Jerez
Constantine, où commandait Tchakeur, Turc d'Asie, régnant sur le pachalik de l'Est, Oran régnait sur le beylik de l'Ouest : sitôt prise aux Espagnols, elle avait succédé à Mascara, ville que Hazouna la berbère avait précédée comme capitale. Au centre, à vingt lieues des palais et des casernes de l'Odjac, le bey du Milieu, dit bey du Tittéri, demeurait dans la fraîche Médéa.
Tous les beys de ces trois beyliks ne furent pas des Tchakeur, mais presque tous jugèrent aussi sommairement que lui. Fidèles au dicton né de leurs cruautés en Afrique, ils traitèrent de « Turc à Maure » les tribus dont ils avaient la garde ; et quand la grande flotte de Toulon débarqua l'armée de 1830 elle apportait en Atlantide, non l'esclavage, mais la délivrance.
1850 fut une heureuse année pour la France, qui vit s'ouvrir im nouvel et vaste horizon.
Nous étions alors perdus dans la contemplation de nous-mêmes; nous mâchions à vide le stérile souvenir de nos «victoires et conquêtes)), nous n'admirions que Paris, son luxe, ses plaisirs, ses théâtres, ses modes, ses ridicules, ses excentricités, ses travers.
Dès qu'Alger eut ouvert ses portes à l'une de ces vaillantes armées qui sortent de la nation frivole, il fallut prendre souci des Arabes et des Berbères, songer au Tell, aux oasis, au plus grand des déserts, aux routes du pays des Noirs, à tout ce qu'exige de semence, à tout ce que réclame de culture, à fout ce que promet de moissons la terre qui nous convie à régner en Afrique.
Car, par l'Algérie, nous entamons au plus près ce vaste continent barbare, trois fois plus grand que l'Europe, cinquante fois plus grand que la France.
Déjà même un peuple français grandit sous les méridiens de Rayonne, de Toulouse, de Perpignan, de Nice, juste au milieu du rivage septentrional de la terre mystérieuse dont les derniers secrets se découvrent. Ce peuple expansif, audacieux, semble né pour soumettre à notre langue toutes les montagnes du Tell, toutes les roches, tous les sables, tous les palmiers du Sahara ; puis, au delà des solitudes enflammées qui séparent le pays des Visages bruns du pays des Visages noirs, il étendra sa main sur les royaumes du Soudan. C'est ainsi que la France, fanée en Europe, refleurira, rajeunie, en Afrique.
Certes, ni l'amiral, ni le généralissime, ni personne sur la flotte de la Conquête n'imaginait que
ce départ de navires était pour l'Afrique un tournant de l'histoire, pour les Algériens une origine, et pour la France l'aurore d'une épopée que chaque sicele fera pluslêgeadaire, bien qu'elle soit conleniporaine d'un roi très prudent, d'une bourgeoisie sceptique et d'un parlement bavai-d.
L'État Ihinçais lui-mdme n'avait aucune con-
science de la lourdeur des destins qu'il allait soulever. Il voulait avant tout se venger de quelques arrogances du Barbaresque et d'un coup d'éventail au consul de France : moins que cela, d'un geste brusque du bey des beys dont la main colérique agitait un chasse-mouches.
Il n'y avait pas que l'insolence de l'OdJac. Il
L'Ue de Djerba (va;, p. Sil. — Dessin de Tajiar, d'iprès une photographie eaminuniquée pi
fallait punir aussi celte de l'Angleterre par la démonstration brusque, vive, éclatante, du mépris dans lequel on tenait la rodomontade anglaise. Le gouvernement de Charles X y pourvut, qui sut traiter Albion Oërement, donc sagement.
Les Anglais avaient la prétention de retenir à Toulon la flotte impatiente; ils nous interdisaient la prise d'Alger en vertu de leur droit immanent du i'ani;onner l'univers. L'Afrique n'élait-elle pas à