Peguun (Peiion), c'est l'augmentatif de « peAa y, roche
Les Carthaginois lui avaient apporté tout ce qu'il y avait alors d'art et de science h l'orient de la « mer entre les terres » .
Les Romains lui avaient donné, non pas tout à fait la (( paix romaine )), mais un lambeau de cette paix, et pendant leur long règne ils imposèrent, malgré tout, plus de calme, plus d'unité qu'auparavant dans le Tell.
Les Vandales n'embarquèrent avec eux que leurs armes, d'Europe en Libye; mais leur barbarie était une barbarie simple, saine et franche, celle d'un jeune peuple en marche il ne savait jusqu'où, tandis que le Turc ne fut ici qu'une soldatesque au yatagan courbe : d*ailleurs le Vandale ne dépassa guère cent ans de séjour, et le Turc dépassa trois siècles.
Les Byzantins arrivèrent avec le renom de l'Empire, avec la politesse grecque, les arts brillants, la langue sereinement superbe, et, par malheur, avec un fîsc aussi scélérat que (telui des Romains : mais, dans son ignominie même, le collecteur grec fut plus paternel que le caissier du beglerbeg', trésorier Moloch qui durant o\A années tint d'une main la sacoche vide, et de l'autre main le sabre sanglant.
Les Arabes semblent avoir été funestes aux Atlantidiens (très exactement conmie les Romains aux Gaulois) en insérant sur l'arbre berbère, après déchirure, une greffe d'adultération : non plus que le Celte, le Maugrabin n'a porté les fruits auxquels la nature avait voué son être; mais aussi cette bouture étrangère n'était pas sans noble sève, puisque l'Arabe entra dans la Numidie, jeune, rapide et fîer, avec l'une des grandes langues et l'une des grandes religions de l'histoire. Le Turc, lui, n'y greffa rien : son sang, peu communiqué, ne dota l'Afrique du Nord que de quelques milliers ou dizaines de milliers de métis appelés Koulouglis; son idiome osmanli ne conquit pas la moindre province, ni la moindre peuplade, pas même une ville, ou même un quartier de ville. Venu pour tyranniser, c'est en arabe qu'il tyrannisa.
En une seule chose il guida l'Africain : passé maître en piraterie, il l'instruisit dans les arts du forban, en tout bien, tout honneur, contre le Chrétien détesté qui, certes, méritait de l'être, puisque ses injustices valurent de tout temps celles des Barbaresques. D'ailleurs la Chrétienté fournit aux corsaires quelques-uns de leurs maîtres pionniers et beaucoup de leurs meilleurs « lurons » d'abor-
i. Mot turc : le bey des beys ; le dey ou plutôt le pacha d'Alger.
dage : Grecs du littoral et des lies (t^nt d'Asie que d'Ëui-opej, llalieDB, Marseillais, Catalans, Espagnols, «■t jusqu'à des hommes du Nord. Ce fut, entre
autres, un Flamand qui leur apprit à construire, â cdté de leurs galères aptes à la Méditerranée, des vaisseaux capables de la grande mer, où l'un pou
— Dessin de P. Selfier, d'ipric une pholographie prbe t TlemMU p*r M. I^dr*.
lait courir sus aux Espagnols revenant d'Ami- 'Tique dans un galion chaîné d'or; et si bonnes furent ses leçons que les forbans d'Alger Unirent j>ar affronter même le haut Septentrion, jusqu'à
-l'Islande, lave glacée aussi voisine du Pôle boréal que du détroit tiède franchi par les hardis compagnons de Tarik le Berbère.
Deux corsaires, qui justement étaient des rené-
gais, les frères BarberousseS issus d*une ile grecque *, avaient fondé 1* a État Barbaresque » , et cet État resta pirate jusqu*à la fin, jusqu'en 1830, sous tous ses beglerbegs. L'Espagnol n'y put rien, qui banda toute sa force contre ces maudits.
Le roi très catholique, Charles-Quint, voulut extirper le Turc infidèle dès le moment même où Taîné des Barberousses l'implanta dans El-Djézaîr, en face du Pegnon castillan. Une belle flotte espagnole cingla vers la baie d'Alger; elle débarqua sa troupe sur le sable de Hussein-Dey, incroyablement fatal à l'Espagne; Diego de Vera commandait l'armée, qui fut battue, et dont les débris remontèrent à grand'peine sur l'escadre à moitié cassée par une tempête.
En 1518, nouvelle flotte espagnole; nouvelle armée, aux ordres de Hugo de Moncade : nouvelle déroute et nouvelle tempête.
En 1541 Charles-Quint fit un suprême effort. 11 était roi d'Espagne, roi des Deux-Siciles, empereur d'Allemagne avec toutes les possessions du Saint- Empire en France et dans les Pays-Bas, enfin souverain de l'Amérique. Ses armées, habituées à vaincre, avaient dans leurs rangs des capitaines de conquistadores; l'Allemand pesant y portait l'arquebuse à côté du Flamand, du Wallon colérique, du gai Bourguignon, du Franc-Comtois avisé, de l'agile Italien, du sobre Espagnol.
Une des plus fortes escadres que l'Espagne ait confiées à la mer (et non la moins malheureuse) mena le glorieux empereur à la funeste plage de Hussein-Dey : elle était faite de 516 bâtiments, dont 75 vaisseaux, avec 5S4 480 hommes et, parmi eux, Cortez, le héros de la « Noche triste »^, le conquérant de la iNouvelle-Espagne. — Équipement formidable, presque égal au convoi des navires français partis de Toulon en 1830.
Il arrive parfois que la saison saute brusquement et qu'une voûte à noires ondées ternit la blanche Afrique avant novembre ou décembre, quand ce qu'on nomme ici l'hiver se sépare de ce qu'on appelle l'automne et qui est réellement encore un été. Ce fut le cas en 1541.
Un amiral très illustre conduisait 1* «Invincible Armada » de Charles-Quint, qui devait être aussi vaincue que plus tard celle de Philippe IL Mais que pouvait-il, n'ayant que des voiles, et quoiqu'il fût
1. Leur nom musulman, leur surnom plutôt, était Kheircd-Din, le a Bien de la Religion 9.