RKLta. — Soi COUHIU
1500 kilomètres de la barre de son fleuve : hier pauvre comptoir, le Sénégal est devenu long royaume, il deviendra vaste empire. Après l'Atlantide nous n'avons rien d'aussi digne de la France.
Qui eiit prévu cet avenir (s'il fallait croire aux présages) quand la Mêdiite, en 1817. talonna sur le Banc d'Arguin?
Lii frégate Médiue portait le gouverneur français qui allait recevoir, à Saint-Louis, l.i colonie du Sénégal des mains d'un gouverneur anglais, l'eiidant la grande guerre de vingt-truis ans enti-e la France et l'Europe, l'Inbulaire, l'Insatiable nous avait i'avi le Sénégal. Comme aloi-s ce pays ne valait pas grand' chose, les a Britons ii voulun-nt bien nous le rendre. Qu*en ferions-nous, puisque euxmêmes Jugeaient quJon n'y pouvait rien faire? 'Aussi grouillante en poissons est la mer du Banc d'Arguin, aussi vide en hommes est son littoral avec ses quelques Maures nomades experts à vou- II - 3a
per la gorge. D'ailleurs aborder était impossible. Les naufragés montèrent donc sur un radeau resté célèbre à jamais; au gré des calmes, des vents, des courants, des vagues, ils flottèrent, mourants de soleil, mourants de soif sur Teau merveilleusement claire qu'ils ne pouvaient boire, mourants de faim, de désespoir, et s'entre-dévoranl.
Quel augure autrement sinistre que l'yeuse de gauche d'où vole en croassant la corneille!
Le Sénégal est h la fois une de nos anciennes colonies et une de nos nouvelles : de nos anciennes, puisqu'elle date du milieu du xva* siècle; de nos nouvelles, puisque c'est à peine si elle vient réellement de naître.
Et jusqu'au milieu de ce siècle-ci ce fut de tous le plus misérable.
Découvrir, dompter et pill»r des côtes, commander, le fusil en main, à da/esclaves d'éviscérer le rocher pour en tirer le fauve métal, trafiquer en hommes, en tout cela les Lusitaniens furent les pionniers de l'Europe en Afrique au xv* siècle, ils abordèrent avant nous au Sénégal.
Ils avaient entendu parler d'un Rio de Ouro. Après avoir reconnu, cap à cap, toute la frange saharienne jusque bien au delà du Banc d'Arguin, ils trouvèrent en 1445 la bouche de ce rio, dans un des voyages dont est fait leur périple d'Afrique, demeuré l'une des gloires de la Lusitanie riche en honneur.
Le Rio de Ouro, le Fleuve de l'Or, était le Sénégal, auquel arrive en effet dans son coui*s supérieur mainte rivière à pépites.
Entraînés vers le Sud, après cela vers le Gap des Tempêtes qu'ils débaptisèrent en Cabo da Bôa Esperanza*, puis vers la contre-côte, enfin vers l'Inde et les îles des Épices, ils ne s'occupèrent point, ou très peu, de la Rivière de l'Or.
C'est la France qui, la première, s'y établit à demeure aux environs de Tan 1650, près de la barre du fleuve, séparée de l'Océan par une étroite dune, en des lieux sans beauté, sans charme, sans fraîcheur, mais qui se défendent d'eux-mêmes contre le Maure du Sahara, contre le^ Nègre du Soudan, par les deux bras de l'eau tantôt salée, tantôt saumâlre, tantôt douce, qui maintenant ne s'appelle plus Rio de Ouro, mais Sénégal.
Pourquoi Sénégal? D'après la nation berbère des Zenagas, qui avaient ici des avant-postes berbérophones presque entièrement arabisés depuis. A moins que n'aient raison ceux qui tirent le nom