COMPOSITION DU SOL FRANÇAIS
nitiques donne le même spectacle et ne laisse pas davantage au voyageur l'impression de dénudation à laquelle il s'attendrait s'il recherchait sur le sol superficiel la confirmation de ce qu'il a lu sur la carte géologicpie.
En revanche, les escarpements du mont Blanc et du Pclvoux, les pentes des monts des Maures et de l'Esterel, la majeure partie de la Corse occidentale offrent bien aux yeux des étendues de gi'anits dénudés, que les glaciers, les pluies, les vents violents dégai'nissent à mesure des parcelles de terre meuble qui s'y déposent. Il y a donc des régions de granits absolument misérables et dépourvues de plantes, d'autres qui sont couvertes de prairies et de forêts ou de cultures; ou, pour mieux dire, il y a des étendues de notre sol où la carte géologique signale la présence du granit, mais où ce granit n'est présent que sous une couche de sol moderne.
Pour la même raison, il y a des pays de France où les granits forment des surfaces arrondies ou doucement inclinées, d'autres où ces mêmes roches sont disposées en pentes rudes et saillantes. Il n'y a pas en Bretagne, sauf sur les faces des régions granitiques que vient battre la mer, de falaises comparables aux fameuses « Calanques )>de Porto en Corse. Les massifs des Maures et de l'Esterel ont des profils généralement plus accentués que les plateaux du Limousin. Les granits des hautes régions du mont Blanc et du Pelvoux ont des profds plus semblables à ceux des roches analogues de Corse qu'aux autres.
Il serait tout aussi imprudent de signaler comme un caractère des roches granitiques la multiplicité des sources et la richesse des herbages. Le granit détermine bien la présence de nombreux ruisselets, mais seulement dans les pays où il est revêtu d'une couche plus ou moins épaisse de terre meuble, d'une végétation que cette couche de terre meuble explique, enfin et surtout arrosé par des pluies abondantes mais fréquentes etdépourvuesdeviolence. C'est un spectacle commun sur les mamelons arrondis des Vosges granitiques, sur les douces pentes de la même roche en Bretagne, mais un spectacle infiniment rare dans l'Esterel, les monts des Maures et dans la Corse. Autant les granits de Bretagne sont riches en circulation de veinules d'eau, autant ceux de la Corse sont secs et pauvres. C'est bien la preuve qu'un fait de composition du sol est insignifiant par lui-même : une roche est ce que l'a faite sa contexture et ce que l'a faite aussi l'eau du ciel qui y séjourne plus ou moins facilement, toujours ou pas du tout, suivant le pays.
Les terrains secondaires en France. — L'ensemble des terrains que l'on désigne sous le nom de terrains secondaires, nom qui indique seulement la date de leur dépôt, comprend surtout des masses de calcaires. Leur surface représente plus d'un quart du territoire français. On distingue leurs principales variétés par les appellations de terrain triasiqiie. jurassique et crétacé. Ils sont groupés autour des massifs plus anciens. Ainsi le trias de Lorraine est appliqué au système montagneux des Vosges. Le calcaire jurassique se rencontre à Vest du Massif armoricain, puis forme une longue bande qui comnif^nce à l'Ardenne au nord-est. compose une partie notable du sol de la Lorraine,\e plateau de Langres, etc., et entoure au nord-ouest et au sud-ouest le Massif central, dans le Berry, dans le Poitou, dans la région charentaise, dans les causses et dans les Corbières. A nos Alpes est également adossée une masse importante de calcaire jurassique ; et le terme indique que c'est la composition essentielle de la montagne du Jura et du plateau de Franche-Comté. On en rencontre aussi quelques îlots, par exemple dans le Boulonnais au nord, et sur le flanc septentrional des Pyrénées du centre^ entre Tarbes et Foix.
Les terrains de la craie sont beaucoup plus dispersés et occupent une moindre superficie. En Champagne ils sont adossés au calcaire jurassique, comme dans le pays charentais, entre la Charente et la Dordogne. Dans nos Alpes, sur notre littoral provençal, et dans la Corse orientale, on en trouve également des groupes importants.
Toutes ces roches présentent des aspects divers suivant le climat auquel elles sont exposées; de plus, chacun de ces ternies comprend plusieurs variétés de terroirs. Ainsi la zone triasique qui couvre la haute Lorraine se subdivise en étendues de grès bigarrés, de calcaires coquilliers et de marnes irisées. Qui oserait comparer la zone assez riche de grès bigarrés de la Faucille et du sud des Vosges avec la misérable plaine de même nature qui se développe au nord du massif des monts des Maures. De même les calcaires jurassiques qui forment le Boulonnais au nord doivent à une abondante humidité leur revêtement de prés et de bocages; les mêmes calcaires, sur le versant sud-ouest du Massif central et en Provence, composent des terroirs infertiles et dénudés. Des comparaisons analogues nous montreraient que les terrains de la craie ne sont nullement semblables dans leur revêtement végétal, suivant qu'on les considèi'e au nord-est et au
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sud-ouest de la France, ou dans la Corse oi-ientale qui en contiens une g^rande étendue.
