CLASSIFICATION DES CLIMATS
saurait davantage comprendre le Massif central, ici bien arrosé, là médiocrement mouillé, comme une unité climatérique. Marquer des limites rigoureuses, s'est etVacer les nuances ; et la qualité du climat français est d'être nuancé, soit que l'on considère les différentes régions de France, soit que l'on considère les différents régimes de climat que l'on subit dans un cycle de quelques années. Mais on peut essayer de résumer, en acceptant sous réserve de critiques les divisions généralement proposées, les traits principaux et ordinaires des climats des principaux terrons de France. Une division régionale n'a pas d'autre valeur.
Climat atlantique et climat méditerranéen. — Il faut se garder de séparer trop rigoureusement en France la zone du climat atlantique de celle du climat méditerranéen, et surtout d'imaginer que cette dissociation est la conséquence d'un tracé de relief. La preuve en est que notre région du sud-ouest est à bien des égards plus semblable à celle du sud-est par son climat ordinaire qu'à celles du nord et du nord-ouest; et pourtant le Languedoc, la Guyenne et la Gascogne sont exposés sur l'Atlantique. Mais c'est le cas de rappeler qu'il ne suffît pas qu'un pays soit sur le bord d'une mer pour en subir l'influence sous forme de pluies, c'est-à-dire pour avoir un climat maritime. La vérité est déjà évidente pour nos pays des bords de la Méditerranée, que la mer influence si peu, puisqu'ils sont secs. L'Atlantique, dans le golfe de Gascogne, influence assurément la Guyenne et la Gascogne, mais plus que les pays basques, moins que la Bretagne. La preuve en est que le ciel y est moins souvent nuageux que dans nos pays du nord, et, si l'on consulte des cartes de la fréquence et de la direction des vents, on vérifie le fait : nos pays de la Garonne et de l'Adour ont moins souvent des vents de mer que la Bretagne et plus souvent ils jouissent d'un soleil brillant. C'est comme dans la péninsule ibérique où le Portugal, qui regarde vers l'Atlantique, est aussi sec que les parties de l'Espagne qui regardent vers la Méditerranée. D'une part, on est sous des latitudes plus basses, c'est-à-dire où le soleil a plus de force pour absorber l'eau, et d'autre part les vents de mer, en raison des lois générales de la circulation atmosphérique, sont
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moins fréquents dans notre Sud-Ouest que dans notre Nord- Ouest et plus fréquents que dans notre Sud-Est.
Climat armoricain. — L'habitude a prévalu de donner le nom de climat armoricain à un ensemble de pays qu'il vaudrait mieux appeler pays de climat atlantique nettement maritime : on y comprend la Bretagne, la Normandie, la Picardie et l'Artois maritime, le haut et le bas Maine, les plaines de l'Anjou et de la Touraine. Bref, c'est cette France du Nord-Ouest qui compose une sorte de péninsule plus directement exposée aux vents de l'Océan. Ce sont là pays où la température est d'une douceur et d'une constance remarqua])les; toutefois, il ne viendrait à l'esprit de personne d'imaginer que l'Anjou et la Touraine, si souvent ensoleillés, si riches en arbres fruitiers et en vignes, ressemblent rigoureusement à la brumeuse Bretagne ou à la Flandre. Dans cet ensemble, le pays de plus grande constance de la température est évidemment la péninsule bretonne. Quand on dit que la température moyenne de Brest est de -\- 11°, 7, on exprime un fait vrai, en ce sens que les rigueurs hivernales et les chaleurs d'été ne vont ni les unes ni les autres bien loin au-dessus ou au-dessous de cette température. A Brest, la moyenne de l'été est de + 16°, 3 et celle de l'hiver de -j- 7°,!. Tout cet ensemble de pays ne connaît que rarement les gelées, et ne les supporte que pendant un petit nombre de jours ou d'heures.
Climat girondin. — On désigne sous ce nom un climat maritime encore, dune manière générale, mais déjà beaucoup moins humide que le climat des pays du Nord-Ouest. Même dans les parties les plus voisines de la mer, on ne reçoit plus guère que 70 centimètres de pluie au lieu de 1 mètre et de ]",20 comme en Bretagne ; il n'y a plus que cent quarante ou cent cinquante jours de pluie au lieu de cent quatre-vingts ; enfin les périodes de ciel serein et d'insolation sont beaucoup plus étendues, comme le prouve non seulement l'existence de la vigne, mais la promptitude de sa maturation dans ces parages. L'humidité étant moins fréquente et moins grande, les contrastes de température sont déjà mieux marqués là qu'au nord-ouest. Ainsi Bordeaux a des hivers plus froids et des étés plus chauds
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que Brest ('moyenne hivernale + 6", 8, moyenne estivale -j- :2()",7 . On doit ajouter que, dans cette même région du Sud-Ouest qu'on appelle région du climat girondin, les pays intérieurs de la plaine garonnaisc sont déjà sensiblement plus secs que le Bordelais proprement dit, exception faite des promontoires montagneux du Massif central et des Pyrénées qu'il faudrait, si Ton voulait faire une classificnlion rigoureusement scientifique, distraire pour en former des régions climatéri(iues nouvelles.
