Ou bien Oubanghi
de rOued-Mia, sur lequel s'ouvrent, à gauche, c'està-dire à l'occident, les ravins pierreux dss Béni- Uzab.
On monte ainsi, par pente douce, des 79 mètres d'altitude de Touggourt aux 161 mètres, qui sont la supériorité d'Ouargla sur le niveau des mers. Or, il y a 150 kilomètres de sentiers désertiques, le long du fleuve enterré, depuis l'union souterraine de l'igharghar et du Hia jusqu'au basfond où languit la ville qu'on surnomma la Reine du Sahara.
Ouargla, grandeur déchue, prétend être la cité la plus vieille du Désert. Elle possède, en y comprenant les oasis de banlieue, 600 000 dattiers et 160000 arbres à fruit arrosés par mille puits, dont 400 artésiens. Son bas-fond, i'Heicha*, vaut donc presque à l'heure présente la longue chaîne de ï'Oued-Rir, tellement l'Oued-Mia supérieur pousse d'eau cachée vers cette espèce de marécage qui est justement décrié pour sa fièvre estivale.
Quand elle était « reine », avant de n'avoir plus, comme aujourd'hui, que 1400 maisons branlantes faites de timérehed' et de terre, on vendait, sur ses marchés, des Nègres amenés à chaudes journées du lointain Soudan; aujourd'hui découronnée, pauvre, elle a pour habitants des Berbères et des Arabes plus ou moins purs, des Hozabitesjet surtout des Noirs (( subéthiopiens » croisés de sang berbère, bonnes gens que pillait le nomade saharien et que saigne maintenant la sangsue du Désert, le Béni- Hzab, usurier pire que le juif.
Les caravanes d'esclaves ont cessé d'enrichir Ouargla ; l'onde s'est faite plus rare, et si peutêtre elle courait encore « en l'an mille » sur le sol par quelques ruisseaux vifs, elle est tout entière descendue dans la profondeur.
Ce n'est pas à dire que les monts aient perdu récemment leur chair : il y a des siècles qu'ils n'ont ni terre, ni forêts, ni gazons diaprés d'eau stillante; si les fontaines ont cessé d'arroser les dattiers d'Ouargla, si dans tant de vallées du Saharapeuplées jadis il n'y a plus qu'un sol d'airain sous un ciel de plomb, entre des rocs réverbérants, c'est que, dans la folie furieuse de leurs guerres, les Nomades ont comblé les sources qui daignaient quitter l'obscurité des cavernes pour le jour éclatant du Désert. Ils n'éteignaient pas seulement les sources, ils détruisaient aussi les puits, et de haine en haine les oasis mouraient faute d'un aîn, faute
1. Heicha, mot arabe : cela veut dire une brousïte dans un bas-fond.