‹ La France et ses coloniesChapitre 185 sur 283 · I. Inlldùli · texte numérisé non relu

I. Inlldùli

■î. Le Clfiiiuiit et Miséi-icordieui. l'Allab des Arabes. 3, Poular. aus^i bien qoc foulbé et que foulTouldè, désigne |j langue des Foulalis.

Du sein des Foulahs, non des purs (il n'en reste guère), mais des impurs, de parmi les Toucouleurs du Fouta, pays riverain du Sénégal en face dcH Maures Draknas et Douaichs, surgit après 185U le prophète, l'émir, l'almamy ' qui entreprit de chasser les Français du fleuve de Saint- Louis.

Ces Foulahs adultérés de sang noir, nous les appelons Tou couleurs : non, comme on le disait, des deux mois anglais two colourt, les deux couleurs, les deux teintes, mais du nom que portait autrefois leur patrie, qui s'appelle présentement le Fouta.

Ainsi qu'.\bd el-Kader, Omar avait pèlerine à la Mecque, d'où son surnom d'El Hadji :

mais ce n'était plus un jeune homme comme l'audacieux sultan de Mascara : quand t>mar nous déclara la guerre, il tendait vei-s la soixantaine.

11 dura beaucoup moins contre nous que l'homme de Sidi-Braliini, à peine quelques années. Hais, invei-sement au fils de Maliicd-Din, il ne finit point en vaincu. Chassé du haut Sénégal par les Français, il alla fonder j ^ ''■...?-: sur le haut Niger, au

■-'^^ ■* milieu des noirs lîam-

haras, l'empire du Ma; ird d'aprË<i une iiiiotogripiiic. sina (ou Maossina), Ca-

pitale Ségou-Sikoro. il mourut en sultan magnifique, avant son empire, qui n'est pas encore mort, mais dont l'agonie est visible; très réduit, tout démantibulé, n'ayant pour défenseurs fidèles que quelques niilliei-s de

Des Ouolofs (iDT. {i. MU). — Dmin d't. Ronjal, d'après iit>e pbDtagri|)bic. 0 llKic.i. — Kœ Colonies

SOUDAIî

Foulahs de plus en plus noyés dans les Nègres anibiants, il est déjà protégé par la France, au long de son fleuve où flottent maintenant nos canonnières.

C*est que, délivrée d*El-Hadji Omar, la « colonie » du Sénégal s'est élancée vers le Niger dont ne la sépare aucune Alpe malaisée, ni même aucune altière colline. On va très uniment de la rivière des Maures, des Ouolofs, des Toucouleurs, à la rivière singulièrement plus ample des Bambaras, par des plaines, des plateaux, des savanes ; et à peine a-t-on contemplé les dernières fontainesorientales du bassin du Sénégal, voici qu'on descend une côte, qu'on suit des ruisselets et que l'on arrive en quelques lieues à la rive gauche du jadis « fabuleux )) Niger.

Nous le tenons, ce Niger, depuis 1883, année où le fort de Bamakou vint au monde, en janvier, près de la rive gauche, à quelques kilomètres en amont des derniers rapides du haut fleuve.

Depuis lors divers traités de protectorat nous ont assuré sa rive gauche et sa rive droite, chez des Bambaras et Mandingues, jusque dans la région de ses sources au versant septentrional des Kongs, chaîne à peu près inconnue jusqu'à ce jour qui sépare ses naissants de ceux des fleuves de la Sierra- Léoné et de la Libéria — la Sierra-Lépné est une colonie anglo-nègre, la Libéria une république nègre anglophone.

Enfin un acte international a reconnu que, le bas Niger étant terre anglaise, le haut Niger est terre française.

Où cette France lippue se sépare-t-elle de cette Angleterre noire? Le lieu n'est pas fixé. Théoriquement, la France doit descendre le fleuve jusqu'à l'endroit où commence la grande navigation, c'està-dire jusqu'aux rapides de Boussa ; et l'Angleterre le remonter à partir de la mer jusqu'à ces mêmes rebouilles.

II. Le Tonta-Djallon. — C'est un Fouta comme celui des Toucouleurs, non pas sur le bas du Sénégal, mais aux fontaines mêmes de ce fleuve ainsi qu'à celles d'une infinité d'autres courants. De tous côtés il s'en échappe : vers le sud-ouest par les deux Scarcies et la Uokelle, rivières anglo-nègres de Sierra-Léoné ; vers l'ouest par les puissants torrents apaisés en estuaires que les Français de Saint-Louis nomment les Bivières du Sud, par ceux de la Guinée Portugaise, et par la Gambie, fleuve anglais dans son cours inférieur ; vers le nord par le Sénégal ; vers le sud-est et vere l'est par le Niger. Eu comparant

à la Suisse le Fouta-Djallon, celui-ci ne précipite pas vers le midi des flots aussi larges que le Pô, que le Rhône; le Sénégal est son Rhin, et le Niger son Danube, mais ce Danube, plus long d'une longueur de Rhin que le passant tumultueux des Portes-de- Fer, ne va pas droit vers son engloutissement; au contraire, il fait vers le nord-est, au pays de Tombouctou, borne entre Sahara et Soudanie, un tel coude que pour en décrire un pareil en Europe l'eau de l'Engadine et de la Forét-Noire devrait serpenter à travere la Bavière, la Bohême, la Silésie, la Pologne, la Lithuanie, la Courlande, puis, arrivée à toucher la mer Baltique vers Riga, tourner au sud pour aller finir dans les flots de Smyrne, Athènes et Salonique.

