Désert de Sidi-Aïssa
Et si le climat de la Lande se mouillait assez pour que tous ses oueds fussent à pleins bords en toute saison, autant qu'ils coulèrent dans un autre âge de la terre, ou peut-être un autre âge de l'homme, les lagunes des Zahrez, communiquant entre elles, verseraient leur excès dans le Hodna ; celui-ci, gonflant en lac alpestre, monterait jusqu'au col qui mène de son bassin dans la plaine des Zibans; un grand fleuve passerait devant Biskara, et les lagunes de la dépression franco-tunisienne cesseraient d'être des marais misérables. Mais justement la nature semble plutôt travailler âprement à sécher à jamais l'Atlas qu'à l'envelopper de pluie bienfaisante, et nous ne verrons jamais ces merveilles, ni nous, ni nos prochains descendants après nous.
Lac du Hodna ou de la Hodna; ou lac de Msila, d'après une ville délabrée sise à cinq ou six lieues de sa rive septentrionale; ou lac Heureux, lac du Bonheurs on ne sait pourquoi. Rome l'avait plus sensément nommé les Salines — Salinae tubonenses. Salines tuboniennes, d'après une ville à eux, notre Tobna, qui est à la môme distance que Msila, cinq ou six lieues, de la pointe orientale du Chott. Le Hodna ne peut être doux à boire quand tant de montagnes, et si hautes, l'isolent de la source éternelle des pluies.
Bien qu'à 430 kilomètres tout au plus de la mer la moins éloignée, qui déferle sur la plage du golfe de Bougie, trois forts djebels lui cachent la Méditerranée :
Il y a d'abord les Monts Hodnéens, chaîne çà et là sylvestre encore, dont les maîtres pics dépassent 1500, 1600, 1800 mètres' et portent en hiver des tiares de neige.
Puis, derrière les Monts Hodnéens, s'étend la plaine de la Medjana, magnifiquement féconde si l'eau du ciel y ruisselait souvent, mais son dôme d'azur et d'éblouissant soleil est criminellement avai'e et les moissons y sèchent souvent*, faute d'eau sur un plateau de climat tellement continental qu'on peut y voir le mois de mai geler ou brûler les épis suivant la nature froide ou chaude de l'année, et que mainte fois le voyageur parti d'une France printanière trouve ici la neige, non seulement sur le mont, mais aussi de mont à mont sur toute la plaine.