Les nomades avoisinants compris
Ces grands noms ont fait la passagère fortune de cette idée.
Noms bien hyperboliques, car, avec ses 800000 hectares, la soi-disant a mer » serait au Sahara ce que la sebkha des Oranais est au Tell d'Oran, ce que le lac de Genève est aux Alpes réunies de Suisse et de France, ou le lac Supérieur aux Etats- Unis et à la Puissance du Canada; et par la minceur de sa lame, cette « mer b ressemblerait au lac d'Oran plus qu'au Léman et qu'au Supérieur. Au heu d'un flot vivant, puissant, bruyant, passionné, salutaire, il était à craindre qu'on ne fit une mare méphitique en lutte perpétuelle avec un climat flamboyant.
Encore si l'évaporation livrant au soleil les plages maremmatiques fouettait de pluies TAurès altéré I Mais l'air du Sahara dévore lui-même ses nuages; pareils à la gara du littoral péinivien, ils ne se résolvent point en ondées. Dans le Grand Désert les plantes meurent faute de pluie au bord même de l'Atlantique; et sur la rive méditerranéenne, près des lieux où aurait puisé le canal, il n'y a pas une prairie, pas une rivière, pas une fontaine, pas un arbre.
Avec ce qu'aurait englouti d'or la « mer » proposée, l'on planterait assez de forêts, on barrerait assez d'oueds, on ravirait aux profondeurs du sol assez d'eau jaillissante, on bâtirait assez de citernes, on féconderait assez de palmiers et de cotonniers pour régénérer le Sahara français et conduire de proche en proche les garnisons de Touggourt, d'Ouargla, d'El-Goléa dans un fort baigné du Niger.
Aurait-on même pu remplir cette mer à moins de donner au canal de la prise d'eau les dimensions d'un fleuve? C'est par milliards de mètres cubes annuellement' que le ciel eût attiré à lui les eaux répandues sur les 800000 hectares, et par milliards que le canal eût dû les prendre à la mer pour les porter au lac. Suivant leur confiance ou leur défiance, les calculateurs estimaient à huit ou dix ans, ou à vingt, ou à trente et quarante, le temps nécessaire à l'achèvement de cette Méditerranée incessamment consumée par en haut. Plusieurs avaient proclamé qu'on ne la remplirait jamais; d'autres avaient montré que, puisant jour et nuit, sans arrêt, à l'urne des sels marins, que, perdant toujours et toujours l'eau par évaporation, elle croîtrait indéfiniment en sel, jusqu'à s'en combler
i . A raison de 39 millions de métrés cubes par jour, soit par an plus de 14 milliards : donc, rien que pour contrebalancer l'évaporation, le canal aurait dû conduire 451 mé' tre<s cubes par seconde, presque l'étiage du Rhône.
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NOS COtOSIES
d'outre en outre; d'aiilros avaient prédit les fièvres qui naîtraient du luêlange de l'eau douce des crues, de l'oau salée des mers; enfin, d'autres avaient compté les palmiers que noierait l'immersion de la conque.
1,'idée ne méritait pas de vivre.
Fausse et ftineste. elle est morte, heureusement pour l'Arrique Française.
Vili. L'Oaed-Soot. — Au midi du Meirir, qui s'avance en longs tentacules, l'Oued-Souf est une oasis très durement traitée par la mère nature.
Il comprend sept villages et trois villes, dont une, bien plus grande que les deux autres, a pour nom El-Oued.
Ville Tort singulière. El-Oued a mille maisons dont un homme en levant la main atteint aisément
Vue det jardii» du S<
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'iprès une photi^raphle.
le fronton : elles ont deux mètres de haut jusqu'à la naissance des coupoles (car, semblables i l'église byzantinc.de Saint-Front, Ji Périgueux, elles se renflentâ leurcime en koubl>as au nombre de trois ou quatre). Peu d'entre elles ont 50 mètres cubes d'air à la disposition du maître, qui n'y peut entrer sans se courber, fùl-il des plus petits. Obscures, elles ne reçoivent le jour que par celte porte basse et par le trou d'où la fumée sort.
