année suivante est favorable aux pâturages et nuisible aux blés. Il en résulte aussi, puisque l'aspect caractéristi([ue d'une étendue de notre sol dépend à la fois de la nature chimique du terroir et de la nature physique du climat, que les faits de composition du sol ne peuvent déterminer à eux seuls le caractère distinctif d'une étendue de pays. Quand un climat est dune stabilité rigoureuse, comme celui d'un désert, ou bien d'une terre arrosée à outrance comme Java, l'importance du fait de constitution géologique devient très faible ; dans le cas où le climat varie beaucoup d'une année à l'autre, les effets d'une composition chimique du sol varient aussi d'une année à l'autre de toute nécessité. Le même blé, dans la majeure partie de notre France, peut être luxuriant une année, brûlé et réduit à rien l'année suivante à la même époque ; la même vigne peut enrichir son propriétaire ou le ruiner, au gré des vicissitudes du ciel. Ce que l'on dit de la richesse végétale est équivalent à ce qu'on dirait de l'aspect. Donc, notre pays est un pays de nuances et de variations, il n'est pas un pays de contrastes violents, ni surtout de contrastes fidèlement répétés d'une année à l'autre ; les limites régionales ne peuvent donc, dans bien des cas, être considérées que comme l'expression de faits vrais le plus souvent, mais pas toujours.
La répartition des vents. — Celte étude de la répartition des températures nous indique déjà la direction, la provenance et la nature des vents qui influencent notre territoire. Il serait d'ailleurs contraire à la science de parler en général pour toute la France des mêmes vents, comme si une même direction impliquait un même efl'et climatérique. Le vent du sud dans notre région méditerranéenne est un vent de mer tempéré el doux, plus adoucissant et plus tempéré,
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commeon l'imagine, en été qu'en hiver. Cemême ventdu sud, dans les pays que bais^ne la Garonne, est en hiver un vent qui apporte la froidure des Pyrénées, qui peut, en été, amener, à travers les brèches pyrénéennes, les soulfles brûlants des plateaux espagnols. Le vent du nord est en Lorraine une bise cruelle et sèche ; il est en Bretagne une brise marine, froide, mais supportable.
Dans l'ensemble, on peut dire seulement que la moitié ouest-nord-ouest de la France reçoit le plus souvent des vents d'ouest qui sont marins, humides, qui déterminent des pluies, qui amènent peu de variation dans la température. La proportion des vents marins d'ouest est déjà moindre sur nos rivages gascons et même charcutais, puisque le même vent du sud-ouest qui arrive librement à la péninsule bretonne ne parvient que masqué à notre côte du Sud-Ouest à cause de l'interposition de la massive péninsule ibérique. Bref, la France du Nord-Ouest a un horizon maritime de plus grand angle que la France du Sud-Ouest; et d'ailleurs, les vents de mer y sont normalement plus fréquents. Le sud-est de la France connaît de plus grandes alternances des vents de terre et des vents de mer; d'une manière générale, les vents y sont de direction plus variable; il n'y a point là une prépondérance marquée d'un vent de même nature, comme cela existe pour le Nord-Ouest. Mais, quelle que soit cette variété de direction, on peut observer que les vents de nature sèche sont prédominants. Quant àla France du Nord- Est, plus éloignée de la mer, plus haute en général que la France du Nord-Ouest, elle est moins régulièrement touchée par les vents marins de l'ouest qui, d'ailleurs, ne lui parviennent souvent que déjà asséchés par leur passage sur des territoires étendus; enfin, les vents déterre sont nécessairement, en raison même de la prépondérance des horizons continentaux, plus nombreux qu'àl'Ouest et au Nord-Ouest. Lorraine et Franche-Comté connaissent la bise ou les vents d'est desséchants que l'on appelle le hâle, pendant des périodes où Bretagne et Normandie jouissent de douces brises de mer.
Mais noter ces différences n'est pas encore donner une idée suffisante de la variété des vents et des climats du sol français. Il faut se rappeler toujours que les saisons ne sont pas dans tous nos pays de France aussi réofulièrement marquées, et que même leur marche, surtout daus la moitié septentrionale de la France,
est sujette d une année à lautro à détonnantes variations. Dire que les veuts d'ouest soufflcnl en moyenne loO ou 160 jours par an sur la moitié septentrionale de la France équivaut à ne tenir aucun compte des diversités que présentent nos années. Ce n'est là qu'une moyenne, non une ix^alité. En effet, il est des années où les vents de mer soufflent 20 et 2o jours de plus que ce nombre : ce sont les années de grande humidité, favorables aux pâturages, défavorables aux arbres fruitiers et aux vignes, des années pourries, comme disent les paysans. En revanche, on a vu, pendant d'autres années, prédominer des vents de terre jusqu'aux confins de la Normandie et de la Bretagne : ce sont les années des grands froids et des grandes chaleurs, avec un autre cortège d'avantages et de maux. C'est peut-être un dicton climatérique que cette phrase tant usitée chez nos paysans : les années se suivent et ne se ressemblent pas. Par conséquent, on doit observer que la moitié septentrionale de la France est celle dans laquelle on peut remarquer les plus grandes difféi^ences de climat d'une année à l'autre, tandisqu'il y a beaucoup plus de régularité dans les saisons du Sud-Est et du Sud-Ouest.
Citons quelques vents locaux célèbres en France : le mistral ou « maître des vents, » terrible fléau de la Provence ; le cers de la plaine narbonnaise, la tramontane du Roussillon, la bise et le hâle des pays du Nord-Est, etc.
