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LIMITES, DIMENSIONS DE LA FRANCE

n'est pas défendu de croire que Jules César exagéra l'acuité de cet état de division, ce qui est toujours une forme de justification de la conquête, et encouragea cette division pour en recueillir les bénéfices. Non seulement on divise pour conquérir; mais on suppose divisés par nature ceux que l'on a conquis en les divisant par politique.

La même notion d'unité géographique et le même besoin d'union politique dictés par la nature du pays reparurent à la période franque. Cette fois c'est à la Germanie que fut opposée la région appelée France et qui avait été la Gaule. Et quand ce grand territoire, limité dans l'ensemble par le Rhin, le Jura, les Alpes et les Pyrénées, redevint cohérent sous une même direction politique, on ne manqua jamais, chez les politiques et chez les juristes comme chez les historieus, d'invoquer un long passé d'unité en faveur de l'unité reconquise.

Comme la Gaule ou France a exercé plusieurs fois au cours des siècles sa force d'expansion autour du siège principal de ses destinées, de même elle a subi sur son pourtour des pressions qui l'ont restreinte. Quelles sont «es limites naturelles? Question délicate et difficile entre toutes. Désigne-t-on par frontières naturelles le cadre dans lequel notre nationalité risque de se mieux contenir à l'abri des convoitises voisines? Dans ce cas, on peut observer que les obstacles ou protections de nature ont varié singulièrement de valeur au cours des siècles et suivant le degré de civilisation matérielle. Une montagne sans route d'autrefois fut une dure barrière et une bonne protection ; la même montagne aujourd'hui sillonnée de roules n'olTre plus les mêmes garanties, et n'est plus ni limite, ni protection naturelle au même degré, puisqu'il est intervenu quelque chose d'artificiel, au cœur môme de la nature, de la part des hommes. Un fleuve comme le Rhin, sans ponts du temps de l'indépendance gauloise, eut assurément une grande valeur naturelle de séparation et de sécurité; cette valeur s'est atténuée à mesure que les ponts se sont multipliés et que les moyens de franchir rapidement et en grand nombre les fleuves les plus larges ont été mis à la disposition des groupes d'humains armés ou circulant en pleine paix. Et ainsi, le mélange inextricable des obstacles de la nature et dès conquêtes de l'homme introduit, entre les jugements portés à diverses époques

sur des traits de géographie naturelle, des dilTérences capitales.

Veul-on dire au contraire que les limites naturelles sont celles que la consécration du plus grand nombre de siècles passés impose à la volonté des sociétés humaines comme une sorte de tradition qui refléterait la nature même ? On est bien forcé d'avouer que dans ce cas l'expression de fronlière naturelle est vicieuse et que l'état do choses passé que l'on invoque avec complaisance est humain dans une mesure au moins aussi large que naturel.

Position de la France. — Géométriquement, la position de la France est déterminée par les 42° et 51° de latitude nord, par le 5° de longitude est (mont Donon, ^'osges) et parle 7°, 8 de longitude ouest pointe de Corsen, Finistère). Mais la position géométrique d'un pays est fort peu significative; car, si elle détermine théoriquement sa position par rapport au soleil, elle n'indique pas du tout son climat en réalité. Notre pays est astronomiquement dans la zone tempérée, et pourtant il est sous la même latitude que la Mongolie qui est un désert, que le Canada méridional dont le climat n'est pas du tout le nôtre. Ce qu'il importe de dire, c'est notre position par rapport à la mer et aux masses continentales. La majeure partie de notre pays est située dans une zone de vents et pluies variables que visitent surtout des vents marins venus de l'Atlantique. La partie sudest du territoire national, développée au bord de la Méditerranée, est sous un climat plus sec. Non seulement la France est dans la zone tempérée, ce qui est une vérité d'ordre mathématique sans influence absolue sur le climat, mais elle est dans une région tempérée de fait.

On a vanté pour la France, comme pour la Grande-Bretagne, l'avantage d'être située au centre de l'hémisphère continental, c'est-à-dire de l'ensemble des terres émei'gées. C'est là une considération géographique que dictait sans doute aux géographes de la seconde partie du xiv'= siècle le spectacle historique du développement privilégié en commerce et en industrie des pays anglais, français, belge et allemand. Mais c'était là une des courtes vicissitudes de l'histoire de l'humanité et non un fait constant dérivant de cause supérieure. 11 suffit de citer l'exemple des Etats-Unis d'Amérique, qui sont fort loin du centre des terres

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