‹ La France et ses coloniesChapitre 12 sur 283 · Pèlcrina{çe · texte numérisé non relu

Pèlcrina{çe

quelques cents pages dictées par l'Ange), c'était prendre à la race des Berbères le meilleur espoir de son avenir; c'était jeter dans le moule arabe les plus intelligents de ses fils, les élever suivant les étroitesses du Coran, dans la langue du Prophète, et, plus tard, envoyer les moins casaniers d'entre eux au pèlerinage de La Mecque, c'est-à-dire les tremper dans la source de l'Islam. Comme nous disons depuis quelques années, en imitation des mots panslavisme, pangermanisme, pansaxonisme, panlatinisme, c'était faire des Numides, Atlantidiens, Maugrabins, Berbères, des fanatiques du panislamisme.

Toutes ces causes agissant, le Maghreb s'arabisa, lentement, très lentement, en raison inverse de l'altitude des montagnes et de l'éloignement dans le Désert.

L'effort des Espagnols n'arrêta pas celte silencieuse submersion d'un grand peuple ; ni TefTort des Turcs, malgré trois cents ans de violence.

Le Français non plus n'y a pas encore mis un terme. Brouillant Arabes et Berbères en un seul et même peuple, croyant ingénument que les Berbères 2ont des Arabes, la France a même consommé la dénationalisation de mainte peuplade kabyle en forçant les plus vieux héritiers du sol, les fils des chevaucheurs qu'entraînait Masinissa dans ses charges furieuses contre les Carthaginois, à connaître, à pratiquer la langue des cavaliers qu'Okba, fils de Nafé, lançait contre les Grecs et contre les Numides.

Vn. Les Turcs. — Les Espagnols précédèrent les Turcs en Atlantide, mais ils n'y furent point heureux, en ces années mêmes où la Fortune souriante échangeait avec eux contre quelques centaines de cadavres d'aventuriers ce qu'il y a de plus beau dans le monde, l'Amérique chaude, d'ailleurs neigeuse en ses pàramos*.

1505 les vit maîtres du « Port Divin » des Romains, du « Grand Port» des Arabes, de Mers-el- Kébir, dix-sept années après leur entrée à Grenade, la ville éternellement regrettée par les Africains

C'est que l'Espagne n'avait pas voulu seulement jeter les Mahométans à la mer. Ce ne lui fut pas assez de s'être intégralement reconquise, de u Tutose au Guadaletc)). Pour l'orgueil de son nom, pour l'apaisement de sa rage, pour la plénitude de sa vengeance, elle souhaitait âprement de les chasser

1. Hautes plaines très froides, peu babitées, presque iuhabilables.

aussi de l'Afrique, môme de la Terre, et que nulle part on ne pût dire : « Hay Moros en el pais I » *, sur tout lorbe dont Christophe Colomb venait justement de dévoiler la rondeur.

Puis comment oublier le Maure quand le Maure n'oubliait pas TEspagnol, et qu'avant d'y être instruit par le Turc et le renégat, il piratait déjà sur la côte péninsulaire? Œuvre utile, puisque de chaque voyage il revenait plus riche de biens, parfois avec de belles filles qu'il unissait de force à son sort, et des hommes qu'il gardait, ou vendait conune esclaves. Œuvre pie, puisqu'il égorgeait les ennemis du Dieu unique. Œuvre délicieuse, puisqu'il se vengeait sur les Chrétiens du million d'avanies souffertes par les Musulmans en Espagne.

1509 compléta le travail de 1505. Oran, la voisine de Mers-el-Kébir, en face d'une coupure de rivage ouvrant un chemin vers l'intérieur du pays, Oran se rendit, pieds et poings liés, à l'armée du cardinal Jimenez de Cisneros, homme d'idées, homme d'action, homme d'épée, grand homme pour tout dire, passionnément Espagnol et passionnément catholique; Quand il vit sa victoire : « Que la gloire, dit-il, en soit à vous, Seigneur, et non pas à moi I ))

Désormais Castille et Léon augmentés d'Aragon avaient le pied sur l'Afrique et pouvaient la conquérir toute à rencontre du Maure.

Mais, mal inspirée, mal conseillée, l'Espagne fît ici pendant près de trois siècles ce que la France a fait pendant dix ou quinze années : elle crut aux cliimères de l'occupation restreinte.

Au lieu de pousser hardiment sa pointe, d'Oran vers le Maroc, l'Algérie, le Désert, elle se dispersa sur la côte; elle prit en 1509 Bougie, port aussi «divin )) que celui de Mers-el-Kébir, au pied delà fourmilière d'hommes du Jurjura et du Babor; elle bâtit en 1510 un fort sur l'une des roches qui gardaient, assez mal, contre la haute mer l'anse d'El-Djézaïr, l'Alger dont personne alors ne devinait le grand destin : ce fort, on l'appela le Pegnon, ce (|ui veut dire en espagnol * le Grand Rocher ou le Haut Rocher.

Le Turc entra par trahison dans cette El-Djézaïr, en 1516, quand le grand maître des couleurs, le soleil d'Afrique, n'avait pas encore doré les pierres du Pegnon.

1516, aurore d'un temps maudit, le plus dur à l'Afrique du Nord dans la tragique histoire des invasions que l'Atlantide a subies.

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