‹ La France et ses coloniesChapitre 182 sur 283 · fioucM>iUaumctz · texte numérisé non relu

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SOUDAN

ayant reçu toutes ses grandes branches d'amont, est déjà fleuve complet ;

Un poste, Sénoudebou, sur la Falémé, grand tributaire du Sénégal ;

L'île de Corée, près du Cap Vert ;

Plus, au sud, deux comptoirs : sur la Cambie, Âlbréda, troqué depuis avec l'Angleterre; et, sur le fleuve-estuaire de la Cazamance, Sédhiou, fondé sous le roi Louis-Philippe.

Enfin, cette année même, un nouveau poste venait d'être créé sur le bas Sénégal, à Podor.

Pour régner sur le Sénégal, puis sur le haut Niger, la France eut à briser deux pouvoirs, celui des Maures, celui des Foulahs Toucouleurs.

Les Maures — ainsi nomme-t-on les Arabes croisés de Berbères ou, beaucoup plus exactement, les Berbères croisés d'Arabes, et surtout de Nègres, qui vivent au nord du fleuve, face a face avec les Noirs de la rive gauche. Le Sénégal, qui sépare à peu près dans son cours inférieur le Sahara du Soudan, sépare aussi la race dite noire de la race dite blanche; mais justement, n'eût été la France, il n*aurait plus séparé celle-ci de celle-là, car les Maures le franchissaient incessamment pour s'emparer peu à peu de la terre des « Soudaniens » par les armes, par la religion, par la langue.

On reconnaît chez ces Maures, suivant leurs familles, tous les traits que la miscégénation peut amener sur un visage, ici le nez fin à narines discrètes, là le nez à naseaux comme écrasé d'un coup de poing, ici les cheveux lisses, là les cheveux crépus, même les cheveux laineux : dans l'ensemble la prépotence est au sang noir. Mais sur eux tous a passé le niveau de l'Islam ; sur presque tous celui de l'arabe, sauf que lesLantouma, tribu des Ida-ou- Aîch (Douaïchs), usent encore d'un berbère altéré. Et comme mœurs tous ces gens-là sont bien des Arabes, quoique la moitié d'entre eux se rattachent à la famille nègre, et un vingtième seulement à la blanche, les neuf vingtièmes qui restent étant des métissés.

La France les a groupés, au point de vue de leur responsabilité vis-à-vis d'elle, en Trarzas, en Braknas, en Douaïchs. Les Trarzas longent la droite du Sénégal pendant vingt-cinq lieues en amont de Saint-Louis, les Braknas pendant cinquante lieues en amont des Trarzas, les Douaïchs pendant cinquante autres lieues en amont des Braknas. A l'est de ceux-ci viennent diverses confédérations dont les noms n'importent guère.

Ces Maures vivent exactement comme les plus purs Bédouins des landes d'Algérie, de Transjordanie et du steppe de Palmyre. Menant devant eux leurs troupeaux, qui ses chevaux et chameaux, qui ses moutons, qui ses bœufs à bosse ^ ils vont de fleuve à Sahara, de Sahara à fleuve, selon que le pâturage s'éloigne ou se rapproche du Sénégal à la faveur des pluies; ils récoltent la gomme, près d'une mare quand l'orage leur en a fait une ; ils la vendent aux traitants français près d'un village riverain, d'un poste, d'une escale. A volonté sobres jusqu'à la presque abstinence totale, ou gloutons jusqu'aux nausées de la plénitude, ils prennent tout comme venant de la main d'Allah. Ce qu'il fait est le bien, le mieux, le parfait : s'il amène des bœufs, des pèlerins, des voyageurs, des caravaniers à portée de leurs fusils, ou s'ils les surprennent là où ils espéraient, à l'embuscade qu'ils ont atteinte par d'extraordinaires marches de jour et de nuit, ils prennent, pillent et tuent, car c'est le bien de Dieu, envoyé par Dieu. Avec cela très endurants, stoîques, résignés, comme ne peut manquer de l'être le véritable Islamite, puisque l'Islam est la résignation à la Volonté qui fit les cieux et la terre. Très orgueilleux aussi : chez eux le hassan ou noble, le marabout ou prêtre méprisent souverainement le menu peuple, qui est l'ancien fond zénaga; tout ce qui est petit, pauvre, obscur, déchu, la plèbe, l'ouvrier, l'esclave, ils le nomment lahm,la chair, comme qui dirait la charogne. Enfin très cruels, amis du sang viril (ils n'épargnent que la femme et l'enfant), fiers de leur sabre quand il sort rouge de la bataille et pareil à Tépée de l'ange exterminateur qui n'a point pardonné.

Aussi ne voulaient-ils point recevoir à merci les bons Noirs qui leur faisaient face par delà Sénégal. Chaque année (ou le plus souvent possible) ils passaient le fleuve à l'un de ses nombreux gués. Ils tombaient sur les villages des sédentaires dont la case, qu'entoure un jardin, dépasse de tout un âge de l'humanité la tente arabe errant de pâture en pâture; là, saccageant, brûlant, égorgeant, ils faisaient le désert. Ce qui n'était pas mort à la maie heure, ce qui n'avait pu s'enfuir retraversait avec eux l'eau descendue des montagnes du Sud, en recrue pour la nation des Maures, les enfants et lés vieilles femmes pour l'esclavage, les belles filles pour le mariage poiygamique.

« Si tu rencontres en ton chemin le Maure et la vipère, tue le Maure! » disait le malheureux Nègre;

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