‹ La France et ses coloniesChapitre 164 sur 283 · Riati. — ^os CoLoniE · texte numérisé non relu

Riati. — ^os CoLoniE

ALGÉRIE

pour s*attacher amoureusement au sol. Cette influence du germe berbère se reconnaît avec la même puissance dans tout le nord de TAfrique, de la dépression libyenne à TAtlantique, de la Méditerranée aux sables sabariens.

IV. Maures, Konlonglis, Marocains, Nègres. — Ainsi donc l'immense majorité de la population algérienne se compose en ce moment : de Berbères, montagnards qui augmentent; d'Arabes, gens de plaine et de plateau qui probablement diminuent; de Berbères mêlés d'Arabes, et d'Arabes mêlés de Berbères. Arrivent ensuite les Maures, les Koulouglis, les Marocains, les Nègres.

Si le nom de Maures vient, comme il se peut, de Mahurim, les « Occidentaux », il équivaudrait exactement à celui de Maugrabins.

Qu'il procède de là ou d'ailleurs, les Espagnols appelèrent Moros les Musulmans qui conquirent brusquement l'Espagne jusqu'aux Pyrénées, puis furent lentement chassés de Léon, de l'Aragon, des Castilles, de Valence et d'Andalousie. Les frères des Espagnols, campés à l'ouest sur l'embouchure des fleuves d*Espagnc, les Portugais, qui chassèrent ces pillards enturbannés de l'Entro Minho e Douro, puis de la Beira, puis de l'Estrémadure, puis de l'Alemtejo, enfin de l'Algarve, les nommèrent du même nom autrement prononcé : Mouros.

Nom qui dans ce tumulte de guerre devint naturellement le plus haï de tous, et le plus méprisé. Il fut synonyme, d'abord de musulman, puis d'infidèle, de païen, d'hérétique : ainsi l'Espagnol des Philippines appelle également Moros les Mahométans de Mindanao, des iles Soulou, de Bornéo, de Java, et les Negritos ou Aétas sauvages de Luçon et des iles moindres restés idolâtres dans les montagnes de l'intérieur. Mais avant tout, les Moros, ce sont les Barbaresques.

Dans l'usage français et algérien, le nom de Maures ne désigne qu'une infime portion desdits Barbaresques. On l'applique à la bourgeoisie musulmane des villes, race des plus mêlées qu'il y ait au monde ; en son être se confondent le Punique, le Numide, le Juif, le Romain, le Vandale, le Grec, le Catalan, l'Italien, l'Espagnol, le Portugais, le Français, le Flamand, le Levantin, l'Egyptien, le Nègre, tous les sangs païens d'autrefois, puis tous les sangs mahomélans, chrétiens, renégats, amenés par la conquête, le commerce, la piraterie ou traite des Blancs, la traite des Nègres, l'expulsion des Maures d'Espagne.

Puissants avant 1850, riches, honorés, ils ont tout perdu depuis en perdant leur fortune, leurs palais, leurs grands domaines, haouchs de la plaine ou du coteau devenus fermes françaises; leurs palais discrets, frais, délicieusement intimes autour d'une cour intérieure, ont été démolis pour le passage de rues alignées; la France a pris le commandement, et l'or est dans la main du Juif aux doigts crochus.

Beaucoup de leurs familles se sont éteintes dans la gêne, même la misère; d'autres se sont résorbées ou se résorbent dans la grande foule musulmane. Certaines ont fui la présence de l'Infidèle; elles s'en sont allées, surtout d'Alger, en Orient, vers la blanche, la savante, l'ingénieuse Tunis dont elles espéraient qu'Alger la chrétienne ne la prendrait point, mais qu'elle prendrait Alger; vers Mesr la victorieuse, qui est le Caire, la grande ville du Nil; vers Smyrne, et Stamboul où règne le sultan supérieur. De celles qui restent et qui vont diminuant, plusieurs fournissent à la France des serviteurs fidèles, fonctionnaires, employés, professeurs, et nombre de Maures parlent et écrivent purement la langue nationale.

Ainsi ont décru ces urbains, qui sont de belle prestance, de mouvements dignes. Un peu efféminés par la vie à l'ombre, par la rêverie, par le kif, ivresse béate du fumeur de hachich, ils ont tendance à l'obésité, comme le Turc, dont beaucoup procèdent. Us sont résignés, car ils savent l'homme au pouvoir du Dieu qui a fait l'ombre et le soleil. Ils savent aussi que ce Dieu, le clément, l'unique, le plus grand, l'incomparable, leur rendra, bientôt sans doute, leurs cours de marbre sur les coteaux d'El-Djézaïr. Même, qui oserait dire qu'il ne les conduira pas, rayonnants de victoire, dans l'ancestrale maison dont ils conservent la clef, à Valence, à Cordoue, à Jaen, à Grenade?

Non moins décroissants sont les Koulouglis', nombreux avant 1850 dans les villes du Sahel et du Tell, notamment a Alger, à Tlemcen et en diverses bourgades. Fils de femmes indigènes et de soldats de la milice turque — turque de nom et, de fait, cosmopolite, — leurs pères ne les aimaient guère, ils ne voulaient point partager avec eux les profits et les privilèges de la puissance, ils leur refusaient l'accès des places, du fisc, des honneurs, ils les tenaient à l'écart, comme ont fait en tout pays, comme font encore en mainte contrée les « nationaux » vis-à-vis des « créoles ».

Page 1