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Le nom réel, le nom arabe, est Arcligoun

(1560 mètres). Aîn-Habalet, ainsi se nomme sa fontaine, s'échappe variablement de la pierre, suivant que le temps varie, tantôt en rivière, tantôt en ruisseau, tantôt en ruisselet, puis, quand l'été suspend la chute cadencée des gouttelettes dans le souterrain silence des spélonques du Nador, tout flot sèche à la gueule de la caverne et la Tafna porte sa source plus bas, dans une prairie. Normalement, la Fontaine Aïn-Habalet donne 60 litres par seconde.

De cette font la Tafna descend par un lit sauvage, en cascatelies, avec repos dans de petits gouffres, bleue dans un lit blanc d'incrustations calcaires, et d'un cours si bruyant, si brisé que les Arabes la nomment ici la Rivière de la Peur (Oued-bou-Khouf). Puis, plus tranquille, bien que se démenant encore, elle serpente dans le val de TAzaït, entre bois qui sont beaux; elle se marie à l'intarissable torrent de la tribu des Béni- Snous, au Tafrent, eau transparente qui naît du Toumzaït (1589 mètres) et coule dans de majestueuses chênaies.

Doublée du Tafrent, dont les deux t disent suffisamment que le pays appartient à des Berbères, la Tafna contracte en gorge son val de l'Azaîl. Au Kef on pourrait lui opposer un barrage, mais la réserve serait faible en raison de la pente de la vallée et de l'étroitesse du défilé.

C'est plus bas qu'il faudra ramasser les eaux d'orage de ces montagnes, à l'étranglement de Hammam-bou-Ghara, quand la rivière a reçu rOuerdefou de Lalla-Marnia et surtout la Mouila, moins française que marocaine.

Là, c'est 80 millions de mètres cubes qu'on amortira, si l'on veut, derrière un mur de 44 mètres de haut, pour l'arrosage de 60000 hectares; ou 60 millions seulement; ou, conformément à l'ambition la plus modeste, 16 millions en un lac de 280 hectares, contre une digue de 15 mètres voisine d'une source thermale sulfureuse à 50 degrés nommée Hammam-bou-Ghara.

Cette fontaine est ombragée de palmiers qui montrent comment quelques lieues de raboteuse descente ont suffi pour mener la Tafna du pays des neiges hivernales, des sapins, des chênes, dans une région chaude, très chaude, trop chaude car la vallée inférieure du fleuve souffre durement de la torridité : quatre années mauvaises contre une seule bonne année, tel est ici, par pauvreté d'eau, par opulence de soleil, le cycle de famine et d'abondance, parmi les alluvions superbes. C'est ainsi que le Dieu fécond darde en stérilité sur

des terres qui sont parmi les meilleures do l'Afrique iiiaba-bei'béro'française.

Du Hammam-bou-Ghara jusqu'aux sables racligouiiieiis, la TaHia ne ti'iuniplie pas aisément de la iiionlagiK!. que tortueusement elle péuèti-e après avoir reçu i'Isser.

Le djêbel des Trara, qui prolonge U- Tessala vers le djebel marocain des Béni-Snasseii. lui oppose des chaînons parallèles, mais, d' effort en eiTort, elle aperçoit enAn la mer, dont elle monta, où elle retombe.

La Tafna se dislingue essentiellement des autres

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rivières de l'Oranie. Les brandies do l'Habra, la Hiiia, rOued-el-Abd, ont pour earaclêiistique une singulière uniFormité de régime; leur volume d'biver l'emporte de peu sur leur volume d'été, et, si l'on peut dii'e d'euv qu'ils sont oueds d'eau rai-e, il Taul ajouter qu'ils sont d'eau constante.

Bien plus irrègulière est la Tafna, de même que son grand affluetit, I'Isser Occidental. La Tafna d'hiver, que la Mouila et I'Isser acciuissent rori, peut rouler pendant des semaines plusieurs mêtivs cubes par seconde, mais la Tafna d'été, que I'Isser n'alteini pas, se réduit à quelque 650 litres; les crues ordinaires vont à 80 mètres cubes, les

extraordinaires vont à ÔOO, 400 mètres, el même peuvent éliv « inunenses i< — it suffit d'une lubîe des venis. — On évalue son débit normal à 1200 lilres.

