I. — L'Auvergne
Les limites du pays auvergnat. — L'Auvergne, depuis
i. ce. Le CantaL par MM. Marcellin Boule et Louis Farges. Paris, Masson, 1900. — Le Pnij-de-Dome et Vichy, par MM. Marcellin Buule,
PliOVliNCES ET PAYS UU MASSIF CENTRAL. 109
le temps OÙ elle s'appelait pays d'Aivernc, à la fin du \'' siècle par exemple, jusqu'à la constitution de la généralité d'Auvergne telle qu'elle fut en 178U, comprit toujours à peu près la même surface, les départements actuels du Puy-de-Dôme et du Cantal, l'arrondissement de Brioude du département de la Haute-Loire et une notable partie de l'arrondissement de Gannat dans le déparlement de l'Allier. Au nord-est et à l'ouest, il y a des limites historiques qui sont aussi des limites géog'rapliiques, par exemple l'ôtroi'e et sinueuse dépression où coulent la Sioule et la Dordogne jusque vers le confluent de la Gère, puis la grande faille houillère qui coupe du nord-nord-est au sud-sud-ouest les terrains cristallins du Massifcentral, entre Moulins et Mauriac, ^lais, partout ailleurs, les limites géographiques s'écartent plus ou moins des limites historiques.
Caractères physiques de l'Auvergne. — Le relief actuel de l'Auvergne, est un relief très accentué comme celui de tout le Massif central, mais très varié, ce qui le distingue des autres masses montagneuses du même ensemble. On y rencontre presque toutes les formes, plateaux, chaînes, massifs ; et, de plus, les directions de ces reliefs sont extrêmement enchevêtrées, puisque les monts de l'Auvergne ont été plissés et cassés dans tous les sens avant ou après les éruptions énormes qui s'y sont épanchées. Les hauteurs formées de gneiss, de micaschistes ou de schistes ardoisiers se présentent généralement sous forme de plateaux ; elles sont d'une élévation médiocre, comme, par exemple, une partie du Cézallier, la Planèze^ les plateaux du sud-est d'Aurillac. Les granits se présentent tantôt sous forme de hauts plateaux, tantôt avec l'allure de chaînes; elles sont généralement plus élevées, comme les monts de la Marr/eride. Les hauteurs volcaniques sont surtout caractérisées par des formes de massifs encore plus accusées que dans les hauteurs granitiques. Ainsi le Gantai est un massif bien net, avec doux sommets centraux, le plomb du Canlal et le puy Marij. Tout autour sont d'immenses coulées de lave et des amas de trachytes donnant lieu dans l'ensemble à un soulèvement de forme étoilée que rayent en tous sens d'étroites
Glaiigi-aud, Rouchon et Vernière. — Charles Debierre, Les hommes d^aujourd'kui ft d'autrefois en Auvergne et en Rouergue. Lyon, 1887.
vallées. En somme, l'Auvergne est un plateau primitif portant des chaînes et des massifs granitiques et volcaniques, et profondément pénétré par la dépression de la Limagne. Ce caractère d'accentuation et de variété du relief auvergnat est d'importance capitale, car il contribue beaucoup à expliquer le climat, la végétation, bref les aspects géographiques les plus intéressants de l'Auvergne. Malheureusement, nous ne connaissons encore le climat auvergnat que parles constatations de deux observatoires,
b^iy. li. — Lu l'uy-de-Dùiiiê.
