Les deux Barberousse i part
Ainsi que l'a dit le poète, h l'occasion de la prise d'Uran sur les Espagnols :
a Si les ennemis nous ont coupé une main en Andalousie, il nous en reste — sois béni, ô mon Dieu ! — encore une autre*.
a Les Musulmans espèrent toujours que l'Andalousie leur reviendra. Le temps, en effet, s'il éloigne les heures, les rapproche également!
(( Quoi! rinfidèle conserverait Khizarat, Tadmir et aussi l'incomparable Ronda,
(( Cordoue, qui était la station de nos caravanes. Chéris*, quia donné le jour à El-4]hérici, etChakka, etLoukad! »
VIII. L'an 1830. — Mhamed Tchakeur, bey de Constantine, régna quatre ans environ, si régner c'est tuer, et durant ces quarante-huit mois, plus ou moins, de 1814 à 18i8, il visita plusieurs fois le bon peuple de son beylik, pour l'exterminer çà et là, telle tribu ayant refusé l'impôt, telle autre s'étant franchement révoltée, telle autre n'ayant même pas fourni de prétexte à l'avidité du potentat.
Pendant ses marches militaires il ressemblait à l'empereur Titus, qui ne voulait perdre aucune de ses journées ; n'importe laquelle d'entre elles était marquée par une ou plusieurs exécutions. Deux hommes le précédaient, rapides ministres de sa volonté, c'est-à-dire bourreaux sans jugement. Sur un signe du maître, l'un, Ismaîl, coupait les têtes au yatagan ; l'autre, Soliman, fendait les ventres en croix, de deux coups de rasoir. Le soleil brillait sur les cous tranchés, sur les entrailles nues des agonisants, tandis que Tchakeur-Bey marmottait sa prière sur chaque grain de son chapelet.
Et s'il arrivait que pas un supplice n'eût réjoui la matinée :
« Soliman, disait-il, ton rasoir n'a pas déjeuné aujourd'hui ; et toi, Ismaél, ton sabre non plus n'a pas déjeuné I »
A quoi ils répondaient : « Non, 6 notre maître, 6 notre sultan! »
Alors lui : « 0 mes enfants, je vous promets, moi votre père et sultan, moi Tchakeur, qu'avant le soir vos tranchants auront dîné : ce que je leur donnerai, c'est de la chair arabe! »
« Que Dieu soit avec toi ! » répondaient les deux exécuteurs.
Et Tchakeur invoquait de nouveau le Très Juste.