Point d'eau courante dans le Souf; point de fontaines lièdes ainsi qu'en Djérid, de font.iines froides
ainsi qu'en Nefzaoua. Ses 180000 palmiers croissent dans des creux de la dune et. pour ainsi dire, dans des puits du sable; ils vivent de l'humidité que leurs racines vont puiser sous terre, au lent passage des eaux invisibles.
L'un des grands travaux des hommes du SouF est de maintenir vides ces puits, ces entonnoirs dans la dune, d'empâcher le sable des talus de rouler au fond du trou, dont la profondaur, rare ment inférieure à 1« ou 20 pieds, va parfois à 30 et 55 ou 40; il faut aussi lutter contre l'èpsrpiN
k'itirnt de )a crëlp sous \e souDIc dps vents, qui auraient bientôt fait de combler le bas-fond en enfouissant les palmiers jusqu'à la cime de leurs palmes; it cela ils pourvoient par des haies de branches ' et des margelles de pierres non cimentées. C'est un combat de tous les jours.
Des Arabes mâles de sang berbère et de sang noir, trente mille hommes, divisés en Adouan et en
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Troud, habitent cetarchipeldela merdes Aregs;ils y cultivent la palme, ils paissent leurs moutons à l'entour, souvent très loin, quand la dune a reverdi ; beaucoup s'en vont, à la limousine, vers les villes d'Algérie, de Tunisie : non point dos Troud, mais des Adouan, ceux-ci autochtones par rapport aui conquérants Troud, venus ici vers la fm duquinzième siècle Dans cet air chargé de sable fin. très nombreux
Tooggourl :
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9 (va;, p. i30). — Denln de T>Tlor, i
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sont les aveugles, les borgnes, les hommes aux yeux rouges, éraillés.
Faut-il croire ou ne pas croire d'un pareil pays que son vrai nom, son nom d'autrefois, c'est Oued- Izouf, la Rivière Murmurante? ii Jadis, content les Souafa. nous avions un grand oued qui coulait du nord au raidi ; les Roumi, fuyant devant les conquérants arabes, l'ont enfermé sous terre. Eux seuls pourront le ramener au jour. «
. Naturellement, ce sont iex branches de palniie
L'oued enterré que les chrétiens ressuscitent à cette heure n'est pas celui du Souf.
C'est celui du llir, à l'ouest du Souf. et parallèlement h lui, droit au méridlon de Biskara.
IX. L'Oaed-Rir. — Au midi du « Paris des Ziban », l'on traverse lOued-Djédi, la rivière vers laquelle se dirige l'Oued-Biskara, que reforment, â Tahir-Itashou, des fontaines donnant 600 litres par seconde (?) — on franchit plutAt son lit, car
l'Oued-Djédi, fils du Djébel-Amour, n'arrive que rarement au Heirir.
Au sud de l'Oued-Djédi se suivent, à l'avenue de la route du Soudan, les oasis de TOued-Rir, toutes situées dans un bas-fond continuant un long fleuve desséché qui vient du Sahara central, Tlgharghar, dont pour nous l'importance est grande. Rempli jadis, au temps du Sahara pluvieux, par cet Igharghar, rOued-Rir n'a point perdu tout passage des eaux, mais c'est lentement, silencieusement, invisiblement qu'elles coulent, à diverses profondeurs sous le sol, surtout à 70-75 mètres.
Elles viennent, ces eaux ténébreuses, non pas du sud, des pertes de l'igharghar, mais du nord, de l'infiltration des oueds descendus de l'Atlas méridional. Cette veine artésienne a 130 kilomètres de long sur 4 à 14 de large.
Ce bras de la a Mer sous terre », comme disent les Déserticoles, on l'élève à la lumière par des forages, ou il y vient de lui-même par des puits jaillissants ou par des bahars (étangs).