(M. Boule, Co?ifércnccs de géologie.)
excellents d'ailleurs, ceux du Puy et celui de Clermont. Au sommet du puy de Dôme, qui esta 1463 moires et ouvert à tous les vents, la moyenne annuelle a varié, entre 1878 et 1900, de + 2°,45 à + 4°, 33. A Glérmont-Ferrand, qui n'est qu'à 338 mètres d'altitude, mais qui est soustrait par le massif des Dôme à l'influence des vents plus ou moins chauds de l'ouest, tandis que rien ne l'abrite des vents du nord, la moyenne annuelle, dans le môme espace de temps, a varié de -\- 8°, 80 à -\- 10°, 58. Mais, le trait vraiment caractéristique du climat auvergnat est l'écart considérable de température que l'on observe entre les diverses saisons. A Clermont on a constaté, dans une même année, une
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température de — 14°,1 en février et de -\- 35° en septembre. Au puy de Dôme, pour la même année, la température variait de — 16°, 6 à -|-23",6; c'est ainsi que certaines brusqueries dans les changements de vent amènent de terribles sautes de température. Toutefois, les contrastes entre le jour et la nuit et entre les diverses saisons sont moins marqués en Auvergne qu'en Lorraine. C'est que les vents dominants sont bien des vents d'ouest et de sudouest, donc des vents de caractère maritime; on sait bien, en Auvergne, l'influence néfaste des vents du nord et du nord-est, qui amènent les gelées tardives de mai et les gelées précoces de septembre. Naturellement, les hauteurs reçoivent une quantité d'eau considérable : il en tombe 1™,20 à l'",40 par an dans les monts Dôme, et le Puy-de- Dôme en reçoit, certaines années, jusqu'à 2™, 14. Dans la montagne, la neige est épaisse dès le commencement de septembre jusqu'en février. Le val d'/Vllier est moins arrosé, et moins garni l'hiver d'une couche protectrice de neige.
Les sources et les rivières du pays auvergnat présentent des caractères très divers. Dans les roches granitiques et dans les terrains volcaniques de contexture la plus cristalline, comme les trachytes et les basaltes, les sources proprement dites sont rares, mais le ruissellement est intense sur dévastes surfaces où le sol est recouvert de terre végétale et porte des gazons ou des bois. C'est un spectacle commun dans ce pays, comme dans les autres régions de roches cristallines revêtues d'un manteau de terre meuble, que le multiple suintement de petites sources tombant en gouttelettes au milieu des mousses par quelques fentes de roche; ou bien dans l'argile des plateaux ou des bas- fonds on voit jaillir l'eau, en filet, dans de petites vasques rondes à fond de sable hn et de gravier. Dans les régions tertiaires, où alternent des stratifications calcaires et argileuses, où les pentes sont en général moins raides, les sources sont nombreuses et beaucoup plus abondantes que dans les roches dont nous venons de parler. Il en jaillit de fort belles aux environs d'Aurillac et dans les coteaux qui bordent la Limagne. C'est encore un autre aspect dans les terrains volcaniques qui laissent facilement pénétrer 1 eau et qui sont imparfaitement cristallisés, comme les laves, les scories et les pouzzolanes. Là jaillissent des sources d'une
eau filtrée et bien aérée, claire et légère, marquée quelquefois d'un goût bitumineux. Là les roches rendent vite ce que le ciel leur a versé : c'est ainsi qu'en 1856, à Pontgibaud, à l'extrémité d'une coulée de lave du puy de Dôme, jaillirent, après quatre jours d'orage, d'innombrables sources dans les caves et au milieu des rues. Citons enfin les belles sources thermales de lAuvergne, par exemple une des sources de Chaudes-Aiguës, près de Saint-Flour, qui débite une eau pure et abondante à -{-80°, 6 de tempéi'ature; telle la source gazeuse Eugénie, de Royat, qui donne 4000 hectolitres d'une eau admirable par jour.
Les /(7rs, comme les sources, sont une des beautés de l'Auvergne : il y en a notamment un groupe remarquable autour du mont Dore entre 1000 et 1200 mètres; on cite entre tous le lac Guéry, qui est à 1260 mètres d'altitude, et le Pavin, qui mesure 95 mètres de profondeur. Rien de gracieux comme les bords nets et rocheux de ces lacs autour desquels se développe une végétation forestière intense. Les lacs ne sont pas seulement uiie des beautés de l'Auverg-ne, ils en sont une ressovu'ce. Un lac comme le Pavin foisonne de goujons, de perches, de gardons, de brèmes, de tanches et de brochets; on a acclimaté dans les eaux du Pavin les truites et les saumons du Danube; celte facilité naturelle du pays a déterminé l'établissement d'une école de pisciculture à Clermont.
