‹ La France et ses coloniesChapitre 170 sur 283 · I. — Deisin Je D. Haitlsrt, d'iprte des pliolagraphiM · texte numérisé non relu

I. — Deisin Je D. Haitlsrt, d'iprte des pliolagraphiM

avoir guerroyé en Algérie; Bosquet, l'homme de l'Aima et d'lnkermann;Itandon; Renault, nl'avantgarde », tué sur la Marne à Champigny, dans une sortie des Pariàiens bloqués par les Allemands; Chanzv'. qui parut le seul capable de « restituer n l'année de la Frimce; et quelques humbles: le «u'gent Blandan, tué à Béni-Méi'ed, dans une embuscade; Bublineau. soldat aux chasseurs d'Afrique, lequel, en 1815, défendit avec un camarade le blockhaus de l'Oued-el-llammam (prés Hascnni] contre une véritable année d'Arabes. A ces vaillants manieurs do l'épéc, d'autres joindront leurs noms glorieux. Plusieurs, vivants encore, rece-

vront cet hommage après leur mort; d'autres, déjà descendus au Tai-larc. devraient l'avoir reçu dès le jour de leur dernière heure r tel, supérieur dans l'aclioti comme dans le conseil, Changarnier, l'homme des retraites, des attaques, des tas désespérés, des missions péiilleuses.

Puis des noms de Français qui, à divers titifs, ont bien mérité de l'Algérie ou de la France : Buperré, qui dirigea la flotte du débarquement; Bérard, qui reconnut les côtes, caps, baies, estuaires de lu France Nouvelle ; Maillot, Baudens, Parmentier, qui scrutèrent les fièvres, les maladies, les remèdes, l'hygiène de l'Atlantide ; Ménerville, qui en étudia la

législation; Flatters, traîtreusement assassiné par les Touaregs dans le milieu du Sahara, ou, pour dire la vérité dans toute son étendue, deux fois plus près du Soudan que de la Méditerranée; Guiard, compagnon de Flatters ; Thiers, qui fut un partisan décidé de l'entière conquête vis-à-vis des sectateurs de l'occupation restreinte, ou même du honteux abandon. Haussonvillers remet en mémoire le président de la Société de protection des Alsaciens- Lorrains, qui a fondé trois villages au bas de la Kabylie de la province d'Alger; Mirabeau fait revivre le tonitruant orateur; Miclielet rappelle l'historien passionné; Liltré fait surgir l'image du vieux savant qui n'aima rien tant que la langue de France, dans tous ses mots, à tous ses âges, surtout l'âge ancien, quand elle balbutiait encore, puis lorsqu'au treizième siècle on l'admirait en Europe, franche, forte, naïve, et plus française qu'aujourd'hui; Courbet honore l'amiral dépositaire de la fortune de la France sur les mers et les fleuves du Chinois glabre; Aboutville est un hommage à un conteur spirituel qui méditait un livre sur l'Algérie. Plusieurs colonies ont demandé le nom sonore de Victor Hugo, et plusieurs des noms sans gloire, qui ne sont que politique.

D'autres noms voulaient renouveler notre deuil de l'Alsace et de la Lorraine : Strasbourg, la Hobertsau, Rouffach, Bitche,- et beaucoup qui ne sont point entrés dans l'usage courant, soit parce que le nom indigène avait déjà force d'existence — ainsi Akbou n'est point devenu Metz, — soit parce que la langue française s'accommode mal aux noms germaniques, — car comment les Néo-Français d'Afrique prononceraient-ils aisément des mots comme Eguisheim ? D'autres noms, ceux-là français, n'ont pas eu la force de tuer le nom arabe : le Smendou s'appelle plus généralement le Smendou que Gondé; Batna, c'est Balna, non la Nouvelle- Lambèse; et nul ne dit Nouvelle-Cargèse là où l'on avait toujours dit Sidi-Mérouan.

Enfin il y a les noms, fort rares encore, qui rappellent une des circonstances du lieu. Plusieurs hameaux s'appellent les Trembles, d'arbres au frémissant feuillage, grandis, très hauts et droits, sur le bord d'une source — de même les Indigènes ont maint Aïn-Sfisef ou Aïn-Safsaf, ainsi désigné de la fontaine qu'ombragent des peupliers blancs. — Un village de la marche de la Grande Kabylie a nom Bois-Sacré, du bosquet de vieux oliviers auprès duquel on le créa sous le nom d'Aboville, le fondateur, homme des Alpes-Maritimes, s'appelant Abo. Isserville indique, dans la môme région, une bour-

gade riveraine de Tisser Oriental. Pont-du-Chéliff est baptisé de la sorte d'après un pont bâti du temps des Turcs, sur le fleuve bourbeux, par des prisonniers espagnols. Bellevue, c'est le nom qu'ont obtenu pour leur bourg les Sourkelmitoutois, habitants purement français d'un de ces sites arabes dont l'appellation déroute les arabisants : est-ce un marché quelconque, Souk*-el-Mitou; ou Sour- Kelmitou, le Rempart des Massacrés? Il est donc devenu Bellevue, et de fait il domine un superbe ravin, de déliciejux jardins arrosés par une grande source, et le val du Chéliff en face de l'entassement des monts du Dahra. Aïn-Nouissy, qui contemple la plaine infinie de la Macta et du Sig, possède au pied de son Trek-el-Touirès (339 mètres) une fontaine sulfureuse à laquelle des poitrinaires ont recours; il en a profilé pour s'appeler, non pas Noussy-les-Bains, mais Noisy-les-Bains, ce qui rappelle au souvenir les environs de Paris, où il y a plusieurs Noisy,

