‹ La France et ses coloniesChapitre 69 sur 179 · I. — Les plateaux; Bourgogne, Franche-Comté, Lorraine · texte numérisé non relu

I. — Les plateaux; Bourgogne, Franche-Comté, Lorraine

La Bourgogne. — Ce qui porte aujourd'hui le nom de Boiirgorjne n'est qu'un reste du vieux pays burgonde, qui

varia beaucoup d'extension, depuis le temps où ce fut près d'un tiers de la Gaule mérovingienne jusqu'à notre époque où, de vicissitude en vicissitude, le pays de Bourgogne est devenu beaucoup plus restreint. C'est un nom de peuple qui s'imposa au pays et qui, par conséquent, varia dans son extension de sens comme variait elle-même la domination du peuple ou son homogénéité dans le groupe français où elle se fondit. Aujourd'hui les pays où l'on se dit Bourguignon correspondent aux départements de l'Ain, de la Saône-et-Loire, de la Côle-d'Or et même d'une partie de l'Yonne : si le terme de Morvan est un terme plus strictement localisé que le terme Bourgogne, si le mot de Bresse a une signification beaucoup plus nette aussi, gens du Morvan et gens de Bresse se disent Bourguignons. Donc, en somme, la Bourgogne comprend aujourd'hui une partie de la plaine de la Saône, des pays arrosés par des aftîuenls de la Loire et de la Seine, bref, un massif, le Morvan, une zone An plaleau de Langres avec les pentes de l'un et de l'autre côté au nord-ouest et au sud-est, une partie du rebord nord-est du Massif central et une région de plaines au bord de la Saône. Ainsi formée, la Bourgogne est avant tout une région de passage unissant, par les vallées opposées de la Dheune et de la Bourbince, de rOuche et de l'Armançon, la France du Sud-Esl au bassin de Paris. Cette situation lui donna de tous tcMnps une importance politique et commerciale considérable, un ascendant pour ainsi dire géographique sur les régions voisines ; ses ducs des xiv et xv** siècles devinèrent instinctivement cet avantage, comme les envahisseurs burgondes en avaient instinctivement profité et essa^'èrent de s'en servir pour briser l'unité française ou la réformer à leur profit. Mais la position n'est pas tout ce qui fait valoir la Bourgogne : en plus de ses vallées correspondantes sur trois versants, elle possède d'abord des fleuves maniables qui rendent utiles ses directions et permettent de s'en servir, puis des richesses agricoles diverses, riches plaines, pays forestiers, pays vignobles.

Un pays aussi plein de contrastes orographiques, et de contrastes climatériques qui en résultent, possède une diversité d'aptitudes merveilleuse. Le climat varie, depuis le régime âpre et venteux des bords du Rhône et de la Saône, jusqu'à la douceur des pays de la haute Seiiie^

JTisqn'à l'extrême rudesse des confinsdela ré^i^ion vosgienne vers le nord. La plaine fluviale est terre à céréales, blé et maïs; les roches anciennes du Charolais, revêtues, grâce à l'ordinaire douceur de leurs pentes, de terres meubles et végétales, sont couronnées de bois et de pâtures qui servent à l'élevage; les coteaux calcaires de Bourgogne, trop crevassés et trop rapidement asséchés pour être cultivés en céréales ou en prairies, portent jusqu'à 250 ou 300 mètres les riches vendanges bourguignonnes. Enfin, au voisinage du Rhône, sur un plateau bien isolé, s'étend la Bombes, quia bien aussi un caractère original : cette suite de plateaux au sous-sol argileux et imperméable, jadis domaine de la fièvre, a été asséché. Plus de la moitié des marécages ont été gagnés à la culture. La durée de la vie s'y est accrue d'un tiers en moyenne. Il y a aujourd'hui dans la Dombes d'admirables champs de pommes de terre, de chanvre, et de riches prairies : c'est un des plus beaux exemples de transformation agricole.

Le pays de ÏAuxois, dans lequel il y a de grandes étendues de marnes imperméables, n'est pas pour cette seule raison une région humide et pleine de prairies naturelles; pour expliquer cette nature, il faut rappeler que l'Auxois se trouve en contre-bas de la Cùte-d'Or et du Morvan, et qu'il doit à ces hauteurs voisines, au Morvan en particulier, une surabondance d'eau venue du voisinage. Assurément il fait contraste avec le Morvan, commue l'a expliqué Belgrand, par ses vallées plus larges, moins resserrées que celles du pays montagneux; il n'en est pas moins vrai que l'Auxois lient son humidité des hautes terres voisines et non pas des pluies qui tombent sur place, tout comme la plaine de l'Amazone bénéficie des pluies qui tombent sur les Andes.

