Maroc
4. Petite cour : du luxe qui régnait parmi les fonctionnaires espagnols d*Oran.
ALGËRIE
Oran, dont tin tremble-terre avait cassé les murailles.
Entre temps, les Français prirent Djidjelli (1662), mais n'y restèrent point; puis Duquesne bombarda deux fois la ville amphithéâtrale des pirates (1682 et 1683), mais il ne la força pas. Quand le dey sut les millions qu'avait coûté le fer lancé sur Alger par l'escadre des Roumis, il dit : « Que le roi de France ne m'a-t-il chargé du bombardement? Â moitié prix certes j'aurais brûlé moimême tout El-Djézaîr! »
A chacune des déroutes et fuites de l'Espagnol, le monde musulman tressaillait d'aise. Le récit lui arrivait, toujours plus merveilleux de conteur en conteur, jusqu'aux bornes de l'idiome arabe : plus outre encore, jusqu'aux frontières mêmes de l'Islam.
Cependant l'Ocyac continuait ses œuvres de sang, mais où le sang ne fécondait rien.
Odjac est un mot turc de fortune singulière. 11 veut dire a la marmite ».
De marmite à foyer il n'y a qu'un pas; un pas aussi de foyer à chambre, chambrée, compagnie.
U en vint donc h désigner une cohorte, un détachement de ces janissaires qui tenaient le Berbère et r\rabe muselés pour le compte du très magnanime Seigneur de la Sublime Porte.
Enfin, il agrandit son sens jusqu'à la haute acception de gouvernement ; il devint l'équivalent de l'État barbaresque dont ces janissaires étaient le soutien. Horde non pas précisément turque, mais turcophone et de tous éléments faite : Osmanlis, Albanais, Bosniaques, Circassiens, renégats de tout poil, enfants de tout pays, même du pays nègre, pris ou achetés, puis élevés dans le métier des armes.
Donc rOdjac ne cessait de diviser pour régner, de dresser tribu contre tribu, chef contre chef, prêtre contre prêtre; il tuait et pillait, incertain lui-même de sa durée, et ses prétoriens jetaient volontiers leur sultan hors du trône, hors de la vie. Aussi, mémorablement misérable fut la tourbe de ces pachas, hommes du sabre stérile ou du harem infécond.
Un dicton d'Algérie montre combien les peuples de l'Atlantide orientale avaient conscience des crimes de l'Odjac contre la nature et contre l'homme.
Derrière Alger (la mer étant devant) s'étend, outre Sahel, une plaine qui ne s'arrête qu'à la racine de l'Atlas. Le temps l'a faite en entassant alhivions sur alluvions par le dépôt des torrents
extravasés : Hamise, Harrach, Chiffa, Bou-Roumi, Oued-Djer, et dix autres courants moindres; plus, ce qui naît du jet constant des aîounS des fontes de neige, ou des typhons de la montagne tourbillonnant en fleuve dans la ravine où deux heures auparavant le chacal n'avait pu laper d'eau la largeur de sa langue.
C'est la Métidja, le terreau qu'on n'épuise jamais, tant le réparent toujours la boue glissée du déjbel, et le soleil et l'eau.
(( Eh bien, disait-on, quand le pacha, le souspacha ou tout autre» Baba Tourki* » parait à l'entrée de la plaine et qu'il tousse trois fois en caressant sa barbe, la Métidja devient Sahara. »
Pour qu'il n'y eût aucun remède à ces plaies saignantes, les janissaires haïssaient les Koulouglis, fils des Turcs et des femmes indigènes (c'est l'éternelle antipathie des « nationaux )> et des « créoles ») ; les reïs ou pirates abhorraient les janissaires ou, comme ils les nommaient, les (( bouviers d'Anatolie ».
Parmi les beglerbegs un seul peut-être' eut un idéal servi par une volonté. Euldj-Ali rêva d'amener 1' « île de l'Occident » à l'unité politique pour laquelle il semble en toute évidence que la nature l'a créée. 11 pensait que le fleuve Malouîa, presque tari chaque été, ne marque vraiment pas la fin du grand-pachalik d'Alger, mais que sa seule frontière est l'écume de la mer océane, au rivage où le conquérant Okba regrettait de s'arrêter si près de la sainte La Mecque.
La France ne comprend pas la carte aussi bien qu'Euldj-Ali ; elle n'a même pas encore atteint la Malouîa que dédaignait ce beglerbeg soucieux de l'avenir.
Lorsque, un an après Waterloo, sonna le troisième centenaire de l'intronisation de Barberousse, l'Afrique turque était plus misérable qu'en 1516.
La rétribution vint en 1830, d'où nul ne l'aurait attendue : la France n'avait pas autant souffert des pirates que l'Espagne et que l'Italie; même elle les avait eus parfois pour alliés; elle était plus loin; on la croyait faible, puisqu'elle venait d'être trépignée, presque écrasée par l'Europe.
Que pouvait craindre l'Odjac, toigours victorieux ?
Le Musulman ne rêvait-il pas la reconquête de l'Espagne ? Même il la rêve encore.