‹ La France et ses coloniesChapitre 86 sur 179 · BRETAGNE · texte numérisé non relu

BRETAGNE

séries de nuances délicates, à mesure qu'à la vie maritime succède à l'intérieur la vie agricole ou simplement la vie d'élevage. Encore l'attraction de plus en plus grande que la mer exerce sur les populations de l'intérieur de la Bretagne tend-elle à atténuer contrastes et nuances. Il est peu de pays aussi homogène que la Bretagne et qui aient une meilleure conscience de cette homogénéité. L'Ar-Mor se distingue encore, dans le langage populaire, de l'Ar-Goat, le pays de la mer du pays de l'intérieur ; mais, d'une part, le développement de la culture maraîchère sur les terres améliorées du littoral enlève à la vie maritime, pour les livrer à la vie agricole, une partie des Bretons les plus voisins de l'Océan, et, d'autre part, la pauvreté des landes et des plateaux de l'intérieur détermine à l'adoption des métiers marins des Bretons terriens qui cherchent un meilleur sort; et cet entre-croisement est un des meilleurs signes des chances de progrès de l'antique Bretagne. Enfin la population bretonne, qui continue à croître tandis que les populations voisines restent stationnaires ou décroissent, gagne et conquiert graduellement une partie des pays voisins, que ces pays fassent partie de l'Armorique géologique ou qu'ils lui soient étrangers.

La Bretagne a pour principales richesses : 1° de nombreuses cultures maraîchères, installées depuis une vingtaine d'années et qui produisent, en particulier de Roscotî au nord à Ouimperléau sud, dans la zone maritime appelée la<( ceinture dorée », unegrande quantité de primeurs, fruits ou légumes (melons, artichauts, choux-tleurs, petits pois, fraises), grâce à l'emploi, comme engrais, de cendres de varechs et d'algues. Cette production légumière défraye une exportation considérable vers Paris et vers l'Angleterre. Quant à la culture proprement dite, elle est en très sérieux progrès. Le blé se substitue insensiblement au sarrazin et au seigle ; les prairies artificielles (surtout dans la vallée de la Rance et dans celle de l'Aulne ou « bassin de Châteaulin ») commencent à remplacer les prairies naturelles ; des croisements ont amélioré les races bovines et ovines. Enfin, le domaine arable s'accroît en moyenne de 1 200 hectares annuels, aux dépens de la lande. Néanmoins, il n'y a là encorequ'une ressource insuffisante; 2" l'élevage de vaches laitières excellentes et de chevaux estimés {race du Conquet) pour leur vitesse et leur endurance,

quoique de petite taille ; 3" la pêche ; la grande pêche d'abord, pour laquelle arment tous les ports, depuis Saint- Malo jusqu'à Brest; puis, et surtout, la pèche à la sardine qui alimente de nombreuses fabriques de conserves, échelonnées, tout le long de l'Océan, depuis Douarnenez jusqu'à Nantes, et donne ainsi un revenu d'environ JO millions de francs. Il faut y joindre de nombreux parcs aux huîtres, dont les plus remarquables sont ceux de Cancale (Ille-et- Vilaine) et de Tréguier (Côtes-du-Nord). Toutes les autres formes du travail sont rares. La Bretagne, quoique de plus en plus fréquentée des touristes, qu'attirent ses côtes infiniment pittoresques et ses paysages originaux, possède peu de communications pour écouler ses produits. La voie centrale de raccordement (par Brest, Landerneau,Morlaix, Saint-Brieuc, Rennes et Laval) au réseau français existe ; les côtes sont aussi desservies ; mais les lignes transversales manquent. En particulier, les rapports sont longs et pénibles entre le nord et le sud, entre le littoral delà Manche et celui de l'Océan (ligne de Saint-Malo à Nantes par Rennes et Redon, et de Landerneau à Nantes par Ouimper, Lorient et Vannes). Les canaux, d'autre part, sont insuffisants et, pour préciser, celui de Brest à Nantes, construit par Napoléon, est trop étroit et peu profond. Enfin, le réseau routier, qui ne remonte qu'à la fin du xvni'' siècle, est encore incomplet.

La Bretagne a une densité kilométrique de 1)2 habitants, c'est-à-dire bien supérieure à la moyenne générale de la France. Mais ce n'est qu'une moyenne et, en fait, dans les montagnes d'Arrée et la montagne Noire, la population n'alteint pas 40 habitants au kilomètre carré, tandis que le littoral du Finistère et du jMorbihan en présente de 100 à 1 50. Par département, les statistiques évaluent à 75 la densité de rille-et-Vilaine, à 85 celle des Côtes-du-Nord, à J05 celle du Finistère, à 78 celle du Morbihan et à 92 celle dv la Loire-Inférieure. Malgré l'extrêmemortalitéde la population infantile, nulle part d'ailleurs ne sont plus considérables 'es iiccroissements constatés d'un dénombrement à l'autre.

La région ne possède que cinq villes dignes de ce nom. La ville industrielle, commerçante et maritime de Nantes (133000 hab.) reprend lentement son ancien rang de grand port, depuis l'ouverture du canal de Nantes à la mer, mais attend encore un complément de prospérité

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