La France peut se vanter d'avoir conquis deux fois rOued-Rir : par les armes en 1854 ; et depuis 1856 par des fontaines de 20, 50, 60 et jusqu'à 80 et 100 litres par seconde prises par la sonde au flot d'un petit fleuve souterrain. Avant nous, les Indigènes creusaient aussi des puits, qui ne valaient pas les nôtres; mal encoffrés, avec du palmier, bois de décadence rapide, ils s'effondraient, s'ensablaient et souvent tarissaient au bout de dix à quinze ans, si bien qu'à notre arrivée les dattiers mouraient, les oasis se resserraient. Maintenant, grâce aux jets dus à nos sondeurs, près de ces nouvelles sources que les habitants du Rir ont nommées de beaux noms, tels que Fontaine de la Paix et Fontaine de la Rénédiction, les jardins d'antan refleurissent.
Les Rouara — on appelle ainsi les hommes de ces bas-fonds — ont du sang berbère, du sang arabe, du sang juif; mais avant tout ils sont de sang nègre, comme il faut à des gens qui vivent dans l'évaporation des eaux traînantes, sous un astre de flamme et presque au niveau de la mer. La capitale de cette forêt de palmiers incessamment accrue, Touggourt, ville de terre dont on a comblé les fossés pestilentiels, a 170 000 palmiers dans son oasis, à 79 mètres d'altitude. Riche, sahariennement parlant, les Arabes l'ont surnommée le (( ventre du Désert », de ce qu'on trouve à ses marchés tout ce qui flatte le palais non blasé du Saharacole.
Quand la France creusa son premier puits dans
rOued-Rir, il n'y avait que 6000 habitants sur ce bas-fond, et ils se voyaient perdus, chaque année plus misérables devant des aïoun tarissants. Aujourd'hui qu'elle en a foré 120, à côté des 500 puits des Indigènes, les Rouara se montent à 13000, et le nombre des palmiers a doublé; 4 à 5 mètres cubes d'eau par seconde les abreuvent, et ces 4000 à 5000 litres n'épuisent pas le fleuve enfoui qui est pour l'Oued-Rir ce qu'est le Nil pour l'Egypte, le principe même et la loi de la vie. De nouveaux jets artésiens s'ajouteront aux 120 trous de sonde des Français, aux 500 jaillissements conquis au péril de leur vie, panier de sable après panier de sable, par les puisatiers du Désert. On peut espérer sans outrecuidance que 10 mètres cubes y jailliront un jour de la profondeur : alors le « fleuve )) évoqué d'en bas coulera par mille et mille canaux sous 1800000 palmiers.
Près de Touggourt S une oasis de marabouts, de prédicants, Temassin, envoie des missionnaires au loin, dans le Tell, le Sahara, le Soudan, jusqu'à notre fleuve Sénégal. Peu après, l'oasis d'El-Goug marque la fin de l'Oued-Rir en même temps que le commencement de l'igharghar et celui de TOued- Mia, les deux fleuves de jadis qui confondent ici leur sillon.
Ces deux sillons nous mèneront au pays des Noirs.
Secs à leur surface, ils n'en sont pas moins des « lignes d'eau » ; et si leur lit ne roule que du sable, par le pouvoir du vent, à travers des encombrements de dunes, les puits qu'on y creuse témoignent du passage obscur de l'onde, fille des orages qui se déchaînent parfois avec une violence terrible sur les djebels du Sahara central. — Mais, par très grande infortune, parfois n'est pas ici souventefois. Rarissime est la pluie. On dit même que dix ans, douze ans peuvent passer en toute sérénité sur maint vaste canton des Touareg sans qu'une seule grande crevaison de nuée réveille un jour, une heure, ou seulement une minute, la vie des torrents défunts.
X. L'igharghar, fleuve d'antan. — Nous tenions de l'aveugle destinée, qui ne sait point choisir, un pays a sans bornes ». De lac en lac, de cascade en cascade, puis d'île glacée en île glacée, il nous aurait menés jusqu'au mystère du Pôle boréal d'Amérique.