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CHAPITRE XM

LES MERS ET LES CÔTES. — l'ogÉAN ATLANTIQUE

Sommaire.

La nM(3 de l'Atlantique. Bretagne occidentale et méridionalt'. Vendée, Aunis, Saintonge. Los Landes. Le littoral pyrénéen.

L'Atlantique. — Sur le rebord oriental de l'Atlantique nord, la chute du relief français n'est pas brusque. La terre de France s'affaisse graduellement, en pente douce, jusqu'à 200 mètres au-dessous del a surface des eaux. Vers le sud, dans le golfe de Gascogne, à 20 kilomètres au nord de l'embouchure de l'Adour, se creuse, tout près du rivage, une fosse étroite, perpendiculaire au littoral : c'est le Gouf du cap Breton, qui peut atteindre .3 000 mètres. Un courant, dit de Rennell, large de 30 kilomètres en moyenne, remonte du sud au nord, le long de la côte, avec une vitesse de 60 centimètres par seconde. En sens inverse, un faible contre-courant longe le littoral, d'Ouessant à lAdour. Des marées, qui ont plus d'espace pour se développer dans l'Océan que dans la Manche, ont une vitesse supérieure,

LtS CUTES DE BRETAGNE. 163

175 mètres par seconde, mais une hauteur moindre, 3 mètres en moyenne.

Les tempêtes sont fréquentes et brutales, surtout dans le golfe de Gascogne. Les grandes lames océani(|ues viennent heurter les hauts fonds qui précèdent la côte, se brisent sur l'obstacle et déchaînent les fureurs de la Mer sauvage.

Bretagne occidentale et méridionale. — Au point où

aboutissent les contreforts des montagnes d'Arrée et des montagnes Noires, la cote du Finistère compose d'un dédale de saillies et d'enfoncements rocheux le golfe le plus parfait de la France atlantique. Entre la pointe Saint-Mathieu et la pointe du Raz s'avance la péninsule de Crozon dont les trois môles, au nord la presquile de (Juélern, à l'ouest la pointe du Toulinguef, au sud le cap de la Chèvre, déterminent, d'une part, la rade de Brest, de l'autre, la baie de Douarnenez. La rade de Brest, dont l'accès est commandé par le Goulet, étroit passage de 2 kilomètres seulement d'ouverture, abrite notre grande citadelle de l'Atlantique. Son étendue, la multiplicité de ses indentations, en font le meilleur abri et la plus formidable défense de notre littoral. La baie de Douarnenez est plus vaste, mais beaucoup plus ouverte sur Vlroise. Entre la pointe du Raz et la pointe de Pemnarch, la baie d'Audierne, basse et accessible à toutes les tempêtes, n'a plus ces qualités précieuses d'articulation.

Le littoral change alors de direction et court du nordouest au sud-est, vers l'embouchure de la Loire, avec une nouvelle profusion de caps bien découpés, d'anses aux multiples sinuosités. La côte est moins abrupte pourtant que dans le Finistère. Des sables ont souvent tapissé les granits et adouci le dessin. Des écueils prolongent en mer les saillies du littoral. Pourtant les contours offrent encore une belle diversité. L'anse de Bénodet et la presqu'île de (Juiberon montrent à nu les granits plongeant dans l'Océan. La baie de la Forêt, le Morbihan, semé d'îles et de bancs à peine recouverts d'eau, et que le flot laisse parfois à découvert, la presquîle de Rhuis, Vesluaire de la Vilaine, sont les saillies et les anfractuosités les plus remarquables déterminées par la chute méridionale des montagnes Noires et des landes tie Lanvaux. Entre tous

les estuaires et les ports du pays de Cornouaillos et du Morbihan, Concarneaii joue un grand rôle dans noire industrie de la pèche; Lorienl est notre arsenal et port de guerre, aux bouches du Scorf. Au nord de l'estuaire de la Loire, l'avancée rocheuse que terminent les pointes du Croisic et de Chémoulin marquent la fin de la Bretagne, articulée et maritime par excellence. Elle otTre les abris de la haie du Croisic, de la haie du Ponliguen, et le port de Sainl-Xazaire, créé de main d'homme.

La côte bretonne de l'ouest et du sud doit peu de ses qualités et de ses dangers à l'action des eaux douces. Tout au plus peut-on citer les apports de vase de la Vilaine. C'est l'Océan qui en est à la fois le démolisseur et l'architecte, qui arrache pierre à pierre les roches continentales pour les triturer, en emporter et en rapporter les débris réduits en galets ou en sable. Les roches cristallines résistent vigoureusement aux assauts des tlots. Les masses schisteuses se laissent plus aisément entamer. La Bretagne atlantique subit des assauts autrement redoutables que ceux de la Manche, contre ses roches autrement résistantes. Aussi, que d'îlots, détachés de la masse armoricaine, flanquent de près ou de loin la bordure littorale! Tout un chapelet insulaire, une poussière de roches et d"écueils bordent la côte à l'extrémité du Finistère. L'île d'Ouessant, plateau rocheux de 1 560 hectares, est le poste-vigie naturel du port de Brest, relié à la pointe Saint-Mathieu par les îles Molè.ne, Béniguet, la chaussée des Pierres Noires, récifs, les uns toujours immergés, les autres découvrant aux basses mers. Entre ces îles et le littoral, la mer court houleuse et rapide sur des seuils peu profonds, comme le passage du Fromveur, le chenal du Four, la chaussée de Sein, qui connaissent les mers les plus démontées des parages de France. Au sud, se hérissent les roches lie Penmar'di, aussi rudement assaillies par les tlots, et des îles comme les (ilenans, Groix, Belle-Isle, Houal et Hcedic. Cette ceinture insulaire marque la ligne de l'ancien littoral.