Ce sont là pays surtout agricoles ; mais l'industrie s'est aussi développée en Bourgogne, car la houille et le fer abondent autour de Blanzy, du Creusot et d'Épinac. L'activité commerciale a été suscitée aussi par la multiplicité des moyens de communication, ligne principale du chemin de fer de Paris à Lyon, canaux du Centre et de Bourgogne, du Rhône au Rhin, etc., etc.

Pourtant la densité de là population est médiocre en Bourgogne. Le département de Saône -et-Loire, le plus industriel, n'a que 71 habitants au kilomètre carré, LAin 60, l'Yonne 44 et la Côte-dOr 4:2.

Les progrès de la richesse ont été surtout remarquables dans la région industrielle : les villes du Cliarolais [Montceau-les-Mines, Epinac, Montchanin) ont eu une croissance rapide; le Creusot, où s'est formé le centre métallurgique le plus important de France, a 32 000 âmes aujourd'hui. Montceau, simple hameau en 1836, est une ville de 32 000 habitants. x\ côté de ces centres d'activité industrielle, de vieilles villes comme Autun, une des cités les plus prospères de l'époque gallo-romaine, donnent une médiocre impression de vie. Charolles est le centre des transactions sur le bétail.

C'est sur le versant atlantique de la Bourgogne que le progrès a été le moins sensible. Auxerre^ curieux encore par ses monuments, la métropole archiépiscopale de Sens, champenoise avant 1790 et jointe dans la nouvelle organisation à l'agglomération bourguignonne, restent stationnaires. Sur les flancs orientaux de la Côte-d'Or, Dijon (70 000 hab.), si curieuse par ses monuments, est aussi grande ville industrielle et centre important du commerce des vins. Beaiine (12 000 hab.) doit également son importance commerciale au voisinage des grands vignobles bourguignons. Dans la Bresse, les agglomérations sont surtout des centres agricoles ou des étapes et stations de batellerie, par exemple Mùcon (19000 hab.), où se vendent les vins de basse Ijourgogne, Chalon-sur-Saône (20000 hab.), où se l'ait un aclif commerce de blé, à l'amorce du canal du Centre, Sainl-Jean-de-Losne, au point où débouchent vers la Saune les canaux du Rhône au lihin et de Bourgogne.

La Bourgogne correspond aux déparlements de :

L'Ain, chef-lieu : Bourg-, sous-préfeclures : Bellcy, Gex, Nanlua, Trévoux, 5 800 kilomètres carrés, 346 000 habitants.

Saône-et-Loire, chef-lieu : flacon, sous-préfectures : Autun, Chalon-sur-Saône, Charolles, Louhans, 8 600 kilomètres carrés, 613 000 habitants.

Côte-d'Or, chef-lieu : Dijon, sous-préfectures : Beaune, Châtillonsur-Seine, Semur, 8 500 kilomètres carrés, 3.jf>000 habitants.

A la Bourgogne se rattache aussi la majeure partie du département de l'Yonne (7400 kilomètres carrés, 315 000 habitants), chef-lieu : Auxerre, sous-préfectures : Avallon, Joigny, Sens, Tonnerre ; larroi dissemenl de Sens seul n'est pas bourg-ui- "•non.

Franche-Comté. — Le terme de Franche-Comlé est inanil'estement un de ceux qui sont le plus dépourvus de signification naturelle et qui portent le caractère féodal et administratif le plus net. Mais le terme s'est appliqué à une des régions les plus originales de France et qui s'isole le mieux de ce qui l'entoure. La Franche-Comté est montagnes, plateaux et plaines : chacune de ces trois zones olTrc des aspects et des productions caractéristiques, mais toutes trois sont solidaires par les coutumes et les mœurs. La forêt couvre la montagne où l'exploitation des bois est rendue facile par des chutes d'eau qu'on emploiera sans doute dans un avenir prochain à beaucoup d'autres usages industriels; le plateau est une zone de pâturages et de forêts; la plaine, comme la Bresse bourguignonne, est surtout une terre à blé; mais c'est aussi une contrée d'industrie, grâce à l'apport des houilles des régions voisines par les canaux. Deux autres ressources, la culture de la vigne, dans les vallées bien abritées, la préparation des pièces d'horlogerie dans les contrées montagneuses voisines de Ponlarlier et de Saint-Claude contribuent à l'enrichissement du pays.