De tous, le nom le plus singulier, c'est un hybride, Vesoul-Bénian — Vesoul, de ce que le village eut pour colons des gens de la Haute-Saône, département franc-comtois qui a Vesoul pour chef-lieu ; Bénian, de ce qu'on l'établit sur les terres d'Aïn- Bénian, près de la route d'Alger à Oran, sur un plateau du Zaccar Oriental. Il y aurait eu deux de ces noms si Boufarik s'appelait Medina-Clauzel, c'est-à-dire la ville de Clauzel, commedans les premiers jours de son existence.

La plupart des villages français d'Afrique, et les villes encore plus, sont des communautés très polyglottes.

On y parle, d'abord, et surtout, la langue de France; puis à côté d'elle, au-dessous d'elle, le gascon, le languedocien, le dauphinois, le provençal, le corse, l'alsacien, le piémontais, l'italien, le sarde, le sicilien, le catalan, l'espagnol, le maltais, l'arabe, le berbère d'Algérie ou du Maroc, et le sabir, « langue » ainsi appelée de l'infinitif safrtr, savoir : moi sabir, je sais; mot macach sabir, je ne sais pas.

Sur les quais des ports, dans les rues des villes, sur les marchés, sur les roules, aux travaux des champs, se rencontrent des Kabyles descendus de leurs montagnes sans balbutier encore un mot de français, des Arabes dédaigneux d'apprendre la langue du vainqueur, ou trop paresseux pour en essayer les premiers mots, des Français, des Eu-

1. Le mot souk, qui est U'ès commun dans la nomenclature arabe, veut dire le maixlié.

ALGÉRIE

ropéens qui ne savent ni i*arabe, ni le lémachck. Les places de marché surtout sont de vraies Babels où l'on essaye de s'entendre au moyen de ce sabir, jargon singulier, discours bref, heurté, gesticulalif, rudimenlaire.

H se compose de quelques noms, de quelques verbes, de peu d'adjectifs : noms et adjectifs sans déclinaison, verbes sans temps ni mode. Par l'absence de formes, par le néant de la grammaire, c'est un parler « nègre » que ce patois fait de mots arabes, italiens, catalans, espagnols, français; ceux-ci de plus en plus nombreux à mesure que s'étend la langue de France. Andar (aller), vinir (venir), tenir (avoir), mirar (voir, regarder), trabadjar (travailler), tchapar (chiper, chaparder), toucar (toucher, prendre), bono (bon, bien, utile), carouti (trompeur, carotlier), meskine (pauvre), maboul (fou), mercanti (bourgeois), chéndat (soldat), casa (maison), carroussa (voiture), cabossa (tête), matrac (bâlon), babor (bateau à vapeur), birou (bureau), bazaborl (passeport), chambiter (garde champêtre), brifet (préfet), carta (lettre, écrit, papier), douro (argent), sordi (sou), mouquère (femme), moutchatcho(enfimt), yaouled* (garçon, jeune homme), niacache (non), bezzef (beaucoup), bibri (à peu prés), bitître (peut-être), balek (prends garde I), kif kif (comme), sami-sami ou soua-soua (ensemble), didou» (ehl ohé! un tel), et surtout fantasia, le mot universel qui s'applique au plaisir, à la passion, à tous les mouvements expansifs de Tûme, à tout ce qui est agréable, bon, supérieur, étrange,... ces termes et une vingtaine d'autres reviennent à chaque instant dans les phrases du sabir, qui est la langue préférée des Ouled-Blaça ou fils de la place, gamins inavouables.

En attendant le triomphe du français, ce charabia misérable unit l'indigène au colon; mais le lien principal entre eux et nous, c'est l'appât des « douros » qu'on gagne chez les chrétiens.

Le nombre des « citoyens » français, non pas celui des Français par l'âme et par le sang, est porté de 219 627 à 262222 par l'adjonction des 42 595 juifs naturalisés.

