Quinze fois l'étendue de la France
5. L'entre-deux des dunes; ce que nous appelons en France, cbez le Landais, la lède.
KOS COLOSIES
En remontant l'I^liarghar, on trouve lanUt des berges bien dessinées, éloignées l'une de l'autre de 1000. de 2000, de 10 OOO mètres (tant cet oued fut grand!), et tantAt un chaos d'argile, de terre, de sable, où disparait le lit du n fleuve » pour se recreuser bientôt après en forme normale. Ainsi Iraverse-t-on l'Areg Oriental, sur 220 kilomètres:
il y a là des dunes de 300 mètres', dédale de monticules, de mamelons, de lèdes, de sioufs, crêtes de sable efTilées; plus qu'effilées, tranchantes, si l'on prend <i la lettre leur nom, pluriel de l'arabe sif, qui signifie sabre. L'Areg Oriental, c'est celui qui se lève au midi du Suuf et de la dépression francotunisienne, depuis rigliargbai', ou même depuis
Berces de l'Igbirghar
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- Detain d't. Slorn. d'ipré* di
is de Fréiléric Brmicd.
rOued-Mia, jusqu'au Plateau Rouge' des Tripolitains; quant à lAivg Occidental, il monte au sud des ba»-for]ds qui sont au pied de l'Atlas oranais, sur les chemins qui conduisent du Tell, puis du Steppe, puis de l'Amour et du Ksel jusqu'aux oasis du Touat et jusqu'au Niger.
Mais peu k peu le sol s'élève. Du Sahara sablon-
i. tliuiiada el-lloinra.
neui on passe au Sahara des rocs, des cailloui, des débris durs que les vents ne soulèvent que lorsqu'ils sifflent tempétueusement, tandis que de faibles haleines font « fumer » la dune en écrétitnt son arête. Passé l'Areg d'Orient, l'igharghar est plus franchement sillon de rivière, mais sans eau vive, au moins apparemment; enfin l'on atteint la monta-
Mgm el NËKmm du Sihin — bania d'Ë. Bcjird, d'iprH une pbolognidiio.
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ALGÉRIE
gne, le Hoggar ou Âliagar, qu'on suppose haut de 2000 à 2500 mètres.
XI. Le Hoggar, les Touareg. — Le Hoggar peut passer pour un Tell aux yeux des Sahariens, des « faces brûlées », sauf les Tonareg, qui se voilent du litzâni : grâce à ce tissu qui leur cache le bas du visage, si leurs yeux ardents se rougissent au vol des sables fins, au moins leur bouche en est préservée.
Citadelle du Grand Désert, dont il occupe exactement le centre, il offre, non sans rareté, ce que le Saharien connaît si peu , l'ombre d*un arbre, le gazouillis d'une source et la fraîcheur d'une eau. Aride pour le Tellien du Nord, pour le Soudanien du Sud, il est verdoyant pour le Saharien, et le Saliarien le désire.
Là, nous dit-on, et déjà quelques voyageurs l'ont vu, là, chez les Touareg, Berbères indépendants, et plus qu'indépendants, agressifs, la neige argenté les cimes chaque année pendant quelques semaines sur les plus hauts créneaux, des fontaines murmurent, des ruisseaux courent, l'air est salubre.
Certes on ne doit point nommer le Hoggar une Suisse saharienne, puisqu'on ne peut imaginer une Helvétie sans glaciei*s, sans prairies, sans sapins, sans lacs d'émeraude; mais il semble, qu'il y aurait là de très chaudes et très sèches Cévennes ayant dattiers, figuiers, ceps de vigne, champs d'orge et champs de blé.
L'homme nomade y a pour compagnons depuis longtemps assouplis à ses ordres le chameau dont il mange la chair, la chamelle dont il boit le lait, puis le cheval, l'âne, la chèvre, le mouton, le slougui, grand lévrier qui dépasse le vent ; et parmi ceux qui ne lui obéissent point, le rétif onagre, cousin de l'âne, l'antilope luttant de vitesse avec le chien slougui, l'hyène à la voix horrible, le loup inquiet et nocturne, l'autruche imbécile.