Climat séquanien. — Cest encore une circonscription mal délimitée que celle du climat séquanien. On a coutume d'y comprendre le bassin de Paris, c'est-à-dire les pays arrosés par la Seine, ses affluents et par la Loire moyenne ; on y adjoint le plus souvent l'intérieur de la Flandre, de l'Artois et de la Picardie où le climat maritime est moins accentué qu'au voisinage des côtes. Bref, c'est un ensemble de pays où le climat maritime est déjà quelque peu atténué, où il y a des pluies moins abondantes et moins fréquentes qu'en Bretagne et en Normandie (en moyenne cent cinquante jours de pluie par an et 75 centimètres). Aussi les écarts de température sont-ils déjà mieux marqués. Ainsi à Paris la moyenne de l'hiver n'est que de -|- 3°, 4, tandis que la moyenne des étés dépasse -(- 18". Ce qu'on ne doit pas oublier, c'est aussi que cette région connaît des variations de climat d'une année à l'autre beaucoup plus sensibles que dans la zone maritime ; l'Ilede-France a subi quelques hivers rigoureux et quelques étés torrides tels que la Bretagne et le Cotentin n'en connaissent pas. Enfin, à l'intérieur de ce vaste ensemble de pays, il faut noter des ditTérences, car les régions de collines de la cuvette parisienne sont plus arrosées que les zones de plaine : la Sologne, la Brenne et la Champagne ne re(joivent pas tout à fait 50 centimètres de pluie.
Climat vosgien ou lorrain. — Dans cette région des plateaux du nord-est, Lorraine et Ardenncs, où l'on est loin de la mer, où une zone de plateaux s'adosse à des montagnes, l'infiuence adoucissante des vents d'ouest se fait moins régulièrement encore sentir que dans le bassin parisien. Il est vrai qu'il y pleut beaucoup, jusqu'à 80 centimètres sur le pla-eau lorrain et plus de 1 mètre
dans les Vosges; mais une partie de ces pluies tombe pendant la saison chaude, ce qui distingue essentiellement la France de l'Est des provinces maritimes de l'Ouest. Le climat étant moins humide, moins maritime, les saisons chaude et froide sont déjà mieux contrastantes; Nancy, qui a de froids hivers (moyenne + 2°), connaît aussi des étés très chauds (moyenne -j- '20") ; il se dessine donc là une petite zone de climat continental; cependant, cela n'est point un fait absolument régulier, car la Lorraine connaît aussi des hivers doux, quand les vents d'ouest y prédominent, et, dans le même cas, des étés tièdes. Là surtout il faut se rappeler que le climat est d'une grande variabilité; cette variabilité, hélas ! trop rapide, se traduit quelquefois par de cruels ravages que déterminent des gelées printanières si funestes à la vigne, des rabat-joie, comme disent les paysans.
Climat méditerranéen. — On a coutume de dire que le climat méditerranéen est un climat maritime, parce qu'on pense à la qualité de mer de la Méditerranée; il vaudrait mieux penser à la qualité de méditerranée de cette mer et comprendre qu'elle influence peu les terres qu'elle baigne, tandis qu'au contraire ces terres qui l'entourent l'influencent et l'assèchent. Tout dabord la Méditerranée est une mer détendue restreinte et dont les vapeurs, enlevées par un soleil ardent, sont partagées entre un grand nombre de pays riverains. En second lieu, les pays de Provence, de Languedoc et de la vallée inférieure du Rhône reçoivent beaucoup moins de vents venant de la mer que la Bretagne et la Normandie. Et comment considérerait-on comme un climat vraiment maritime un climat aussi nettement sec que celui de ces pays? Au reste, citer une température moyenne, soit annuelle, soit estivale, soit hivernale, de notre zone de climat méditerranéen revient à masque'^ les extrêmes différences des pays qui composent cette zone. S'agit-il des plaines brûlantes de la Grau et du bas Languedoc, ou des parages montagneux de l'Esterel et des Maures, ou de parties encaissées de la basse vallée du Rhône, ou d'une partie des hautes Alpes? Voilà autant de pays très différents les uns des autres. Le trait de caractère qui les rapproche, c'est que la majeure partie des pluies tombe pendant l'hiver et sous forme d'averses violentes
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cl de courte durée, c'est que le ciel est en général d'une belle clarté. Entin, où ferait-on cesser cette zone climalérique? Coupera-t-on en deux parties les monts du Vivarais pour arrêter cette zone à Valence ? Dans la réi^ion des Alpes, y comprendra-t-on uniquement les Alpes situées au sud de la Durance, au lieu d'y admettre également des parties sèches des Petites Alpes du Dauphiné qui sont au nord de cette limite? etc., etc. Il vaut mieux dire que les progrès de l'humidité se marquent de mieux en mieux à mesure que l'on se rapproche du nord, mais sans qu'il y ait une barrière rigoureuse qui marque la fin du climat méditerranéen. Et même par delà un large bras de mer, ne pourrait-on se demander si la Corse est une partie intégrante de la zone méditerranéenne, ou une transition entre la zone méditerranéenne de France et celle d'Algérie?
