A 13 kilomètres vers le Sud
ALGÉRIE
Nous perdîmes en 1759 ce grand chemin du Pôle, ces lacs, ces « niagaras », ces rapides, et les forêts qui se prolongent par les prairies froides, et les steppes qui s*enfuient, de plus en plus durs et barbares, de mousse en mousse, jusqu'à la glace paléocrystique des mers*.
Hais f 830 nous ouvrit la grand'route d'un pays contraire, tendant à TÉquateur, et plus brûlant encore que la ligne ronde où tous les jours égalent en duiée toutes les nuits — route sans forêts, sans lacs, sans rivières, même sans luisseaux, à travers les granits, les basaltes, les craies, les grès, les sables sonores, « chantant » d*un chant vague, mystérieux, qui semble lointain, quand la dune s éboule, de son propre poids, ou par l'effort du vent, ou sous les pas des chameaux.
Ces deux chemins sont terribles : celui du Pôle américain dans le désert boréal, sous 45 à 50 degrés de fioid, par les tanières de Tours gris, puis par la banquise de Tours blanc ; celui de TOutre- Sahara dans le désert de Tembrasement, sous 45 u 50 degrés de chaleur à Tombre, 60 à 70 au soleil, à la réverbération de la pierre des monts, à celle de Tarène des dunes qui naissent incessamment de la pulvérisation des grès, des gypses, des argiles, puis qui marchent en avant, en arrière, de côté, ou s'arrêtent, selon que le vent les pousse ou que les racines des herbes les fixent. .
Mais la route du « Grand Nord » se perd dans le néant des entours du Pôle; qui Ta prise travaille en vain. Tandis que la route du « Grand Sud » iinit dans l'opulence du Soudan.
Le plus long, le plus large des deux fleuves niorU», TIgharghar, double ou triple en longueur le Cliéliff. On évalue son bassin à plus de 80 millions d'hectares, soit dix-huit fois la conque du bourbeux torrent d'Orléansville.
C'est la voie normale vers le Soudan du centre, à travers le Sahara central, presque aussi loin des vagues de l'Atlantique à l'ouest, que du Nil et de la Mer Rouge à Test. Entre ces deux eaux, celle d'occident tiède, presque fraîche, celle d'orient presque chaude, le Sahara, c'est-à-dire, suivant le sens du mot, la « plaine vaste et déserte' )ù a 5000 kilomètres de long sur 1500 kilomètres d'ampleur moyenne, à des altitudes inimiment variables' dont il se peut que la résultante soit une surrection de 350 mètres.
1. Si, pal' hasard, il y a réellement des mer:» paléocrystiques.
"1. Cette élvinologie n'est pas certaine. 3 De — 31 à -f 2r»00 mètres.
1250 lieues sur 375, c'est donc là une contrée immense, estimée à 620 millions d'hectares^ Quand on lui ajoute, au septentrion la zone de demi-culture du pied de l'Atlas, au méridion les pâturages et les vallées arables, habitables, à demi pluvieuses des confins, du Soudan, on l'élève, la Tripolitaine comprise, à 815 millions d'hectares'.
D'après le peu qu'on sait de ce Sud « éminent », ces 8150 000 kilomètres carrés se diviseraient comme suit :
Oasis et cultures
Pâtures, steppes
Sables, aregs
Djebels
Hamadas ou plateaux de pierres
200 000 kil. car.
Soit : pour le demi-Désert, 170 millions d'hectares; et pour le Désert, 645 millions.
Avec 400 000 Déserticoles ; 500 000 peut-être — disons 500000 au plus.
Donc, TIgharghar est le grand sentier vers le Soudan central.
Lorsqu'on a dépassé le « filet » de ses ravins supérieui^, on descend, à son choix, au sud-ouest vers le fleuve du Niger, ou au sud-est vers la lagune Tchad.
Son nom môme, mot berbère qui veut dire le Courant bruyant, nous reporte vers un Sahara aiitérieur, qui fut boisé, comme des troncs fossiles nous le prouvent.
Dans les clairières de ses bois, parmi les herbes, lé bœuf ruminait, songeant aux hideux lézards cuirassés embourbés dans le fleuve; le rhinocéros paissait, Téléphant tordait et déracinait les arbres : toutes bêtes disparues avec la sylve, la pluie, Teau, la rivière ; moins le crocodile, dont on a surpris quelques traces au long d'un « affluent » de TIgharghar, autour du « lac » Miharo, pauvre flaque distendue en étang par les orages, puis rétrécie et divisée en trous d'eau par le soleil saharien, éternelle fête du jour.
La gazelle qui bondit de la dune à la dune, là où quelques gazons, quelques arbustes sortent du sable des gassis^; l'autruche qui, s'aidant des ailerons, court presque aussi vite que l'oiseau vole; le chameau, le fenec ou renard des sables, la vipère cornue, et maints petits animaux, c'est aujourd'hui toute la vie du Désert.