L'Auvergne a de belles forêts que l'on a commencé à reconstituer systématiquement en 1843 dans le Puy-de- Dôme et en 1860 dans le Cantal; nombre de landes ont été conquises et corrigées de cette manière. On y a créé, comme dans le Jura, des prés-bois, c'est-à-dire des claires fuiaii^s d'espèces résineuses sous lesquelles la terre végétale s'accumule graduellement et permet l'organisation de beaux pâturages. Epicéas, mélèzes, pins sylvestres et pins d'Autriche ont été acclimatés dans les montagnes d'Auvergne.
Les ressources du pays, les populations. — Aujourd'hui, l'Auvergne est un pays d'agriculture et d'élevage beaucoup plus que d'exploitation forestière, en dépit des progrès du reboisement. Mais la richesse agricole s'y présente sous des aspects fort divers. Par exemple, dans les régions où le granit est mal recouvert, ou dans celles où domine la terre noire de la lande dite terre de bruvère, ou bien une terre
forte, rouge ou jaune, produite par la décomposition de l'argile, la pauvreté en acide phosphorique empêche les cultures de haute valeur. Sur les terres siliceuses légères, on cultive le sarrasin, la pomme de terre, un peu de seigle, quelquefois une petite (juantité de chanvre. Sur le.s terres de bruyère on exploite les bois de châtaigniers, ^lais, dans la j)lupart de ces terroirs, c'est surtout l'élevage qui domine, élevage d'ailleurs grandement amélioré depuis quelques années par l'introduction d'animaux de races bretonne et limousine.
Dans les terres volcaniijues des monts d'Auvergne et du Canlal, le sol est moins cristallin, plus friable, la couche de terre végétale plus épaisse; le terroir est aussi beaucoup plus riche en acide phosphorique, en chaux et en potasse ; en outre, comme le relief est là plus accentué, les pluies sont plus régulièrement abondantes. Aussi observe-t-on dans ces régions une exploitation agricole meilleure. On y distingue, suivant la nature des pâturages, les montagnes à graisse et les montagnes à lait, les montagnes à graisse où dominent les pâturages et les prés naturels des plateaux ou des cirques volcaniques, les montagnes à lait où il y a surtout des prairies naturelles de pentes et de vallées, qui sont relativement sèches et où se mêlentdéjà aux graminées les plantes aromatiques des causses. On connaît dans toute la France la réputation des bêtes à cornes de Salers et d'Aubrac, dont les animaux sont de teinte foncée et de haute taille.
Il faut citer à part Vagricultiireùes terroirs delà Limagne et des beaux coteaux qui environnent Aurillac et Saint- Flour. 11 y a là, dans le sol superficiel et dans le sous-sol immédiat, des calcaires mêlés à de l'argile, à de la marne, à des cendres volcaniques, à des alluvions glaciaires, donc des terres végétales extrêmement riches en engrais minéraux, phosphates de chaux et potasse. Là, le sol est merveilleusement cultivé; là domine la petite propriété, la culture à la main, au bidenl, à la bêche; on y laboure profondément et la terre y est engraissée avec soin. Ce sont les pays de belles cultures de céréales, du froment, d'une espèce de seigle que l'on appelle « blé glacé », de l'orge, et de pommes de terre à grand rendement. Par là s'explique le grand commerce de Clermont en pâtes alimentaires dont la valeur atteint certaines années 7 à 8 millions de
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vente. Enfin, c'est aussi le pays de la vigne qui couvre les coteaux jusqu'à SOOmèlres d'altitude; et ces vignes sont de fort rendement. Ainsi, en certaines années, les 45000 hectares de vignes du Puy-de-Dôme ont donné tout près d'un million d'hectolitres valant 35 millions de francs.
