‹ La France et ses coloniesChapitre 181 sur 283 · Cap de Boniie-Eb])éraiicc · texte numérisé non relu

Cap de Boniie-Eb])éraiicc

du fleuve de deux mots de la langue ouolove, laquelle se parle dans les pays de l'embouchure du Sénégal.

II se passa deux cents ans, même un peu plus, avant qu'on tirât de ce village dans cette île le grand Soudan français, né brusquement entre 1854 et 1885.

De 1650 à l'an de grâce 1758, ce ne fut pas la France qui gouverna directement le Sénégal, ce furent, lune après l'autre, des compagnies de commerce. Étant de commerce, elles n'avaient qu'un but, l'argent, dont elles ne se laissèrent point détourner, mais elles n'en ramassaient guère. Le pays, d'énervante chaleur pour nous, était peuplé d'hommes que cette chaleur n'énervait point parce que c'est elle qui les avait formés : au nord du fleuve erraient des Arabes-Berbères tannés par le Sahara; au Sud, des Nègres énergiques, bravant aussi bien l'astre d'incendie que les typhons tropicaux, semaient, voyaient hâtivement mûrir et récoltaient en chantant après la décrue du fleuve.

Les compagnies représentant la France n'osèrent pas affronter ces fils bruns, cuivrés ou noirs de l'indomptable soleil ; ils gardèrent leur Saint-Louis, leur îlot de Corée vis-â-vis du Cap Vert, leui-s deux ou trois postes du bas fleuve; ils achetèrent de la gomme, des dents d'éléphant, surtout des esclaves — ceci était alors la plus riche des marchandises, se transportant d'elle-même comme le bétail et vendue dix fois ce qu'on l'avait achetée.

1758 nous enleva le Sénégal, ainsi que 1759 le Canada ; vu le peu que valait aloi*s pour nous le fleuve africain, perdre Québec c'était tout perdre après n'avoir rien perdu.

De 1758 à 1779 ce bout d'Afrique resta chose anglaise ; de 1 779 à 1809 il redevint chose française, puis encore anglaise de 1809 à la paix de 1815.

De 1815 à 1854 la colonie continua de languir; on l'aurait vue mourir que nul n'y aurait pris garde.

En 1854 ou confia au Bugeaud du Sénégal, à Faidherbe, qui lutta contre un autre Abd el-Kader, contre El-IIadji Omar, l'exécution d'un plan résolu dès 1844 par un homme de vues larges et d'esprit résolu *.

Qu'était alors au juste la colonie sénégalaise?

Elle comprenait : avant tout, Saint-Louis, ville chétive, presque bloquée dans son îlot ;

Trois postes en remontant le fleuve : le Jardin Richard (Richard ToU), Dagana, Bakel — celui-ci fort loin, tout à fait en l'air, là où le Sénégal,

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