‹ La France et ses coloniesChapitre 143 sur 283 · Littéralement : ouïes ou marmites · texte numérisé non relu

Littéralement : ouïes ou marmites

:\ Un cassard, ou une cassotte, est une petite flaque d'eau dans mie ornière, un creux, une empreinte de pied do bœuf ou de cheval.

ment « infime )>, descend à 21 mètres au-dessous du niveau de la Syrte. Un dos de pierre et aussi de sable, avec oasis « incomparables », le fameux Djérid, l'empêche de confondre sa saline avec celle du Chott-el-Faraoun.

Djérid, ce n'est pas le nom entier, mais seulement le second tenue de l'expression Blad-el- Djérid, ou Pays des Palmes, titre qu'aucun des « Jardins du Désert » ne mérite plus, ni peut-êcre autant. Là sont les oasis sans rivales, domaine de200U0 à 25000 hommes', Nefla, Tozer, El- Ouidan, avec leurs rivières tièdes dont les aïoun son! une onde immortellement surgissante, que déjà les Romains guidaient vers le pied des palmiei*s. 700 000 dattiers, un tiers à Tozer, un quart, sinon un autre tiers à Nefta, s'abreuvent à ce ruissellement, qui souvent fume, quand l'échu du canal d'arrosage est plus chaude que l'air du Sahara. El- Ouidan se sert à 45 sources; Tozer en possédait 155, dont quelques-unes se sont éteintes, bien moins par la faute de la nature que par l'indolence des hommes.

Tandis que le Sahara méridional, cessant d'être Siiliara, devient, dit-on, lentement Soudan par le progrès des pluies tropicales vers le nord, le Sahara septentrional devient, lentement aussi, de plus en plus Sahara.

La cause en est à la diminution des pluies, pénurie dont le Numide, le Gétule et le Garamante furent sans doute les premiers auteui*s, par la coupe, l'arrachement, l'incendie des forêts; puis ce furent les Arabes, peuple qui a la fonction d'étendre le pastoral par la ruine des sylves, et, à force de détruire les arbres, de détruire aussi la pAlure à mesure que l'ondée se fait rare, la source plus humble et de plus bas niveau.

11 est donc naturel que des fontaines du Djérid diminuent, et que d'autres sèchent tout à fait, par suile de la croissante sérénité des cieux.

Mais surtout la plupart des « sorgues » et « sorguettes » djéridiennes tarissent, au pied de leurs talus de sable, parce que l'oasien ne maintient pas cps talus, et que les versants s'écroulent, qu'ils bouchent l'œil de la fontaine; alors le dattier languit, il meurt.

Et l'oasis diminue, ou disparaît : si l'aïn aveuglé jaillissait à la lisière du boîs des palmes, la palmeraie se rétrécit', s'il jaillissait dans l'intérieur, tout sèqhe autour de la sotjrce abolie, les dattiers.

1 . Bien moins que jadis : on prétend que la seule Tozer eut jusqu'à 100000 âmes dans son oasis de 900 liectare^.

les orangers, les figuiers, les feuilles et les fruits, les orges et les grains ; le sol pierreux redevient pierre aride, le sol de sable se désagrège au vent et le jardin n'est plus qu'un passage de dunes. Ainsi, pour avoir laissé des grains d'arène tomber dans le cristal de la fontaine, l'oasien perd son oasis; comme Ie« Sahariens perdent leur Sahara parce qu'ils ne le plantent pas des arbres qu*il comporte et que les grès des hamadas, s'effritanl aux vents, se transforment en dune roulante.

D'où vient la veine d'eau qui s'épanouit dans le Djérid par trois cents fontaines? Elle arrive souterrainement des horizons du Nord, du Steppe mêlé de monts, de tout le pays au sud de Tébessa. A lui seul, le Djérid, qui est fort petit, ne pourrait émettre que de très modestes fontanelles, une goutte par-ci, une goutte par-là, de quoi mouiller quelques carreaux de jardin.

Entre autres torrents, cette veine reporte au jour l'oued qui commence près de Fériana, la Thelepte des Ronlains^ descend à Gafsa, devient la rivière aux Tamarins*, puis déroule son sillon sec vers le Chott-el-Gharsa. Gafsa, la Kapaz des Puniques et la Capsa des Latins, est une cité très antique, de celles que les Arabes nomment les mères du monde; à o20 mètres d'altitude, des palmiers et des oliviers l'entourent, buvant à des sources tépides où des serpents noire, des poissons, des tortues frôlent en nageant les murailles de bassins romains.

Le lac de Pharaon', ou lac du Djérid*, dépasse en ampleur le Melrir et le Gharsa qui réverbèrent à l'ouest, et le Cliott-el-Fedjedje qui se prolonge en pointe à l'est jusque dans le voisinage des oasis de Gabès. Non pareil à ce Melrir, à ce Gharsa plus bas que le niveau de Tonde « universelle », il dépasse le miroir des mers; leFedjedje également. Ayant à son côté « polaire )) le Djérid, c'est-à-dire la Palmeraie, et la lande pierreuse de Gafsa, il touche presque, par sa rive « équatoriale )), à l'Areg ou Erg, au monstrueux entassement de dunes où monte et dévale un sentier du Désert, cheminement pénible en une sécheresse odieuse, avec quelques trous d'eau dans le saille. On la boit, cette eau, sans elle on mourrait; mais elle est chaude, elle est chimique, elle pue. Ainsi va la caravane, jusqu'à la très saharienne Ghadamès, la Kydamos an-

1. Les ruines de Thelepte ne sont pas à Feriana même, mais à faible distance, autour d'ime grande source. '2. Oued-Tarfaou

Page 1