Sa population, réunie très tard à la famille française, mais française de mœurs et de langage depuis longtemps, n'est dense que vers le nord, dans l'arrondissement de Monlbéliard, où il y a de nombreuses usines. Partout ailleurs elle est au-dessous de la moyenne générale de la France (Doubs, 57 hab. au kil. carré ; Jura, 53 ; Haute-Saône, 51). Les villes, assez nombreuses dans les plaines de la Saône, où elles s'échelonnent le long du fleuve à distance d'étapes, sont rares dans la partie montagneuse. Il n'en est qu'une grande, Besançon (55 000 hab,), sur le Doubs; c'est notre grande ville manufacturière d'horlogerie; c'est aussi un camp retranché qui soutient en arrière l'effort de résistance de Belfort. Dans la même zone montagneuse, Sainl-Claude s'adonne au travail des bois et à la taille du cristal de roche ; Champagnolc a des forges et des laminoirs; Lons-le-Saunier s'est élevé près d'importantes mines de sel gemme; Salins est une station renommée d'eaux minérales; Artois est au centre d'un pays de vignobles fameux; Dole, sur la bordure du plateau, a des fabriqués de fourneaux de fonte, des meuneries, des corderies. Plus au nord, près du saut du Doubs, Marteau, petite ville ,est,

comme Besançon, un des centres privilégiés du travail de l'horlogerie. Autour de Montbéliard (12 000 hab.) et jusqua la trouée de Belfort, se dévelopj3e une zone de bourgs populeux qui se pressent à la suite les uns des autres : Audincourt, la Fescholle, Valentigney, avec leurs forges et leurs ateliers de constructions mécaniques. Enfin Vesoul est un marché important de denrées agricoles.

Ainsi la Franche- Comté comprend à peu près la totalité dû Jura français, et la partie supérieure de la plaine de la Saône; elle est aujourd'hui divisée en trois départements :

Jura, chef-lieu : Lons-le-Saunier, sous-préfectures : Dôle, Poligny, Saint-Claude, 5000 kilomètres carrés, 2^8000 habitants.

Douhs, chef-lieu : Besançon, sous-préfectures : Baume-les-Dames, Montljéliard, Pontarlier, !) 300 kilomètres carrés, 299000 hahitants.

Haute-Saône, chef-lieu : Vesoul, sous-préfectures : Gray, Lure, 5 300 kilomètres carrés, 264000 habitants.

Lorraine. — La guerre de 1870-1871 nous a ravi, avec la grande citadelle de Metz et l'admirable vallée de la Moselle moyenne, un grand espace de pays lorrain compris entre Moselle et Sarre. Il esl peu de pays qui aient aujourd'hui une unité morale aussi puissante et tenace que celle de la Lorraine; et pourtant il en est peu que les vicissitudes de l'histoire nous révèlent plus clairement comme un pays de transition formé de régions plus petites qui, ellesmêmes, n'ont pas toutes une unité bien caractérisée. Si la Woëvre marécageuse, sur le plateau qui s'étend entre les côtes de la Meuse et les côtes de la Moselle, est un pays de caractère tranché, si les Lorrains individualisent à merveille le bastion du plateau et de la forêt de la Haye, la limite des pays lorrains et champenois, vers le Barrois, par exemple, est loin d'apparaître nette, tant pour les savants que pour les gens du pays. Aujourd'hui on distingue surtout en Lorraine quelques contrastes ou nuances d'accent ou de mœurs que l'on ne localise pas strictement dans des limites; on sait que le Vosgien n'est pas le INIessin, et que le Barisiena aussi son originalité. Ce qui fait de la Lorraine actuelle, reste de la grande Lotharingie, quelque chose de caractérisé, c'est son rôle de pays frontière, c'est le souvenir de ce qu'il a enduré de la part des voisins non Français, souvenir tenace que rien ne détruira; c'est aussi

la conscience sans illusion de ce qui peut être, d'un moment à l'autre, encore demandé à l'esprit de sacrilice des Français d'avanl-garde.