En elTet, au cours des siècles, la mer, ici comme au nord, a fort diminué la Bretagne. Le Morbihan, semé d'îles, fut jadis terre ferme; et voilà quinze siècles, dit la tradition bretonne, que les tlots de la baie de Douarnenez recouvrent la grande ville d'Ys, punie de son impiété par linvasion

marine. La science a bien constaté, par des sondasses et des comparaisons géologiques, que Ilouat, IIoimUc et le plateau du Four formèrent autrefois une digue continue entre les péninsules de Quiberon et du Croisic.

Mais, par une compensation, maintes fois ailleurs constatée, la mer accumule, en de certains points, ce qu'elle a ravi autre part de débris. Ainsi la presqu'île de Ouiljeron fut une île, que les apports de l'Océan ont rattachée à la terre ferme. De même Batz et le Croisic sont reliés au plateau granitique de Guérande par des terrains bas et des marais salants.

Vendée, Aunis et Saintonge. — Le littoral qui s'étend entre l'embouchure de la Loire et celle de la Gironde est bas en général. Au reste, on désigne cette région de la France maritime sous les noms âe Marais ou de Pays-Bas dans la nomenclature locale. Le dessin de ces côtes plates est, comme toujours, très rudimentaire. Ce sont tantôt des étendues presque rectilignes, tantôt des baies largement ouvertes et pauvres en ramifications. Le cap le plus proéminent, la poinle de Saint-Gildas, est encore breton par sa nature rocheuse. Mais c'est à peine si l'on peut appeler cap la pointe de l'Aiguille, qui dépasse de fort peu le littoral des Sables-d'Olonue. Les baies ne sont pas plus remarquables. La haie de Boiirgneiij\ la rade des Sables cVOloniie sont largement ouvertes et envasées sur une grande étendue. Les meilleurs abris sont les estuaires des fleuves côtiers, de la Seudre et de la Charente, que les apports de vase encombrent d'ailleurs, de jour en jour. La Rochelle, sur la côte d'Aunis, ne sera sauvée de l'invasion des sables et rendue à son ancienne prospérité qu'au prix de grands sacrifices. Le grand port militaire de Roc.hefort est menacé de ce danger sur la basse Charente.

Là comme en Bretagne, on peut suivre les modifications séculaires de la terre ferme en face de l'Océan. A 55 kilomètres au sud-ouest de la poinle de l'Aiguille, le banc de 7i'oc/2e6onnejalonne peut-être un littoral préhistorique. Une série d'îles marque la ligne d'un autre rivage ancien, Noirmoutier, Yen, Ré et Oléron, identiques comme composition géologique aux masses continentales de la Vendée, du Poitou et de la Saintonge. Toutes sont orientées du sudest au nord-ouest, allongées, étroites. Leur côte occiden-

taie, rocheuse, est assiégée par les vagues de la mer Sauvage. Pour les préserver d'une destruction complète, on a dû élever de puissants brise-lames. Noirmoiitier esta peine une île. On peut y passer à pied sec, pendant le reflux, par le détroit de Fromentine. h'île d'Yen est isolée par le pont d'Yen, à 18 kilomètres au large. Ré et Oléron, la plus grande des îles de cette côte (155 kil . carr.), se développent en longueur du nord-ouest au sud-est; elles sont séparées l'une de l'autre par le Pertuis d'Antioclie, et du contineni, la première par le Pertuis breton, la seconde par le Pertuis de Maumusson. Ré, longue de 39 kilomètres, large de 4 en moyenne, est formée de deux îlots, unis par un isthme, dont la plus grande largeur ne dépasse pas 700 mètres. La petite île d'Aix s'intercale entre Oléron et la côte.

Ainsi la mer, par érosion, remanie constamment cette région littorale. Autrefois, ses progrès étaient autrement rapides. Par exemple, le pertuis dAntioche, à en croire les légendes, tire son nom d'une ville détruite par la mer; \"\\(^ d'Aix fut jadis reliée à la pointe de Châtelaillon. L'alluvionnement fut aussi, dans le passé, et reste encore aujourd'hui fort actif. La côte orientale de toutes les îles, basse et limoneuse, s'accroît sans cesse des débris arrachés par les courants au littoral breton. D'autre part, jadis, la Sèvre Niortaise finissait, vers Niort, dans un vaste golfe qui, de Luçon à Fontenay-le-Gomte, s'ouvrait sur une largeur de 30 kilomètres. L'anse de l'Aiguillon est le dernier reste de ce Morbihan poitevin et elle tend à disparaître. De même, plus au sud, la Charente se jetait, en aval de Tonnay- Charente, dans un golfe ramifié dont Vîle Madame occupait à peu près le milieu et qui est, aujourd'hui, la Petite Flandre. Enfin, le littoral de la péninsule dWrvert était envahi par les dunes, jusqu'à ce qu'on les eiit fixées par des plantations.

Les landes. — La presqu'île d'Arvert se termine par la pointe de la Coubre sur l'estuaire de la Gironde, en avant duquel le roc de Cordouan, miné comme les îles bretonnes et charentaises, indique sans doute l'alignement du littoral primitif. Puis, au sud de la pointe de Grave, commencent les dunes landaises. Des bouches de la Gironde à celles de l'Adour, c'est le même aspect, le même travail de l'Océan. Les vagues que les vents d'ouest soulèvent dans le

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