Ils ont été nationalisés en bloc, par décret, pendant que nous luttions contre les hordes disciplinées du peuple évangélique. Us ne l'avaient certes pas mérité, occupés qu'ils étaient uniquement de banque, de conmierce, de courtage, de colportage et d'usure; nul d'entre eux ne tient la charrue,

1. De l'interpellation arabe : Ya, ouled! Eh! garçon ! S. C'est notre « Dis donc ! s

n'arrose les jardins ou ne taille la vigne, et il y a très peu d'hommes de métier parmi ces arrièreneveux du supplanteur d'Ésaû. Aucun n'avait péri dans nos rangs sous les boulets du Nord comme ces Berbères, ces Arabes, ces Nègres qui furent parmi les héros de Reichshofen; et s'ils n'ont point défendu l'Algérie contre nous de 1850 à 1871, ils ne la défendraient pas non plus contre nos ennemis. N'importe! Ils sont maintenant Français, et même encadrés dans notre arniée, qui peut-être éveillera leur vaillance.

42 595 en Algérie, autant ou plus en Tunisie, c'est beaucoup, c'est trop, puisque cette race ne révère que le veau d'or.

A quoi bon tant d'araignées embusquées, attendant, longues pattes prêtes, que la mouche s'embarrasse dans leur toile?

Pas plus en Atlantide qu'autre part dans le monde il n'y a lieu de glorifier toutes les œuvres de l'argent; et celles auxquelles s'emploient les Israélites algériens sont parmi les moins honorables : presque toutes elles se résument par de terribles mots juridiques, et, en somme, par celui d'expropriation.

Faillites, usure, intérêt des intérêts, ce sont là leurs armes, et ces hommes obèses deviennent les maîtres du champ qu'ils n'ont pas cultivé, du jardin qu'ils n'ont pas soigné, de la maison qu'ils n'ont point bâtie.

Mieux vaudraient à l'Afrique deux ou trois villages franco-espagnols de plus, ou quelques dacheras kabyles, ou même quelques douars d'Arabes; qui, si superbement indolents fussent-ils, livreraient quelques épis de plus à la faim des hommes.

Beaucoup qui ne sont point Juifs de sang ou de secte les imitent dans leurs œuvres basses, dans leurs félonies et frelonneries. En cela. Chrétiens, Israélites, Musulmans, Mozabites se valent ; mais les enfants d'Abraham, du patriarche d'Ur en Chaldée qui dort depuis quatre mille ans près des chênes de Mamré, ont une passion plus exclusive pour les métiers parasitaires.

Leur histoire en pays d'Alger et Tunis, comme dans le « Couchant le plus éloigné » que régit durement le grand chérif de Maroc, ressemble à leur histoire en toute autre terre habitée. On les a persécutés, si méprisés qu'on leur réservait les places de bourreau, ils ont subsisté quand même; on les a vidés de leur or, comme on dégorge la sangsue, ils sont plus riches que jamais ; on les a massacrés, et leur nombre augmente plus vite que celui des Chrétiens ou des Musulmans, soit par la

sévérité de leur vie de famille, soit parce que, sortant peu de leur comptoir, ils ne s'exposent pas aux mille dangers du dehoi*s qui assaillent le paysan dans son champ, l'ouvrier à son travail, le marin sur la mer, le soldat, Tliomme d'aventures. Incessamment un élément similaire les renforce en la personne de Juifs Marocains qui viennent s'établir en Algérie pour s'y engraisser aux mômes industries.

3® Les Étrangers. — Les Étrangers, au nombre de 205 212*, balancent presque exactement les Français (Juifs non compris) : ils sont plus de 48 pour 100 dans l'ensemble de la population européenne de l'Algérie; et les Français, moins de 52 pour 100. >Liis : ils se partiigenl en plusieurs nations; — quelques dizaines de milliers d'entre eux, mettons cent mille ou bien près, nés en Algérie, ont appris notre langue à côté des petits Français sur les bancs de l'école et dans les chères polissonneries du jeune âge ; ils la parlent aussi bien que l'espagnol, le catalan, l'italien, le maltais de leurs pères, et ils l'écrivent mieux; étrangers de nom, ils sont Français de fait; — ils sont guettés par les diverses espèces de naturalisation.

En l'absence de chiffres officiels, on peut les diviser à peu près conune suit :

Espajçnols 125 000 (?)

Italiens 40 000 (7)

Maltais 17 000 (?)

Allemands 5 000(7)

Suisses 3 000(7)

Belges 1000(7)

Divers, surtout Juifs Marocains. . . 14 000 (7)

Les 125 000 Espagnols habitent surtout l'Oranie, Oran notamment, plus espagnole que française ainsi que Saint-Denis, Sidi-bel-Abbès et nombre de bourgs de la province ; ils sont également prépondérants dans la région de l'alfa, sur le haut plateau : en tout environ 75000 dans cet occident de l'Algérie. La province d'Alger possède presque tous les autres, et il y en a peu dans lanlique Numidie, plus éloignée des ports d'Espagne.

Nul colon d'une autre race ne vaut ces fiers hommes sobres, endurcis, ces alfaliers, ces bûcherons, ces défricheurs vivant d'une bouchée de pain, d'un ail, d'un oignon, d'un piment, d'un verre de vin, d'une gorgée d'eau. Con pan y ajo se anda seguro : Av(»c du pain, un ail, on va loin, disent-ils. En Afrique on sourit de pitié quand ou lit ce qui s'écrit sur la paresse espagnole.

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