La population auvergnate est assez homogène dans la montagne, beaucoup plus mêlée dans les régions de plaine comme la Limagne. Les anthropologistes sont d'accord pour signaler les caractères particulièrement accentués d'une race d'hommes petits, bruns, dans lesquels Broca croyait reconnaître les purs descendants des Celtes. Quoi qu'il en soit, c'est une des populations laborieuses et énergiques de France, ce qui tient à son genre de vie autant qu'à sa descendance. Cette population est très dense dans les pays riches comme le Puy-de-Dôme, où il y a jusqu'à 70 habitants au kilomètre carré, tandis qu'il y en a seulement 41 dans le Cantal. En outre, cette population est agglomérée bien plutôt dans les campagnes et autour des villes que dans les villes elles-mêmes. 11 n'y a que deux villes, Clermont (5'2 000 habitants) et Tliiers (20 000 habitants) qui soient de quelque importance. Bioin, Issoire, Aurillac, Saint-Flour sont de toutes petites villes. Clermont Ferrand, (jui se dresse sur un plateau, au pied du puy de Dôme et non loin de l'Allier, doit son inq^ortance à la proximité de la riche Limagne, si productive en blé et en fruits; elle est proche aussi des régions de forêts et de pâturages de la montagne. C'est donc une sorte de grande capitale agricole, en même temps qu'un relais dans un pays pittoresque entre la plaine et la montagne.
L'Auvergne est un pays d'émigration, malgré l'ai trait de la vie industrielle qui commence à s'y développer, autour des houillères de Brassac et de Saint-Éloi, des mines de plomb de Pontgibaud et des carrières de basalte de Volvic, en dépit de l'attraction exercée sur les étrangers par les belles stations balnéaires de Bni/at, du Mont-Dore et de la Bourboule. Les Auvergnats émigrent vers la plaine, vers les grandes villes du Sud-Ouest et à Paris, beaucoup aussi à l'étranger, par exemple vers la Catalogne,
L'Auvergne esl à peu près entièrement comprise dans les deux départements actuels du Puy-de-Dôme et du Cantal.
Puy-de-Dôme, chef-lieu : Clermont-Feri'and, sous-préfectures :
Ambert, Issoire, Riom el Thiers, 8000 kilomètres. 53:1000 hnbilants.
Canlal, clicf-lieu : Aurillac, soiis-préfectui'es : Mauriac, Mural, Saiul-Flour, Ij TdO kilomètres, ia*) 700 hahitanls.
II. — Gr.\dixs septentrion.\ux du Massif centhal ; Bourbonnais et Nivernais,
Le Bourbonnais. — Le pays de Bourbonnais forme une zone de Iransilion, une sorle de vestibule du Massif cenlral, donnant sur la vallée de la Loire par l'Allier inférieur el la haute vallée du Cher. Montagnes et plateaux, collines et plaines s'y succèdent régulièrement du sud au nord. C'est un pays d'une grande fertilité dans les étendues alluviales qui bordent les fleuves, moins riche dans les pays de relief où s'élèvent les monls de la Madeleine et les collines de Combrailles. Ce terme de Comhrailles désigne un grand plateau de gneiss que découpent le Cher et ses affluents. Le pays bourbonnais possède, comme il arrive souvent sur la bordure du Massif central, des charbonnages importants, parmi lesquels ceux du bassin de Comnientrij. Aussi l'arrondissement de Montluçon, où se presse une population de 8"2 habitants au kilomètre, est-il une contrée industrielle en remarquable progrès avec ses forges, ses fabriques de glaces, etc., etc. Montluçon, sur le Cher, est passée, en 15 ans, de 21 000 à 32 000 habitants. Commentry, avec sa population agglomérée de 12 000 âmes, occupées dans les galeries de charbonnages ou les fonderies, rappelle les gros bourgs populeux du Nord. Quant à Moulins (20000 habitants), coquettement situé sur l'Allier, c'est une ville qui a beaucoup moins gagné et qui garde de son litre de vieille capitale quelques beaux monuments. Vichy, dont la réputation est universelle, a dans ses eaux minérales un élément de richesse autrement important que ses fabriques de cotonnades de couleur. Bourbon-rArehambault, dont Mme de Sévigné a célébré les paysages dans une lettre connue, Cusset et Néris sont aussi des stations renommées qui attirent de loin les étrangers.
