‹ La France et ses coloniesChapitre 161 sur 283 · RIE S · texte numérisé non relu

RIE S

de 55000 hommes S 25000 ou 26 000, celui de Zamora se réduisit de 55 000 h 21000, et les

- Akerma Chéraga du val de Chéliff en aval d'inkerniann devinrent 6000 seulement, eux que la mort par inanition avait commencéd'assaillirquand ils étaient 14000. Les lias pays, sur les oueds séchés, souffrirent bien plus que les hauts pays oii toute source ne tarit pas jusqu'à sa dernière goutte. Ce ne furent pas les Kabylies qui se dépeuplèrent, mais les plaines, les vallées inférieures, l'ardent sillon du Chéliff : là continua d« ■ vivre qui put continuer, se soutenant de feuilles, d'herbes, de chardons, de racines; là mourut tout ce qui n'avait pas l'âme chevillée au corps — de mort paisible, — falalistement , sans une plainte, car enfin Dieu est le plus grand, ce qui est écrit est écrit, et rien n'arrive que ce qu'il a fixé pour toute l'année dans la Nuit des arrêts immuables' I Une disette enlevant le cinquième d'un peuple, c'est un fléau rare, même en l'impluvieuse Afrique; suivie de la grande révolte de 1 871 , l'une et l'autre fauchèrent dru la race, qu'on crut alors condamnée. Mais depuis,

Bf. rt'.pr*. une t*oloit«phle. jj,„j, |j, ^gj, profonde,

l'Indigène a certainement recommencé de croître.

En quelle mesure? on l'ignore et on ne le saura de quelques années : lorsqu'on aura dressé l'état

1. La nuit d'EI-Kadr. celle qui unil le 33 du mois de ramadan au 34-

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civil des Musulmans, puis qu'on aura sous les yeux la série de quatre ou cinq recensements sérieux embrassant un cinquième ou un quart de siècle, quelque chose de plus que le ffrande mortalis œvi spalium^ — car, les peuples étant des êtres de très longue durée, cinq ou dix ans d'observations ne suffisent pas à dégager les phénomènes de leur existence.

Ceux qui connaissent le mieux l'Algérie admettent que, dans le moment présent, les Kabylies augmentent, tandis que les régions plus spécialement arabes perdent de leur population par l'excédent des décès.

D'après eux, il y aurait chez les Arabes quatre morts contre trois naissances;

Et chez les Berbères, quatre naissances contre trois morts.

C'est ce qui reste à démontrer.

III. Les Berbères et les Arabes. — Combien y a-t-il d'Arabes et combien de Berbères en Algérie et en Tunisie?

Cela, on ne le sait pas, on ne peut le savoir, on ne le saura jamais.

C'est comme en France. Combien, parmi nos trente-huit à trente-neuf millions, compte-t-on de Kymris, de Celtes, d'Ibères, de Ligures, de Romains, de Germains, de Suèves, de Goths de l'Est ou de Goths de l'Ouest, d'Alains, de Vandales, de Normands, d'Arabes, de Berbères? Certes nul n'aura l'audace de le dire.

Ces deux maîtres éléments se sont tellement heurtés, pressés, confondus, de Nemours à Zarzis, qu'il est impossible de dégager l'un de l'autre. La tradition, l'histoire, l'état présent n'y suffisent pas. Les traits sont mêlés; des centaines de miUiers de faces ne sont ni réellement berbères, ni réellement arabes, mais arabo-berbères ; enfin le langage parlé ne démontre pas toujours l'origine. Beaucoup de tribus qu'on sait berbères ont adopté l'idiome arabe : on appelle ces gens-là les Berbères arabisants. Inversement, des tribus arabes, bien moins nombreuses, ont adopté l'idiome berbère : ce sont là les Arabes berbérisants.

Tout ce qui se peut affirmer avec quelque certitude, c'est qu'il y a, comme sang, beaucoup plus de Berbères que d'Arabes, et, comme parler, beaucoup plus d'Arabophones que de Berbérophones.

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