Les maîtres des roches cristallines et des épanchements volcaniques du Hoggar, ainsi que des craies, des grès, des sables d'alentour, les Touareg, sont rétifs comme l'onagre, traîtres comme le loup, et, montés sur la béte saharienne aux grandes enjambées, ils sont rapides comme gazelle, autruche et slougui.
Que sont-ils? Des berbérophones parlant un très pur dialecte, le témahak ou témachek ou taniazight, eux-mêmes s'appelant dans leur langue les hnôhagh, les Iraôcharh, les Imajhiren.
Comme race, ils viennent" de fusions sur mélanges, conune en convenait un de leurs a sa-
vants )) , qui disait : a Nous sommes aussi mêlés que la tente faite de la laine de mouton et du poil de chameau » .
Du mélange de ces divers éléments, du Berbère, de l'Arabe, du Noir, est sortie une race forte, dure, durable.
Elle ne pouvait pas ne pas l'être, au milieu même du Désert, c'est-à-dire de la fournaise, sui la roche stérile, au souffle des vents secs, le jour étant ardent jusqu'à la brûlure, la nuit fraîche jusqu'au frisson !
Ici tout ce qui naît faible meurt à l'entrée de la vie; et ce qui reste est fort, alerte, souple, sobre, jeune à cinquante ans, quelquefois même à cent, moins ceux dont le froid nocturne a rhumatisé les membres.
Dui*s pour eux, ils sont durs aux autres. Nobles, ils commandent à des tribus vaincues payant incessamment leur rançon en travail, et à des tribus serves, et à des esclaves de sang noir; puis, autour de leur citadelle, ils vont au loin dans le Sahara, sur les lignes d'eau, guettant les caravanes aux daïas, aux puits, aux cols de la Grande Dune ou de la montagne. Vêtus, comme nos arrière'-pères gaulois, de la blouse et des braies, ayant en main la lance ou le sabre, au bras le poignai'd, et maintenant munis du fusil, ils arrivent au trot de leurs chameaux de course. Ils tuent ou l'on paye.
On suppose qu'il y a 75 000 Touareg, en deux gi'oupes, en quatre nations :
Les Touareg du nord, au nombre de 30000 sur . une centaine de millions d'hectares, comprennent les Hoggar ou Ahaggar, autrement dit les gens du Hoggar, nos ennemis mortels ; et à l'orient de ceux-ci, en tirant sur la célèbre oasis de Rhat, les Adjer ou Adzer du plateau de Tassili, qui se montrent plus pacifiques.
Les Touareg du sud, qu'on estime à 45 000, se distinguent en Kelouis et en Aouellimidens.
Que l'Algérie devienne ou non l'empire de l'Afrique du Nord, le bastion central du Désert sera tôt ou tard entraîné dans son orbite. N'est-ce pas dans le bas de son Igharghar que nous avons déjà tiré des profondeurs du sol, comme par la baguette de l'enchanteur, 4000 à 5000 litres par seconde, assez pour la croissance et la prospérité de 720 000 à 800000 palmiers : car on sait d'expérience que trois dattiers se contentent assez bien d'un litre d'eau par minute.
Et Tœuvre commence à peine.