L'ancien Bourbonnais est à peu près complètement contenu dans le déparlement de l'Allier, chef-lieu : Moulins, sous-jn'éfectures: Gannat, Montluçon, I^a Palisse, 7 400 kilomètres, 4 18 000 habitants.
Nivernais. — L'ancien Nivernais est, comme le Bourljonnais, une zone mixle, à l'issue des vallées de la Loire et de l'Allier; elle comprend aussi au nord une notable partie du Morvan. Elle est donc une sorte de transition entre la France montagneuse centrale et la France montagneuse de l'Est.
C'est un pays de forêts et d'herbages dans ses parties élevées; les habitants vivent beaucoup du flottage des bois et de l'élevage du bétail. Toutefois, dans la vallée de la Loire, les coteaux qui dominent le fleuve produisent d'excellents vins blancs {Poiiillij). D'autre part, la présence de la houille et des gisements de fer a déterminé un grand développement métallurgique dont les usines et fonderies de Fourchambault peuvent donner l'impression la plus exacte. Lesforges de Guérignij et de/a Chaussade, propriétés de la marine de l'État, cV/mpfiy, sont également très actives. Tous ces établissements s'approvisionnent de combustible aux mines de Deeize et de la Machine. Pourtant, le Nivernais est, dans son ensemble, assez faiblement peuplé (48 hab. au kil. q). Cette région, d'ailleurs médiocrement limitéeet caractérisée, composée de fragments divers, notamment du Morvan, si caractéristique avecsesgrandesforèis et ses beaux pâturages, ne renferme aucune ville importante. Xevers, la plus grande, n'a que •22 000 habitants. C'est, comme Deeize, une étape de la batellerie de la Loire. Clamecy, sur l'Yonne, est le point où les bois flottés, jusque-là abandonnés dans la montagne au flot des torrents, sont réunis pour être transportés sur les lieux de consommation par trains et par chalands.
Le Morvan est une unité de relief et même beaucoup plus homogène dans son ensemble que ne l'est le Massif central ; mais, si son nom s'est conservé avec une signification caractéristique, il n'en a pas moins été souvent divisé entre les dominations dont le siège était soit aux approches du Massif central, soit en Bourgogne, soit dans le bassin de Paris. Aussi le département de la Nièvre, pas plus que l'ancien Nivernais, ne représenle-t-il une unité.
Département de la Nièvre, chef-lieu : Nevers. sous-préfectures : Cliâteau-Chinon, Clamecy, Cosne, 6 800 kilomèlres, 314 000 habitants.
PROVI.NGliS ET PAYS DU MASSIF CENTRAL. 207
IH — fjKS PENTES n-CIDENTALES VEIIS i/AtI. ANTIiJl'E.
Caractères généraux. — Les plateaux ([iii, adossc's au Massif cenlral, s'abaissent vers l'ouest cl le noi-d-oucst, sont des régions que favorise tout particulièremonl. rinlluence d<^s venls humides venus de l'Allantique. L'altilude élablil, entre les différents fragments de cette pente, des différences notables. Marche et Limousin sont pays de forêts et de pâturages rappelant à certains égards les aspects de l'Auvergne. Le Périgord, plus près de la plaine et plus ensoleillé, est déjà mieux apparenté avec les régions de plaine aquitaine.