Climat rhodanien. — C'est bien cette pensée que l'on veut exprimer lorsque l'on forme une division spéciale des zones climatériques françaises sous le titre de climat rhodanien. Le titre est inexact, juiisqu'il n'y a pas de climat unitaire de la vallée du Khône. Mais il montre comment on passe, par des transitions, du régime sec des bords de la Méditerranée à la condition plus humide des plateaux d'où descend la Seine avec son cortège d'affluents, et aussi vers la petite région quasi continentale des plateaux du Nord-Est. Le plateau de Franche-Comté est déjà apparenté par sa nature climatérique à celui de la Lorraine, et dans les monts du Charolais, puis dans la vallée de la Saône, on retrouve quelques traits de caractère du climat séquanien du plateau de Langres ou de la plaine. Ainsi Dijon, avec une moyenne de -|- 11°, des hivers souvent tempérés et des étés de chaleur moyenne, rappelle le climat séquanien. Lyon a quelque chose de la rudesse de nos villes du Nord- Est, et est bien connu pour la brus([uerie de ses changements de température comme pour la variabilité extrême de ses vents. Valence annonce déjà le climat méditerranéen.
Climat du Massif centraL — Le climat du Massif central, que l'on appelle tantôt climat auvergnat, tantôt climat limousin, montrant par cette dilTérence de nomenclature son manque absolu d'homogénéité, comprend des zones très diverses. Tandis que les pentes limousines rappellent à
bien des égards la douceur et la régularité humide du climat breton, les plateaux du Oucrcy et du Rouergue, vrais promontoires avancés sur la sèche vallée de la Garonne, constituent une zone de climat extrême au moins aussi caractérisée que celle du lUiône. Les monts d'Auvergne doivent à la fois à leur élévation et à la variété de leurs découpures une humidité assez considérable : mais, dans les régions de plateaux, on éprouve les mêmes rudesses de froid et de chaleur qne dans le Rouergue et le Ouercy.
Les montagnes qui forment mur de soutènement au sudest, Cévennes et monts du Vivarais, sont en général très asséchées sur leur versant oriental, plus abondamment mouillées sur le versant occidental. Enfin les contreforts septentrionaux sur les confins du Berry et du Morvan connaissent un climat assez analogue à celui de la plaine voisine. Le Massif central est dans une des régions de France les moins homogènes par le chmat ; et à cet égard, comme à beaucoup d'autres, il est très loin d'être une unité. On peut dire du moins que celte surélévation du relief français détermine une recrudescence de pluies précieuses pour la Garonne, la Loire et même le Rhùne. G'est un véritable château d'eau, mais un château d'eau qui doit son approvisionnement à l'ouest à des pluies longues et douces, tandis que ses vallées et ses monts du sud-est sont visités à de longs intervalles par de terribles orages. Il suffit d'observer la différence des cours d'eau qui en sortent pour se rendre compte de la différence des climats qui y régnent.
Conclusion. — Le climat de la France est donc remarquable par le nombre et la délicatesse de ses nuances ; et ce qui ajoute à la vérité de cette remarque, c'est que les années dilfèrent comme les provinces mêmes dont se compose notre pays. Mais on peut dire qu'en général les régions de moindre variation du climat sont la France maritime du Nord-Ouest, où les brumes, les brouillards et les douces pluies sont l'ordinaire, et la France méditerranéenne du Sud, qui est caractérisée par sa sécheresse, par l'extrême chaleur de ses étés, par l'admirable douceur de ses hivers. Au centre et à l'est, dans le bassin de Paris, sur les plateaux de Lorraine et d'Ardenne, dans le Massif central et aussi dans la plaine d'Aquitaine, des variations beaucoup plus notables s'observent d'une année à l'autre,