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II. — Divisions anciennes et divisions actuelles

Le département. — Cependant, quelles divisions suivre pour celte étude? Les départements actuels semblent, par leur origine même, devoir être écartés comme cadre d'une étude régionale. On sait qu'en décrétant, le 22 décembre 1789, sur la proposition de Thouret el Siéyès, l'abolition des anciennes circonscriptions administratives et en étabHssant, au mois de janvier suivant, la délimitation nouvelle, l'Assemblée constituante voulut précisément parfaire l'unité et la centralisation dont notre patrie avait alors tant besoin, c'esl-à-dire effacer toutes les raisons — raisons géographiques comprises — qui pouvaient enti'ctenir le particularisme local. Aussi, les 83 départements créés par elle combinent-ils, en même temps que des éléments territoriaux appartenant à d'anciens organismes politiques différents, des pays de condition physique souvent assez diverse. Pour ces deux motifs, le département, bien qu'il ait acquis, par des lois successives, quelque autonomie, n'a pu supprimer tout vestige des anciens

groupements. Tel est le cas pour celui du Pas-de-Calais, où une vieille circonscription politique comme le Boulonnais n"a que les rapports obligatoires avec le reste de la communauté départementale ; tel est le cas aussi pour vingt autres départements du territoire, composés d'éléments géographiques et ethnographiques distincts. Une autre raison a contribué, du moins dans le langage, à la persistance des souvenirs d'autrefois. Ce sont les dénominations compliquées, attribuées, à dessein sans doute, aux départements. On aperçoit, a priori, la difficulté de forger un adjectif correspondant aux vocables Indre-et-Loire ou Seine-Inférieure. Les t-pithètes Tourangeau, Normand, etc., ont donc persisté. La presque totalité de la nomenclature départementale permet la même constatation.

Au surplus, les cadres départementaux ont, de])uis 1790, subi des modifications inspirées par des raisons où la géographie n'avait non plus rien à voir. Sans parler des départements établis par suite d'annexions nouvelles {Savoie, Haute-Savoie, Alpes-Maritinies) ou par suite de nos pertes territoriales {Meurthe-et-Moselle^), d'autres ont été constitués à l'intérieur du pays, aux dépens des circonscriptions voisines {Vaucluse-, Rliône^, Loire', Tarn-el- Garonne^). D'autres ont changé de chefs-lieux. Douai, Charleville, Saintes, etc., ont ainsi perdu leur rang administratif. La plus curieuse de ces transformations est assurément celle qui, en 1860, enleva au département du Var le cours entier de ce fleuve, par suite du rattachement de l'arrondissement de Grasse au département nouveau des Alpes-Maritimes.

La généralité ; la province et le pays. — Mais le système de divisions politiques auquel ils succédaient, celui des 35 intendances ou généralités, était presque aussi factice. Guidé par des préoccupations centralisatrices analogues à celles qui devaient inspirer plus tard les Constituants, l'ancien régime avait partagé entre plusieurs intendants

1. Formé des débris des deux départements perdus de la Meurthe et de la Moselle.

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