Hais elle ne s'achèvera jamais si notre puérilité dure;
Si, pour ne ripn dire ici du Maroc, la nation qui prétend se renouveler dans l'Afrique du Nord recule devant quelques centaines de lanciers perchés sur la bosse des niéhAris, chameaux de grande vitesse qu'ils appellent arlièlanis, et qui sans boire
une seule fois dans le cours d'une semaine, si h Désert l'ordonne, courent autant de lieues que le chameau vulgaire marche de demi-lieues :
Si, ne vengeant jamais ses morts sur les Touareg assassins, elle hésite devant un mois de maithe nu Désert avec un millier d'hommes, dont la moitié ou les deux tiers d'Arabes sahariens ;
- Dessin Je Kuriu.s Prr-rcl. d'après ii
Si elle uosc hasarder contre ces pillards le milU<^mc de l'or, le millième dus vies qu'elle expose poui' fonder en Eilréme Orient le futile empire d'Indo-Chinc, qui n'est certes point dans sa n destinée manifeste ». Et plût au ciel que nous n'eussions jamais foulé l'indo-chinois rivage!
Heureusement la prise duHoggarest si facile que
ingulier de Taiureg.
nousnenousenatisliendrons pas éternellement. Bon gré mat gré la Knmce envahira le haut Igharglinr.
XU. L'AIronAsben. — C'est vers AlakùrN'Iloggar, au plus haut de ladite acropole du Sahara central, à peu près sous le 25* degré de latitude, que commence le fleuve Igharghar. Du versant contraire de la montagne partent des gouttières dont se fait un oued courant dans le djebel, puis sec,
tiiï place 1 Ouuiglj liuy. p. BO), — Dessin de G. Vuillier, d'après un croquis de H, Lii'geau.
ALGËRfE
mort dans le Désert, en un mot un Igharghar du sud qui 5*incline vers le Soudan : là il se poursuit jusqu'au Niger inférieur, dans le pays de Sokoto.
Cet Igharghar méridional, arrivant au milieu de sa course, passe à quelque distance de TAïr ou Asben, massif de 1500 à 1800 mètres d*altitude supposée ; ses maîtres pics auraient donc 1000 à 1200 mètres au-dessus du plateau de la base, qu*on croit haut de 500 à 600 mètres.
100000 personnes vivent dans ce djebel qui, vraiment, n*est plus saharien, comme il n*est pas encore soudanien.
C*est que TAïr ne dresse pas ses pointes dans la zone saharienne anhydre ; les pluies tropicales montent jusqu'à lui, non dans toute leur abondance, il s*en manque singulièrement ; mais enfin elles y arrivent, et septembre, octobre s'y usent rarement sans quelque peu d'orage. Aussi le lion y apparait-il, lui qui n'est pas, comme on dit coutumièrement, le roi du Désert, mais bien le roi des savanes et des forêts. Aux lieux humides, là où le Hoggar ne montre que des arbres dispersés, l'Aîr offre de grands bois où se promènent le sultan roux, qui est ici sans crinière, le léopard, et le sanglier, ami de l'ombre.
Aux maîtres du Hoggar l'Air donnera le steppe soudanien, et ce steppe leur donnera le Soudan lui-môme en son lieu central, dans la région où ses eaux hésitent entre le fleuve Niger à l'ouest, et à l'est le Tzâd ou Tchad, immense lagune, Caspienne d'Afrique ayant pour Volga le Chari, dont on a* cru longtemps qu'il prolonge l'encore énigmatique Quelle, que tout cependant indique d'avance comme étant le cours supérieur de l'Oubangui, grandissime affluent de droite du Congo. Sur cet Oubangui ^ l'on retrouve la France, qui en possède la rive droite, à partir du confluent avec le Congo.
Les Touareg Kéloui commandent à ces montagnes : très mélangés de sang noir, leur Idiome témachek l'est également de mots, de formes, d'idiotismes des langues nègres du voisinage. Leurs deux villes majeures ont pour nom Tintelloust et Agadès.
Tintelloust passe pour être à 577 mètres audessus des mers; Agadès à 750. Cette dernière, sous le 17* degré de latitude, compte orgueilleusement 7000 citadins, en quoi elle est probablement sans seconde en Sahara.
Xlll. Onargla; l'Oued-Hia, antre fleuve du temps jadis. — Des lagunes, des palmiers, de petites oasis, marquent en amont d'El-Goug le sillon