Le plateau lorrain, dominé au reste parles Vosges, est sillonné par de nombreuses et belles rivières : Moselle, Menrlhe, Meuse, Seillc, etc. ; une partie du sol est peu utilisable en raison de l'altitude dans le pays vosgien, et n'est apte qu'au développement desforéis; mais il y a sur le plateau, soit dans les terres fortes des marnes irisées, soit dans les régions calcaires de l'ouest, des ressources qu'un labeur agricole énergique et intelligent a su faire valoir. La Lorraine est donc un pays forestier sur les hauteurs, agricole svu' le plateau et dans les vallées, par exemple dans la vallée de la Meuse aux superbes prairies d'élevage. Le blé, la pomme de terre, l'avoine, le houblon, voilà les productions caractéristiques des pays lorrains. La vigne^ dans les cantons favorisés de Toul, de Bar, de Pagny, de Thiaucourt, donne des vins estimés que l'on consomme surtout dans le pays; l'ennemi des vignobles lorrains, c'est la gelée tardive de printemps, que l'on subit parfois jusqu'au cœur du mois de mai. Mais ce pays agricole a fait de singuliers progrès en industrie, depuis que l'annexion de l'Alsace- Lorraine à l'Allemagne a obligé nombre de Français à se transporter sur le sol de la vieille patrie. Industriels de Strasbourg, d(^ ^Mulhouse, des vallées alsaciennes des Vosges, sont venus à Belfort et à Nancy pour laisser à la France le tribut de leur intelligent labeur; et par là notre Lorraine a complété son activité. La découverte de riches mines do fer dont les produits sont, soit travaillés sur place, soit expédiés vers les centres mélallurgiques du nord et du centre français, a contribué à hâter celte révolution. La Lorraine a d'abord été pays de grande métallurgie; elle sera, dans un avenir prochain, pays de fines et délicates industries des métaux, tout comme nos meilleurs pays du Nord. Nancy, sur la Mcurthc (102 000 hab.), dont la population a doublé depuis !S70; sa banlieue, M axer il le, Champigneules, Malzérille, eic. ; puis Lunéville ('22 000 hab.j, Baccarat, Frouard, sont, à des degrés divers, les centres de ce mouvement industriel de plus en plus complexe. Les vallées vosgiennes forment un autre groupe où les industries textiles se sont associées à l'exploitation des bois et à l'élevage du bétail. Épinal (24 000 hab.), sur la Moselle, la

cité la plus active de cette seconde zone, a notamment d'incomparables filatures de coton et de belles papeteries. Saint- Dié (20 OOO'hab. ), sur la Meurthe, fabrique des lainages et des coutils estimés. Bambervillers, RaonT Etape, Moyen-Moùtier sont aussi d'intéressantes villes de filatures.

La région lorraine, de relief assez élevé et d'âpre climat, n'a de population pressée que dans les vallées industrielles. La Meuse, département surtout agricole, n'a que 17 habitants au kilomètre carré, les Vosges 71, Meurthe-et- Moselle 89.

La Lorraine est une des provinces qui ont le mieux conservé l'originalité du langage et de la tournure d'esprit. Celte persistance de son individualité, qu'explique sa i"éunion tardive à la France, et aussi la fréquence des épreuves d'invasion qu'elle a dû subir, n'a fait qu'y fortifier le sentiment français. Nulle part il n'y a plus de souvenirs de guerre et de grandes actions qui puissent mieux former la jeunesse et lui donner de bonne heure les vertus qui profiteront à tout le reste de la communauté française. Les grands camps retranchés s'y succèdent à courte dislance : Épinal, qui défend la haute Moselle et les passes des Vosges; Toa/ (18 000 hab.), postée sur la Moselle, au lieu de passage qui mène du plateau lorrain au chemin d'invasion de la Marne; lV/'t/«/i (22000 hab.), qui défend la ligne de Meuse. Il serait injuste de ne pas dire que le voisinage de l'Allemagne, s'il inspire aux gens de Lorraine de tristes souvenirs et de graves appréhensions, y suscite aussi une émulation industrielle, un amour des sciences appliquées, une soif de progrès industriel qui sont des bienfaits pour la France tout entière. C'est le pays où les voisins se surveillent et s'imitent le mieux.