11 faut se garder de définir comme généraux les caractères accidentels de chacune de ces roches, dans des pays de climats divers. Ce n'est pas une qualité du calcaire pur que de laisser les eaux du ciel pénétrer profondément au détriment de la surface du sol qui resterait sèche. C'est, par exemple, un caractère que l'on ne saurait prêter aux calcaires jurassiques de-la plaine de Caen. De même, sur ces calcaires normands, les eaux ruissellent en sillons nombreux; si, sur les mêmes terrains, les cours d'eau sont rares et abondants, dans la France du sud-ouest, par exemple, cela ne tient pas à la nature des calcaires, mais au caractère des pluies qui sont rares et violentes.
Les terrains tertiaires en France. — Les terrains chronologiquement désignés sous le nom de terrains tertiaires occupent en France de notables superficies, et des étendues d'un seul tenant. Il y en a trois zones principales : le bassin de Paj^is au nord et au centre, le bassin ci Aquitaine au sud-ouest, les plaines du Rhône et de la Saône au sud-est.
Ces zones de terrains tertiaires renferment des argiles et des marnes, des grès et des sables. Les terroirs les plus fertiles de cette catégorie géologique sont les terroirs argilo-siliceux où il n'y a d'excès ni d'argile, ni de silice. D'ailleurs, ni les terrains tertiaires en général, ni les terrains argilo-siliceux en particulier ne se présentent en France partout sous les mêmes aspects.
S'ils sont au nombre des plus fertiles du territoire français^ c'est à la fois en raison de leur composition, et en raison de leur position, grâce à laquelle ils ont jiresque tous un climat permettant au sol de dégager ses éléments de fertilité au service des plantes. Si les terrains argilo-siliceux du bassin de Paris sont les plus fertiles de toute la France, c'est parce qu'ils jouissent du meilleur climat, le plus régulièrement et le plus doucement humide. Les mêmes terroirs sont déjà moins riches au sud-ouest, parce que la chaleur est plus sèche, parce que l'humidité y est moins également répartie sur toute l'année. A plus forte raisoiî les terrains tertiaires de la Provence sont-ils plus pauvres que ceux des deux régions précédentes. C'est donc la faute du ciel autant que de la terre ; et une carie des pluies est le commentaire
i8 GEOGRAPHIE PHYSIQUE
indispensable d'une carie géologique indiquant la composition des terrains.
Les terrains quaternaires en France. — Les terrains quaternaires ou modernes, dont le dépôt continue sous nos yeux, ne couvrent qu'une très petite partie du sol français. Ce sont notamment des alluvions et des limons qui se sont accumulés le long des cours d'eau ou à leur issue dans la mer, sous forme de deltas, ou bien encore au bord de la mer, comme dans la région des dunes du Nord ou des landes du Sud-Ouest. Ce sont, en général, des sols riches, mais dont la richesse, comme celle de tous les autres, varie suivant la qualité du climat, qui dégage bien ou mal les principes fertilisants.
Les roches volcaniques en France. — Le sol français est moucheté d'un certain nombre d'îlots de roches volcaniques qui ont été émises au cours de l'âge quaternaire. La région oi^i les roches volcaniques, basaltes, lares, se rencontrent en plus grande quantité est notre Massif central. Comme toutes les autres roches, ces roches volcaniques, que l'action de l'atmosphère a si puissamment usées, présentent, suivant la nature du climat sous lequel elles S3 développent, des aspects très divers. L'exemple le plus frappant est peut-être celui du Cantal, dont les beaux pâturages se développent sur les pentes de l'ouest, mieux arrosées, tandis qu'à Test s'étendent de maigres champs de culture.
La composition du sol français et la répartition des cultures. — La composition du sol français influe manifestement sur la répartiliûi. des cultures ; mais, en pareille matière, il faut considérer surtout la condition des couches superficielles qui nourrissent les plantes les plus utiles. Les arbres plongent plus profondément et sont par là moins dépendants de la seule nature des couches superficielles du sol français.
Mais il ne faut jamais oublier que notre pays, situé en majeure partie sous un climat essentiellement variable dannée en année, ne doit pas à la nature chimique des terroirs tous ses avantages de végétation, ou. plutôt, qu'avantages et inconvénients "varient pour chaque nature du sol suivant la manière dont se
répartissent chaque année la chaleur sèche et humide, le froid, etc. Toutefois, dans le sud-est et le sud-ouest de la France, les vicissitudes de climat étant moindres, il est plus loisible de rechercher une explication constante dans la nature chimique des terrains. Mais dire, par exemple, que les vins de Bourgogne doivent leur qualité uniquement au terroir sur lequel sont plantées les vignes est une erreur; car c'est le même terroir tous les ans, et il y a pourtant de belles, de médiocres et de mauvaises vendanges. Le grand îlot de terrain tertiaire du bassin de Paris produit, suivant l'humidité ou la sécheresse plus ou moins grande du printemps et de l'été, plus ou moins de fourrages, plus ou moins de grains. La composition du sol n'est donc pas la seule condition qui explique la fertilité du sol français.