La Houila, c'est-à-dire la Salée, rivière amère en effet et, comme telle, bordée des tamaris amis du flot saumâtre, n'appartient â la France que par son ruban d'eau vive, à partir de son ras-el-aioun; ses secs tril>ulain>s du mont des Béni-Snassen et de la plaine des .\ngqd sont entièrement ou partiellement marocains : ainsi te Bou-Naïm, qui s'appelle en son cours moyen t'Oued-lsly et qui fut témoin de la grande défaite de l'empereur du Maroc.

.Vée du Ilas-Mouila, devant un coteau de 4!2iniè-tri's, elle reçoit l'Ouerdefou, qui baigne la plaine uù Lallu-Marnia fut le Numerus Syrurum des Itu-

mains, ce qui l'evienl à dire le lieu où campait l'escadron des Syriens.

250 litres en'étiage, 800 en eaux oïdinaires. 50 mètres cubes on rrue noimalc, 200 à 2ïi0 en crue exceptionnelle, tel esl le tableau des inconstances de la Mouila; son bassin, exaclement égal à celui du Sig, couvre 512500 lioctares.

8» L'Isser Occidental: El-Onrit; Tlemcen.— L'Is-ser Occidental, torrent sinueui, a 350000 hectares de bassin et 100 kilomètres jusfju'à l'Aîn-Isser, 125 jusqu'à la fontaine première du t^houli, très jolie riviérette de toute transparence qui coule des mêmes monts que la Tafna et que le Méfrouch.

Aucune rivière d'Algérie ne boit plus de sources fraîches que le haut Isser, et la bourgade au pro-

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lïOS. COLONIES

ciluin voisinage de laquelle commence le cours inrérieur, Lamoricièro, dispose d'autant d'eau que TIemcen même, qui est pourtant « la ville des deux mille romaines ».

Aîn-Isser, tâte de Tisser, verse 70 lili'es pai- seconde, non loin de rAîn-Sidi-Brahiui, qui a de l'abondance. A 6 kilomètres de Lamoricière, qui fut grande aux temps romains sous le nom d'AItiiva, l'Aïn-Sullan fuit de la roche avec 48 litres.

En aval et non loin de Lamoricière, une cascade de 13 niêli-es jette l'Isser en un val terreux, où il se souille: ni le clair Oued-Oliouli, grossi de lu source de la L'rcssonnelte (80 lilivs). ni l'Ain- Tellout, fontdefiOà 175 litres, ni maintes fontaines dans les ravins des Ouled-Alidelli, ne lui rendent

sa glorieuse lucidité d'amonl. L'obslacle du Tessala-Trara l'incline du nord-est à l'ouest, devant le chaînon de Tekbalet que veine le meneilleux onyx translucide, marbre diversicoloi'p '. L'Isser a de portée ordinaire 750 litres par seconde, l'étiage étant de 200, les crues de 00 à 80 mèlres cubes. Il reçoit un oued du nom de Saf-Saf, qui s'effondre par les cascades d'EI-Ourit.

Des terres rougeâtres d'une vallée paisible que de puissantes croupes domineni à l'horixoti, le Saf- Saf, venu des IVoids vallons de Terni sous le nom deMérrouch, bondit d'abord en sauts rapides sur un petit plateau où il repose un instant. Puis le sol se dérobe encore et, d'une roche élevée, le Mèfrouch glisse dans la trame d'un tissu de vcr'dure; des

- Dessin d'A. de Ikir,

le phutugriphic de U, l'edm.

franges de cette draperie qui tremble avec les brillants lilets de la cascade, l'eau goutte pIutAl qu'elle ne tombe au pied de la merveilleuse tenture. C'est lii le « saut mortel i), la chute la plus haute, mais ce n'est pas la dernière : du bassin qu'elle remplit de ses iiiisseaux d'argent jusqu'au pont de la route de TIemcen à Lamoricière, le lorivnt plonge encore, de cascade en cascade. Sui' ces cataractes, qui toutes ensemble ont peut-éire 1500 pieds de haut', sur les gouffres où l'eau folle s'endort un moment dans des vasques pi'ofondes, les chevelures; de lianes, les touffes de buissons, tes flguiers, de grands arbi'es, se penchent sur la somnolence ou sur le fracas des flots. D'innnenses rocs rougeàlres, droits comme des murs, regardent ce site idéalement beau.

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