La Lorraine, depuis 1871, ne comprend plus que les trois départements suivants :

Vosges, chef-lieu : Epinal, sous-préfectures : Noufchâteau, Mirecourt, Remiremont, Saint-Dié, 6 000 kilomètres can-és, 43U 000 habitants.

IMeurthe-et-Moselle, chef-lieu : Nancy, sous-préfectures : Briey, Lunéville, Tout, 5 275 kilomètres carrés, 518 000 habitants.

Meuse, chef-lieu : Bar-le-Duc, sous-préfectures : Commercy, Montmédy, Verdun, 6 200 kilomèti-es carrés, 280000 habitants.

Avant 1 87 1 , la Meurthe comprenait 6 090 kilomètres carrés, dont

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1 U76 ont éLé cédés; la Moselle en compta il ï> 3riR,dont nous avons jxM'dii 4 238.

De l'Alsace, le seul territoire de lielforti^ôOO kilomètres carrés, 00 000 habitants) nous est resté des arrondissements du Haut- Rhin. Bclfort (32 000 habitants) défend pour nous l'accès du col de Valdieu, de la ligne de Paris à Bâle et du canal du Rhône au Rhin. L'annexion a fait de Bclfort, où beaucoup d'Alsaciens ont émigré, une ville de grande et savante industrie ; il faut citer, à côté de Belfort, Giromagny, ville de belles fdatures,et Beaucourt, où le travail de la serrurerie et de l'horlogerie est actif.

Les pays annexés d'Alsace-Lorraine. — Notre étude de la France orientale resterait incomplète si nous n'examinions la condition des pays d'Alsace- Lorrame que la force nous a arrachés en 1871. Non seulement ils influencent ce qui nous reste de ces énergiques provinces qui rendaient la France voisine du Rhin, mais l'afflux des Alsaciens- Lorrains qui vont dans d'autres pays de France, puis aux colonies, ou qui gagnent vaillamment dans la légion étrangère le droit de redevenir Français, en conquérant, pour leur vieille patrie perdue, des provinces d'outre-mer, est un des faits les plus importants de la vie matérielle et de la vie morale de la France. L'ensemble du territoire annexé par l'empire d'Allemagne, angle nord-est du plateau lorrain avec la vallée moyenne delà Moselle et les vallées delà Seille et de la Sarre, versant oriental des Vosges, plaine d'Alsace, est actuellement groupé en une seule province, sorte de propriété collective des princes confédérés de l'empire. Il représente une superficie de 14510 kilomètres carrés, dont la population s'élève actuellement à 1720 000 habitants. C'est dans la Lorraine annexée;, comme dans la Lorraine française, une haute terre ondulée de collines au sol pierreux, creusée de vallées fertiles qui s'inclinent vers la coupée de la Moselle. Les cultures de céréales, l'avoine, le blé s'y intercalent au milieu des bois et des prairies; sur les coteaux, des vignes dont la maturation est souvent contrariée par le dur climat; çà et là, dans les terres riches, des houblonnières au lieu de blé et d'avoine.

Le fer abonde dans le pays de Thionville {mines de Snzange et de Schremange). Autour de Forbach s'allongent des terrains carbonifères : c'est la terminaison du bassin houillcr de Sarrebruck, qui fut à nous tout entier de 17'J3

à 1815. La vallée de la Seille possède des salines d'une grande richesse (Dieuze, Château-Salins).

Le versant alsacien des Vosges, plus abrupt que le versant français, ofTre, sur les parois de ses vallées rapides, de belles forêts, puis de grands herbages; la rapidité de leurs pentes fait que leurs torrents rendent de meilleurs services à l'industrie que ceux de Tautre versant. Au pays des Vosges se déroule la plaine opulente, une des plus belles du monde, où confluent le Rhin et TIll, où se succèdent sans interruption jusqu'au fleuve les houblonnières, les vignobles, les champs de blé, les cultures industrielles, les prairies. La population y est très dense. Le district de la haute Alsace, Colmaj\ a 137 habitants au kilomètre carré; celui de la basse Alsace, Strasbourg, 133. La Lorraine annexée, où il y a de grands étangs et des espaces considérables de bois et de prairies, n'a que 84 habitants au kilomètre carré. Au total, c'est, dans ce riche pays, bien fait pour exciter la convoitise, une densité de population fort élevée (116 hab. au kil. carré).

