‹ La France et ses coloniesChapitre 136 sur 283 · LE SAHARA · texte numérisé non relu

LE SAHARA

I. L'impIuTiositâ. — Pai' <lt>lù k's montagnes qui bordL'nl au midi lo liuul plnti^au dvs Stepp<>s, sï'Iend le Sahara, liirg.' de 2000 kilomètres, entiv l'Atlas et le pays des Noii's. ;\rrt'lée par les dji'bfis duNord, ta pluie n'y viunt pas non plus de l'Ouest, ijuel<iuc iinniensilé de mer que l'Atlantique agile sur son rivage, entre les derniers caps marocains et les dunes du fleuve Sénégal : de ce <;àté. les venta du Gouffre sont stériles.

IiPS baleines de t'Est, soufflées par l'aride plateau de l'Asie, l'Arabie et le Sahara lui-même, ne sont piis moins sèches.

Kiifin le vent du Sud, le lerrilile guébli, pèiv des tourbillons de sable, est un vent continental également infécond.

Aussi pleut-il extrêmement pi>u dans le Sahara : sur Biskara, plus humide pourtant que ta plupart des lieux du Itésert, l'an 1880 n'a voi-sé que H^ milJimùtrcs et demi d'eau a zénithale ».

Vuilii pourquoi le Sahara fiançais, bien que compris entre le 35* et le 50* degré, à 10 degi-és au plus de la zone fraîche, est une des fouinaises, ou, comme disent les Espagnols, une des poêles de l'univei-s. Si la moyenne y dépasse peu 21.23, 23 degr'és, c'est qu'il y a des nuits froides, et même au-dessous de zéro; les journéis, elles sont terribles : on a vu 5(> degrés à l'ombre (?1) à 'fouggourt ; et cela dans une oasis où le mercure pput descendre à — 8 degivs. L'excès de la chaleur, l'intensité de la réverbéra lion, le vol du sable, amènent avec eux leur cortège habituel de maux : avant tout, les maladies d'yeux; mais en somme le climat, vu sa sécheresse, est très salubre, e\cepté dans tes oasis <iii le Ilot d'eau qui pourrait baigner des palmiers dort en marais par la paresse des jardiniers du Désert.

Pareil au Steppe, le Sahara vaut mieux que sou piemicr aspect.

Avec deux gouttes d'onde ou y fait fleurir des paradis sur le sable ou la pierre qui cache le noir scorpion — paradis surtout par l'enfer qui les environne. Or les sources de 50, de 100, de 200 litres et plus par seconde, faites de pluies qu'engouffrent le calcaire et la craie de TAIlas, sont fort nombreuses, du moins dans le Sahara de (^onstantine, à Touest et à Test de Biskara : Taïn d'où sort la rivière de Mélilli, dans le Zab Occidental, donne bien 800 litres par seconde ', et l'on estime h nii mètres cubes par minute ou 2755 litres par seconde le flot que versent ensemble les fontaines des Ziban, c'est-à-dire des divers Zab.

Ce n'est pas tout encore.

Des puits artésiens diligemment forés par la France ont fait jaillir de petites rivières : grâce il eux, des jardins flétris reverdissent, des oasis mortes renaissent au bord des ruisseaux enfantés par la sonde, des oasis nouvelles s'enorgueillissent de leurs jeunes tiges, et chaque année un peu du Grand Désert entre sous l'ombre légère des palmes.

II. Foum-es-Sahara. — lu homme qui part de Paris le jeudi peut. le dimanche, voir les dattiers de Biskara, ville du Grand Désert. Débarquant à Philippeville, cet homme monte à l'orgueilleuse Cirhi, par un convoi lent, car les pentes sont dures, puis, par des pentes moindres à Batna, sur de tristes plateaux qui ne sont point beaux, qui ne le seront jamais : leurs oueds sont taris, leurs lacs sont salés, leui*s monts sont chauves ; mais, dès avant Batna, l'Aurès monte dans le ciel, la nature grandit.

Quand on a laissé derrière soi celte ville, on atteint un col de HOO mètres par où soufflent les vents du midi qui fatiguent la campagne balnéenne; puis le train court en grondant vers ce grand, ce vrai Sud dont les enfants méprisent souverainement ce qu'ils nomment la brumeuse Alger ou la nuageuse Oran ou la pluvieuse Tunis. Il court en corniche, en tunnels, sur précipices, dans ies.gorges d'un oued sauvage, qui est aurasien par son cours supérieur, saharien par son lit inférieur; il descend avec lui jusqu'à l'antique Talon d'Hercule (Calceus Hcrculis), qui est l'illustre Ël-Kantara, propriétaire de 20000 palmiers : roches ardentes du Mont Gaous et du Mont Essor, eaux vives, ciel magique, éventail des palmes, voix d'un torrent, cette oasis a la beauté parfaite. Là, près d'un pont romain d'une arche dominant de 45 pieds les galets de l'oued, la gorge s'élargit.

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