La répartition des températures. — On ne donnerait pas une idée juste de la répartition réelle dés températures en France si l'on consultait seulement le tracé des lignes isothermes qui traversent notre pays. En effet, ces lignes isothermes représentent, dans des pays comme la Bretagne et la Normandie, quelque chose de réel. Quand on dit que la moyenne Ihermomélrique de l'année est de ~\- 11° centigrades dans le Colenlin et dans le Berry, on indique par là que cette température existe réellement et fréquemment à Cherbourg, tandis que dans le Berry on indique seulement une moyenne imaginaire entre des températures beaucoup plus variées en chaud et en froid que celles du Cotentin. Donner ce chiffre de -{- 11° comme l'expression de la température moyenne annuelle de la France, c'est cacher les différences qui existent entre nos pays du Nord, du Sud, de l'Est et de l'Ouest ; c'est donc cacher la réalité. Or, c'est la température réelle, ici vraiment régulière, là caractérisée par des extrêmes de chaud et de froid, qui intéresse la vie des plantes, des animaux et des hommes. Indiquer la température moyenne de la France, c'est fausser les idées en mettant dans une même catégorie des pays très divers. De
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même, il n'est pas intéressant de savoir que la moyenne lempcratiire de l'hiver est d'environ -)- 7°; car la vraie température hivernale est beaucoup plus chaude au sud-est et au sud et beaucoup plus froide à l'est. La température moyenne de l'été i'rançais n'a pas davantage de signification intéressante en géographie.
Ce qu'il faut retenir, c'est que la température est bien moins variée dans nos pays de climat maritime de l'Ouest et du Nord-Ouest, parce que, pendant la plus grande partie de l'année, les vents qui viennent de mer pourvoient l'atmosphère d'une quantité de vapeurs d'eau suffisante et donnent à ces régions un masque de nuages assez épais pour empêcher les excès de l'insolation et ceux du rayonnement. A mesure que l'on s'éloigne de l'Atlantique et que l'on se rapproche des plaines et des plateaux de l'Est, les températures sont plus contrastantes entre le jour et la nuit, entre une saison et l'autre, les hivers et les étés sont mieux marqués en général que dans les contrées maritimes. Bref, il y a une plus grande variabilité de température, donc de plus grands l'isques pour les plantes, les animaux et les hommes, mais aussi une chaleur plus franche pendant les mois de maturation des moissons et des fruits.
Les pays du Sud-Est qui confinent à la Méditerranée sont beaucoup moins influencés par la mer, parce que cette mer est une mer intérieure sur laquelle agissent les surfaces d'assèchement que sont les grands déserts et les pays secs d'Afrique, et aussi parce que le vent souffle moins souvent au bord de la Méditerranée de la mer vers la terre qu'il ne souffle ainsi sur les bords de l'Océan. Enfin, on remarquera que la Méditerranée est bordée de baies, dans les pays français qu'elle baigne, par des rempart smontagneux, Pyrénées et Corbières, Cévennes et Massif central, Alpes, et que, par conséquent, les vents du large, moins fréquents là qu'en Bretagne, en Normandie ou en Charente, ont aussi beaucoup plus de peine à atteindre l'intérieur. Le climat méditerranéen français n'est donc pas un climat maritime, comme le prouve manifestement l'extrême sécheresse des pays où il règne. Là les hivers sont doux en raison de la pin-eté du ciel et de la chaleur plus grande que donne le soleil sous ces latitudes. Maischacun sait avec quelle promptitude, par suite du rayonnement sous un ciel sans nuages, on passe de la chaleur du jour à la fraîcheur de la nuit ; et
cela encore est un caractère des pays secs, donc des pays qui ne sont pas maritimes.
La marche des températures dans nos régions du Sud- Ouest, qu'influence TAtlantique, mais sur lesquelles réagissent aussi les montagnes des Pyrénées et du Massif central, n'est pas tout à fait aussi régulière que dans le Nord-Ouest. Notamment le contraste entre les jours et les nuits s'y fait souvent sentir dans les pays de l'intérieur, à plus courte distance de la mer, que dans nos pays du Nord. Là encore la preuve de la moindre influence de rOcéan est. comme au sud-est, dans la fréquente clarté du ciel, dans la longueur plus grande des périodes exemptes de pluie, dans le caractère mieux marqué des chaleurs estivales.
Répartition des pluies. — De même qu'on ne doit pas parler d'une moyenne de température applicable à tout le territoire français, de même il est dangereux de citer un chiffre de moyenne de pluies ; car notre territoire se divise en plusieurs zones pluviométriques d'ailleurs assez mal délimitées entre elles. Les pluies ne tombent partout ni en même quantité, ni pendant un même nombre de jours, ni de la même manière, et cela importe beaucoup. Un pays qui reçoit pendant une année l'",50 de pluie répartie en averses longues et douces peut garder sur ses roches une terre végétale que le ruissellement n'entraîne point vers l'aval ; un autre où il ne tombe que 40 centimètres d'eau par an peut otîrir le spectacle de montagnes ravagées par les orages, dénudées, privées de leur terre végétale, inutiles ou funestes à l'homme. Une pluie d'hiver ou de printemps ou d'automne laisse plus d'eau à la terre qu'une pluie d'été, même plus abondante, surlaquellele soleil agit immédiatement. Tel canton de France reçoit en hiver de l'eau tiède et douce qui s'écoule paisiblement vers la mer; tel autre ne connaît en hiver que des chutes de neige qui lui restent en provision jusqu'aux premières chaleurs du printemps. Donc, ici l'effet est immédiat, là il est différé.
Les variations de la quantité de pluies dépendent avant tout du voisinage immédiat de l'Océan. Ainsi l'Artois, la Picardie, le pays de Caux, reçoivent des pluies de 80 à 85 centimètres par an ; le littoral du Cotentin et de la Bretagne, 1 mètre. A mesure que l'on s'éloigne de l'ouest et