Marche. — Le pays de la Marche, dans lequel on distinguait la basse Marche, groupée autour de la ville de Dcllac, fit parlie, commele Bourljonnais etrAuvergne, du domaine des ducs de Bourbon, confisqué sous François l". Son nom de Marche semble lui avoir été donné à l'époque où elle marquait l'extrême limite, leconfin entre les domaines de la couronne de France et le domaine des rois d'Angleterre conquérants de l'Aquitaine. C'est encore aujourd'hui une sorte de frontière linguistique entre les populations qui usent des dialectes languedociens et celles qui emploient le français ou des patois dérivés du français. Elle se présente généralement sous l'aspect d'une région de plateaux granitiques couverts de châtaigneraies, de pâturages ou de landes infertiles que l'on commence à corriger; mais les vallées y renferment de beaux pâturages et de riches cultures. Sa population clairsemée (50 hab. au kil. q) vit surtout des profits de l'élevage des bêtes à cornes et des moulons. Au sud, autour cVAubiisson et de Fellelin, s'est développée une vie industrielle : fabriques de tapisseries, teintureries de laines y occupent 3 0(i() ou 7000 ouvriers. C'est, connue l'Auvergne, un pays d'où l'on émigré vers les grandes villes, mais le plus souvent d'une manière temporaire ou même pour une durée de quelques mois chaque année : nombre de travailleurs de la Creuse comme du Limousin voisin s'engagent comme maçons, pour la saison du travail.
L'ancienne Marche a formé deux déparloments : Creuse, ctief-lieu : Gucret, sous-préfectures : Aubusson, Bourganeiif. Boussac, 5 600 kilomètres carrés, 274 000 Iiabitanls. Haute-Vienne (arrondissement de Bellacj.
Limousin. — Le Limousin termine à l'ouest, sur les plaines du Périgord et du pays charentnis, les soulèvements du Massif central par des plateaux et des montagnes médiocres, la plupart de granit fplateau de Millevache, mont Gargan, massif des Monédières), où les sommets arrondis en forme de mitre n'atteignent pas 1 000 mètres. Il faut bien se rappeler d'ailleurs que la plupart de ces plateaux granitiques sont recouverts d'une couche de décomposition du sol et d'une couche de terre végétale qui assurent l'alimentation des forêts et des herbages, et qui permet, dans la masse spongieuse des couches meubles de la surface, la conservation et l'écoulement graduel des eaux. Enfin, les pluies tombent là déjà beaucoup plus en longues et durables averses comme en Bretagne, qu'en orages brusques et courts comme dans les parties orientales du Massif central. Il y a d'ailleurs dans le Limousin quelques étendues de pays de calcaires jurassiques, comme ceux que traversent la Corrèze et la Vézère; là, il y a moins de monotonie, le relief est plus accidenté que sur les plateau.x ondulés de la plus grande partie du Limousin. Ce n'est d'ailleurs pas un pays triste ni rigoureusement monotone : si les grands plateaux sont par endroits nus ou tapissés seulement de bruyères, on voit sur les collines ondulées des bois de hêtres, de charmes, de chênes, de bouleaux et surtout dechàtaigniers, aujourd'hui l'arbre caractéristique, jadis l'une des plus grandes richesses des hauts pays du Massif central. Les valléesencaissées et sinueuses présentent d'assez beaux herbages, l'aspect général est verdoyant en raison do l'humidité abondante. Mais, si les couches de décomposition superficielle suffisent aux pâtures et aux forêts, elles sont rarement favorables à la culture des céréales riches; le plus souvent ce sont le seigle et le sarrasin qui occupent les régions favorisées du plateau. En somme, Yc.vploitation foreslière et ïélevage dans la Haute- Vienne, dans la Corrèze l'élevage seulement, constituent les principales ressources du pays limousin. La région du département de la Ilaute-Vienne occupe le troisième rang après les Bouches-du-Rhône et l'Aisne pour le nombre des moutons (620000). La présence du kaolin ou terre à porcelaine en nappe épaisse autour de Sainl- Yrieix (carrières de Coussac-Bonneval) a, en outre, déterminé de bonne heure la création d'une puissante
induslrie céramique. Limoges (84 00(( liah.) en est ie centre ; sa situation sur la Vienne, entre la côte de rOcéan et la montagne, la destinait aussi à un giand rôle commercial comme lieu de passage. Tulle (18 000 hab.), chef-lieu de l'autre département limousin, doit sa prospérité à sa manufacture d'armes et à ses coutelleries.
