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Gouffre. En même temps ils bâtissaient une ville capitale, une Babylone, à l'endroit dit aujourd'hui Khadra. Mais c'était avant que le Loué, le Prophète, Mahomet, eût prêché le Vrai Dieu. Ces creuseurs, ces tailleurs de pierre, ces maçons, ces caravaniers étaient des idolâtres. Allah frappa donc souverainement les outrecuidants qui ne se réclamaient pas de son nom, le seul invocable au monde ; il détruisit la Cité Verte*, les chameaux et leurs conducteurs périrent à côté des outres crevées, et quand le dernier des fossoyeurs mourut — car, au lieu de trouer en mer la terre, ils avaient pioché leur fosse, — il ne laissait après lui que la tranchée du Chott, et pas une goutte d'eau dans le bas-fond.
Le Chott de l'Orient est double comme celui de l'Occident ; une langue de terre le coupe en deux près de ce Kreider où jaillit une si belle source, à côté d'une gare du chemin de fer d'Arzeu à Aïn- Séfra, ligne qui s'enfoncera vaillamment, de plus en plus chaque année, dans le Grand Sud, jusqu'à Tombouctou, sur ce fleuve Niger où se noieraient à la fois tous les oueds de notre Berbérie d'entre Gabès et Nemours.
II. Le Steppe algérien : les monts des Ksours, l'Amour, les Zahrôs. — Des chotts de la Lande oranaise, comme de ceux de la Lande algérienne, on monte au sud, le long des sillons presque effacés du plateau, en suivant des oueds secs sur des marnes grises, sol dur et salé frappé du pied par la gazelle que les hommes de grande tente, autrement dit les seigneurs arabes, chassent à l'aide du haut lévrier slougui ; ils courent aussi l'outarde et le lièvre, comme les couraient nos anciens nobles, avec un fauconnier ayant au poing son faucon.
En montant ces oueds on arrive, à force de s'élever avec le sol, à de vraies vallées, voire à des gorges, et aussi h de vrais ruisseaux. On voit ici le torrent, en bas si vain que les puits creusés dans son lit ne donnent pas toujours de l'eau, rouler rapidement des flots sur la roche.
Et ces flots sont clairs; ils ne doivent rien à l'orage, tout aux fontaines de la « sierra ».
On entre, là où les oueds murmurent, dans la montagne terminale de l'Atlas, celle qui finit le grand bloc de Tell et Plateau. Le Sahara commence au delà de ces monts, et il ne s'achève qu'à cinq cenis lieues au midi,