POSITION DE LA FRANGE
émergées, pour prouver que celte position n'est en soi ni un inconvénient, ni un avantage, mais qu'elle parait être bonne ou mauvaise, suivant le parti qu'en ont su tirer les hommes et selon la valeur intrinsèque agricole ou minière du pays qui s'v trouve.
Beaucoup plus grand et réel est l'avantage qu'a la France de posséder un littoral qui s'avance au loin dans l'Atlantique par la péninsule bretonne, et d'avoir aussi un débouché maritime sur la Méditerranée. Il importe toutefois d'observer que cet avantage naturel n'en est un pour la communauté française que si ce sont les Français qui sont appelés à s'en servir seuls. Or, dans l'état actuel des traités, les puissances maritimes rivales peuvent se servir à Taise de nos ports, par exemple l'Allemagne qui a installé à Cherbourg le point de départ de ses grands paquebots transatlantiques ; dans ce cas, les traités ont corrigé à l'avantage de l'Allemagne la situation privilégiée de la France. Il en va de même de notre littoral médilerranéen, où Marseille tend à devenir un grand port international, c'est-à-dire à servir beaucoup d'autres intérêts que ceux de la France.
En On, la valeur même de notre position sur l'Atlantique a varié depuis plusieurs siècles. Au moment de la découverte du Nouveau Monde, ce fut un très grand bienfait que d'être ainsi placé à l'avant-garde de l'Europe pour essaimer vers le Nouveau Monde. Aujourd'hui, une part du Nouveau Monde est devenue pays aussi civilisé que l'Europe; parla, notre position en face des États-Unis d'Amérique risque autant de nous exposer aux effets de l'expansion de cette puissante république que de nous faire parliciper aux avantages de l'exporta lion chez elle.
C'est avec la même réserve quil faut apprécier -l'avantage qu'aurait la France d'occuper la région la plus resserrée et le passage le plus facile des isthmes européens. Les navires d'Allemagne et d'Angleterre qui vont vers la Méditerranée et l'Extrême-Orient asiatique font le tour de notre pays comme de l'Espagne ; par conséquent, les marchandises évitent l'isthme français. Quant aux voyageurs, qui recherchent toujours le chemin le plus court et évitent autant que possible les traversées maritimes, ils ont, depuis la construction des grandes voies ferrées à travers les montagnes d'Europe centrale, la ressource daller s'embarquer à Brindisi, à l'extrémité de la péninsule italienne, ou même à Salonique, sur une mer généralement paisible et belle. Quand le réseau des chemins de fer d'Asie ^lineure et de Syrie sera plus complet, il sera aisé de gagner la Syrie, l'Egypte, et quelque jour llnde, par chemin de fer. Quant
aux voyages en Extrême-Orient, le Transsibérien permet de les accomplir en s'afTranchissant des traversées maritimes. On voit combien a perdu de sa valeur première cette considération de la traversée de l'isthme européen le plus court, celui de France. Ce fut un avantage de premier ordre au temps où les Phéniciens voulaient éviter le golfe de Gascogne, pour amener vers la ^Méditerranée l'étain des Sorlingues. Il compta beaucoup encore au temps de la navigation à voiles. Le perfectionnement de la marine à vapeur et des chemins de fer par Tinduslrie humaine a grandement oblitéré l'avantage de ce trait de nature géographique.
Les formes de la France. — Le grand géographe Elisée Reclus a essayé de démontrer que « la France se distingue entre toutes les contrées de l'Europe par l'élégance et l'équilibre de ses formes ». Il est assurément délicat de comparer les formes géométriques de plusieurs régions. Deux contours de pays peuvent être analogues, mais l'un composé d'un plus grand nombre de faces maritimes, l'autre d'un plus grand nombre de faces continentales; donc la forme en elle-même ne signifie rien. Il est vrai que les formes de la France rendent faciles les communications entre deux parties quelconques, mieux que dans un pays allongé, par exemple. Mais ce n'est pas à cause de sa forme que la France est un pays de communications faciles entre ses extrémités ; c'est aussi à cause de la modicité et de la disposition particulière de son relief. Qu'importe la forme de la Suisse hérissée de montagnes, et celle de la Suède et de la Norvège qui ne sont vivantes que dans quelques-unes de leurs parties?
Vanter le bienfait de l'ordonnance des faces maritimes et des faces continentales de notre pays, c'est peut-être aussi risquer de ne pas voir quels avantages de concentration donne, dans l'état des communications actuelles, la possession d'une seule issue maritime. L'Allemagne souffre-t-elle de n'avoir qu'une seule façade littorale ? Ou bien cette condition naturelle ne l'a-t-elle pas obligée à concentrer sa vie maritime à Hambourg et à Brème, c'est-à-dire à la rendre plus efficace ? Une nature trop prodigue d'avantages risque de disperser l'activité d'un peuple; et il arrive qu'une nature avare lui fasse une meilleure éducation de Tunité et de la solidarité.
COMPOSITION DU SOL FRANÇAIS. la