Les villes sont nombreuses et actives. En Lorraine, Melz, patrie de Fabert et de Kellermann, sur la Moselle, au confluent de la Seille, est devenue sous le régime allemand une redoutable forteresse d'otTensive dirigée contre la France. Elle a perdu par là son animation et sa charmante gaieté d'autrefois. Sur 60 000 habitants, elle compte plus de 25000 soldats. Au nord de Metz, Thionville complète la défense de la Moselle... ou ses facultés d'attaque. A l'est se presse le groupe des villes de la Sarre, Sarrebourg , Sarreguemines, Saint-Ouirin, Munsfhal, toutes activement adonnées aux industries de la porcelaine, de la faïence, de la verrerie, de la cristallerie, de la fabrication des glaces. En Alsace, la métropole politique, militaire, intellectuelle et religieuse est Strasbourg, sur l'Ill, à 5 kilomètres du Rhin. L'ancienne capitale de l'Alsace compte, parmi ses 150 000 habitants, une forte proportion d'immigrés allemands. Par son Université richement dotée, elle est devenue le principal centre de la propagande germanique. Avec ses forts détachés et ses 20 000 hommes de garnison, elle est aussi l'un des camps retranchés qui gardent la ligne du Rhin ou qui menacent la France d'invasion en face de la trouée de Nancy, par le col de Saverne. Il faut savoir admirer l'œuvre des ingénieurs allemands qui ont fait de

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Strasbourg, en créant des bassins et en améliorant l'IIl, une des grandes places de la navigation rhénane. Au nord de Strasbourg, Saverne, au débouché de la grande coupure des Vosges, où passent la route et le chemin de fer de Paris, ainsi que le canal de la Marne au llhin, est une position militaire de premier ordre. Au sud, la haut(^ Alsace est restée célèbre par le travail manufacturier du coton, du lin et de la laine. Si Colmar (37 000 hab.j est restée une jolie petite ville, Mulhouse (90 000 hab.) est devenue un des centres cotonniers les plus actifs de l'Europe. La zone industrielle de Mulhouse se rattache, par une suite de villages populeux, à la zone restée française du territoire de Belfort.

Avant 1871, l'Alsace comprenait les deux départements du Bas- Rhin (4oa3 kilomètres carrés , chef-lieu : Strasbourg, et du Haut- Rhin (4100 kilomètres carrés), chef-lieu : Colmar. Les anciens arrondissements français de la Lorraine sont Metz, chef-lieu de l'ancien département delà Moselle; Sarreguemines et Thionville, sous-préfectures du même département ; Chàteau-Salins et Sarrebourg, sous-préfectures de l'ancien département de la Meurthe.

Champagne. — La Champagne, zone intermédiaire entre la France orientale et les plaines du Nord et du PSord-Ouest, comprend à la fois des plateaux et des plaines. Les plateaux se développentà l'est, en demi-lune depuis Langres jusqu'à Rethel. Ce sont des hauteurs de calcaires jurassiques et de craie de la montagne langroise et du Bassigny, puis les mamelons schisteux qui boursouflent l'Ardenne. Au sud-ouest, vers Troyes, la forêl (VOlhe borde la Champagne de ses plateaux calcaires et boisés et de ses frais paysages. La zone de plaine comprend les grandes étendues monotones et brûlées où la Champagne Pouilleuse étale ses craies dures, mais fissurées comme des cribles et sèches comme le sol du Causse. Ce pays extrêmement pauvre, où pousse une herbe rare à peine suffisante aux troupeaux de moutons, est dominé, vers le nord, par les hauteurs calcaires de la Champagne Humide, qui forme une des escarpes orientales du bassin de Paris et culmine à la montagne de Pveims. La Champagne Humide est fameuse par ses grands vins d'Ay, de Sillery, etc., rendus mousseux dans les immenses laboratoires des caves de Reimset d'Epernay. Le contraste de la Champagne Pouilleuse et de la Cham-

pagne Humide ne s'ex{)liqne pas seulement par la dilTérence de composition du sol, mais aussi par la dilïérence de relief: les coteaux de la Champagne Humide caplent l'humidité au détriment de la Champagne Pouilleuse, qui est plate et reçoit beaucoup moins de pluies.