La population limousine, très clairsemée (55 à 68 hah. au kil. q), rappelle, par certaines habitudes, la population auvergnate. Là aussi, rexpalriation est fréquente; mais le Marchois et le Limousin ne quittent guère leur |)ays que pour une partie de l'année, pour se louer à litre de man<euvresou de maçons. Quand vieutThiver, ils legagnent le village avec le petit pécule laborieusement amassé. Bien d'autres traits de caractère et le langage aussi fout de cette province une région assez nettement apparentée à notre Midi acpiitain. Cette population est d'ailleurs remarquable par son esprit de labeur et par son aptitude intellectuelle faite de droiture et de ténacité. D'Aguesseau, le grand jurisconsulte, Vergniaud, l'orateur girondin, Bugeaud, le vainqueur de Tlsly, Gay-Lussac, le physicien, étaient du Limousin.
On a fait du Limousin deux départements :
Haute-Vienne, chef-lieu : Limoges, sous-préfectures : Bellac, Rochechouart, Saint-Yrieix, o500 kilomètres carrés, 386 000 habitants.
Corrèze, chef-lieu : Tulle, sous-préfectures : Rrive, Ussel, 5 800 kilomètres carrés, 31" 000 habitants.
Périgord. — Le pays de Périrjord, patrie de Brantôme, de Montaigne, de Fénelon, est considéré tantôt comme une dépendance de la plaine de Saintonge, dont la rapproche en effet la communauté de terrains de calcaires marneux, de craies et de grès verts, tantôt associé au Massif central dont il marquetés dernières pentes sur le pays d'Aquitaine. Par son climat, il n'est ni tout à fait aquitain, ni rigoureusement limousin : il est moins sec que la plupart des pays de la Garonne, moins arrosé que les pentes occidentales du Massif central. On pourrait dire qu'il marque la jonction entre le Massif central et les pays garonnais : car il comprend essentiellement un causse de calcaires jurassiques, d'ailleurs peu développé, vers le sud-est, et un pays d'argile et de sable, une double marécageuse vers le sud-
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ouest, qui sont relativement stériles. I\lais le Périgord blanc, composé de plaines d'alluvions tertiaires et quaternaires que traversent la Dordogne et l'Isle, est un merveilleux pays de vignobles, de champs de céréales, de tabac, de chênes truffiers; quant à la zone de craies du Périgord noir, arrondissement de Sarlat, elle est remarquable par ses belles forêts. Dans l'ensemble, la population du Périgord est d'une densité inférieure à la moyenne (50 au kil. c\\ et Périgueux, sur Tlsle, célèbre par sa cathédrale de Saint- Front, remarquable spécimen des églises romano-byzantines du xi'= siècle, n"a guère que 31 000 hab. Bergerac, le grand entrepôt des vins du pays, sur la Dordogne, n"a plus que 15000 hab. ; elle en eut 50000 avant la révocation de l'Édit de Nantes.
A l'ancien Périgord correspond le département de la : Dordogne, chef-lieu : Périgueux, sous-préfectures : Bergerac, Nontron, Ribérac et Sarlat, 9 200 kilomètres carrés, 447 000 habitants.