Suisse comme épanchement de fleuves, le Fouta- Djallon ne l'est pas comme acropole, avec grands lacs, glaciers, cimes souveraines. Jusqu*à ces derniers temps, on l'avait cru tel. On aimait à opposer à la très haute Abyssinie d'Orient, mère du Nil située très exactement sous les mêmes latitudes, une Abyssinie d'Occident, mère du Niger; et, trompé par quelques hyperboles des indigènes, on supposait des altitudes de 2000, 5000, 4000 mètres et plus, à ce qu'on nommait les Alpes du Fouta-Djallon ; on y voyait d'avance des pics éthéréens, des sapins sombres, de blanches neiges éternelles, des cascades de mille pieds.

Bien moindre est la gloire deis monts Fouta-Djallonkés. Les cimes abyssiniennes s'élançant à 4000, 5000 mètres, les granits, quartz, gneiss, schistes, grès du Fouta-Djallon s'arrêtent à 1500, 1800, peutêtre 2000, hauteurs d'Auvergne et non d'IIelvétie. Et à leur est et sud-est les rochers d'où procède le très grand Niger semblent ne point dépasser 1350 : pas môme l'élévation des Cévennes.

Mais s'il n'a pas la sublimité soucieuse, ce pays a l'enchantement. C'est un chaud Limousin où tel oranger de dix pieds de tour donne l'ombre à dix fois cent hommes — Limousin par la nature non friable des roches, par la ruisselance des torrents sous 1200 millimètres de pluie chaque année, par la solidité de son peuple, qui est double — d'abord les Djallonkés, qui sont des Mandingues asservis, puis, au-dessus des Djallonkés, la caste asservissante des Foulahs.

Les Mandingues ou Malinkés, c'est-à-dire les Hommes de Mali, ont pour eux l'espace et le nombre.

Quel nombre? On no saurait encore se hasardera le dire, mais leur aire est très vaste : bassin do la

SOS COLO.MBS

Gamliif. bassin du Sénégal supérieur, et tout ou partie du Haut Niger à partir de la cr^te des Kongs; puis, au delà de cetle crèle, le versant de plusieurs fleuves guinéens. De ce cdté l'on ne sait trop; le pays est encore fort inconnu el c'est à peine si les Français commencent h s'y reconnaître un peu.

Dans celles de leurs sous-nations qu'on a visitées jusqu'il ce Jour, Gambiens, liommes du Mandingue, Soniukés, Djallonkés, Banibaras, on voit en eux

des Nègres vraiment nègres, infiniment moins beaux que les Foutahs négroïdes, à plus forte raison que les Blancs ou les Dorés. Comparés aux Ouolofs, ils sont et moins noirs et moins athlétiques.

On peut dire que sans beaucoup de barbe ils ont la figure plus rébarbative que la plupart de leurs cohéritiei-sdu Soudan.

Mais ce visage varie singulièrement suivant les lieuï — or leur terre est grande et variée — el'

suivant les mélanges — or, tout le long de leur histoire, le courant de la destinée les a fait tournoyer avec une foule de peuples : d'autant qu'ils ont été de grands voyageurs en Soudan.

Us ont essaimé, mué leurs demeures, mené de petites ou de grandes armées, détruit des royaumes et, à la place de ces my.numes, fondé au xiV siècle l'empire le plus énorme qu'ail vu l'Afrique occidentale; alors Tomliouctuu leur appartint.

il parait qu'aucune race du î>oudan Français ne les égale en intelligence. Us ont l'esprit ouvert, la mémoire imperturbable, le don des langues à

l'égal du Slave, et. avant tout, le génie du commerce; on les a surnommés les Juifs de l'Afrique occidentale; caravaniers ou colporteurs, il n'y a pas un village de ce grand coin d'Afrique ignoré de leurs marcbanils.

Semblables aux piédicants anglais, qui vendent des verroteries, des cotonnades on des cassonades en même temps que le livre qui a les paroles de la Vie Éternelle, les négociants nialinkés mêlent à leurs trocs les préceptes du Coran. Ti-ès fidèles musulmans, ils prêchent partout le Dieu dont Mahomet fut ici-bas l'interprète. Aussi beaucoup

SOUDAN

savent l'arabe, en plus de leur malinké, qui est une langue à suffises dure, violente, gutturali-.

-Ainsi peuplé de deux races avec deux idiomes et

avec deux religions, les Foulalis élant musulmans et les Djallonkés païens, le Foula-DJallon passe poui' posséder 600 000 homme». Le peuple obéit k un almamy, c'est-à-dire à an sultan. Cet aliuaniy

Gucrricn mudliigun. — I>esila lie Ranjal.

réside à Timbo, ville de cabanes coniques h 758 1 pires et dominations des Foulahs, le royaume de

mètres au-dessus des mers, non loin <lu naissant Sitnégal. A Pougoumba, qui est n sa bonne ville de Reims n, il reçoit l'investiture de la main d'un marabout. Non moins promis à lu mort que les autix's ein-

Timbo vient d'accepter le protectorat de la France. Pouvoir de nom qui ne tardera guère â devenir puissance de fait, parce que le Foula-Djallon, sanatoire éminent de la Soudante occidentale, altiiiira plus de Blancs que ii'iuipuite quelle terre basse de

son pourtour, et qu*il les retiendra mieux par la saine saveur et la beauté de sa nature.

Du Fouta-Djallon procèdent donc Niger, Sénégal et Rivières du Sud.

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