La toute
Ce livre est donc un livre terrible et, s'il en fut jamais, un instrument de règne. A peine était-il né que ses 114 chapitres se mirent à dévorer des peuples et des langues : il en dévore toujours, en Afrique.
S'il ne fit que moi'dre le persan sur son socle iranien et l'espagnol sur son plateau d'Ibérie*, il déchira, digéra les idiomes sémitiques de l'Asie Antérieure, le copte d'Egypte, le phénicien d'Afriqui» et aussi le berbère de l'Atlantide, qui jusqu'à présent n'est pas entré tout entier dans sa gueule.
Dès que l'Islam eut conquis l'Afrique, donc à partir de la seconde moitié du septième siècle, l'arabe fut la langue religieuse, celle dont le meudden crie cinq fois par jour les gutturales, au fedjeur*, au dhohor', à l'aceur*, au moghreb\ à l'eucha^, quand il gémit sur le minaret qui est le clocher des temples nmsulmans et qu'il invite les fidèles à la prière : « Dieu est le plus grand! Dieu est le plus grand ! Je témoigne qu'il n'y a de Dieu qu'Allah et que Mahomet est l'envoyé de Dieu! Venez à la Prière, au Salut! Dieu est le plus grandi Il n'est d'autre Dieu que lui! »
Puis, dès que les Berbères furent entrés en Espagne, il tendit à devenir la langue de leurs camps. Certes ils se battaient pour le pillage sur terre autant que pour la félicité promise outre tombe ; mais c'était bien comme des « soumis à la volonté de Dieu"' » qu'ils avaient franchi la « mer du milieu » ; et, vainqueurs ou vaincus, sous le drapeau vert, jaune et rouge, une partie de leur pensée, sinon peu à peu toute leur pensée, germait dans l'idiome où Dieu s*était voulu révéler.
Puis ce fut, ou le langage unique, ou l'un des deux langages à la cour des grands empereurs berbères, les Almoravides d'abord, les Almohades ensuite, qui régnèrent sur le Maroc, le Sahara, l'Algérie occidentale et sur une Ibérie lentement rélrécie par les victoires des chrétiens.
Et peu à peu l'arabe devenait l'idiome des villes, des routes et carrefours de routes, des marchés; lentement les religieux-nommés marabouts*, por-
1. Dans Pun comme dans Taulre il a laissé rempreiiile de ses dents ; des centaines de mots espagnols et dos milliers de mots persans sont d'origine arabe.