La nomenclature locale, tout en appliquant le nom de plateau de Langres à une grande étendue de pays, distingue par des termes différents chacune des sections de la pente, du glacis de ce plateau qui s'incline vers le nord-ouest : c'est ainsi que l'on applique au pays voisin de Cliaumont le nom de Bassigny, aux sections plus méridionales de la même pente les noms de Châtillonnais, de Montagne et de Duesmois. Mais on serait bien embarrasse pour indiquer la limite de chacun de ces pays, dont les uns ont un nom peu significatif, comme la Montagne, dont les autres ne sont que l'extension de noms de villes, comme le Chàtillonnais. On aurait donc tort d'attribuer à chacun d'eux une puissante originalité et des limites bien marquées; ce ne sont, sous des noms divers, que des sections de grands plateaux calcaires interrompus de temps à autre par des gorges.

De même, il est bien difficile d'indiquer des limites exactes entre le pays champenois du Nord et le pays picard. Rien ne ressemble plus à la Tliiérache picarde que le Porcien des confins du pags dWrgonne et de Champagne. Ce sont, en efl'et, pays appartenant également aux terrains infra-crétacés et où Ton observe également des alternancesde boqueteaux, de prés et de plants d'osier également caractéristiques des deux côtés.

On a essayé, par une analyse plus rigoureuse de la nature des terrains, de restreindre le nom de /?ai[/sc/'.l;'^o/2ne au pays qui s'étend entre l'Aire et l'Aisne et où dominent les grès durs. Mais ce n'est là qu'une tentative artificielle qui ne saurait prévaloir contre les appellations coutumières.

Là Champagne fut jadis riche, non seulement par l'abondance et la qualité de ses laines, mais aussi par la qualité de ses minerais de fer. Aujourd'hui, les régions houillères sont trop loin de la Champagne; la métallurgie a dû s'établir aussi près que possible des bassins houillers du Nord et de la Belgique, c'est-à-dire dans la Champagne ardennaise. Les industries du tissage et de la filature sont restées prospères parce qu'elles exigent une moindre con-

sommation de houille. Ainsi, versiesud-est et l'est, les agglomérations industrielles se pressent : Sedan (20 000 liab.) est crlèbre parla fabrication de ses draps fins. Hauts fourneaux, Ibnderies, forges, coutelleries, telles sont les spécialités de Laïujrcs, du val d'Osnt\ de Joinville, de Vassij ('sur la Biaise). Charleville (18 000 hab.j a des usines actives et contraste avec le calme de la vieille ville historique de Mézières. Fumay (ardoisières), Givel, Monthermé, Carif/nan sont des cités importantes de la région ardennaise. Vers l'ouest, Beims (108 000 hab.), sur la Vesle, est une des plus belles et des plus actives cités de France. Les archéologues y admirent ses deux églises de Notre-Dame et de Saint-Rémi, sa porte de Mars, les richesses de son grand musée d'architecture gallo-romaine et médiévale ; l'industrie moderne y est représentée dans toute sa perfection par les filatures et tissages de laine. Au sud-ouest, Troijes ^53 000 hab.), sur la Seine, a gardé la célébrité de sa bonneterie de laine et coton. Châlons-siir-Marne, siège du ()" corps d'armée, est une des plus grandes villes militaires de France, à portée des plaines où l'on a établi le plus vaste champ de manœuvres de notre pays.

La Clhampagne, comme la Bourgogne, a maintes fois varié d'élendue au cours des vicissitudes des temps féodaux ; on sait râpreté des démêlés des comtes de. Champagne avec leurs voisins les rois de France et les ducs de Lorraine. Aujourd'hui, le terme s'applique aux quatre déparlemeuts de :

Ilaute-Mariie, chef-lieu : Chaumont, sous-préfectures: Langres, Vassy, 6 200 kilomètres carrés, 222000 habitants.

Aube, chef-lieu : Troyes, sous-préfectures : Arcis-sur-Aube, Barsur- Aube, Bar-sur-Seine, Nogent-sur-Seine, 6 000 kilomètics carrés, 244000 habitants.

Ardennes, chef-lieu : Mézières, sous-préfectures: Rethel, Rocroy, Sedan, Vouziers, 5 200 kilomètres carrés, 318 000 habitants.

Marne, chef-lieu : Châlons-sur-Marne, sous-préfectures : Éperna y, Reims, Sainte-Menehould, Vil ry-le- François, 8 200kilomèti'es carrés, 4i4 000 habitants.

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