C'est-à-dire c La Plus Grande
ALGËRIÈ
vaut mieux aborder là qu'ailleurs pour assaillir Alger.
iNapoléon 1*^ avait médité d'envahir l'Afrique du Nord, comme en fait foi l'article V du traité secret de Tilsitt entre la France et la Russie :
« Les villes de l'Afrique, telles que Tunis, Alger, seront occupées par les Français, et, h la paix générale, toutes les conquêtes que les Français auront pu y faire pendant la guerre seront données en indemnité aux rois de Sicile et de Sardaigne. »
Ainsi nous aurions dompté les Barbaresques pour d'autres que pour nous, et c'est de l'italien qu'on aurait gravé sur la pierre du buste impérial, dans le jardin Marengo S au lieu des mots français : « Il avait rêvé cette conquête » ! C'est donc contre toute vraisemblance, malgré lui, presque malgré la force des choses, que le Gaulois domine chez les Africains.
Napoléon envoya en mission secrète sur la côte d'Afrique le capitaine Boutin, qu'il a\;ait chargé d'étudier le meilleur lieu de débarquement d'une armée et la route normale de cette armée entre Tendroit de l'abordage et la ville des reïs. Ce capitaine était habile, puisqu'on Télut pour ce péril et cet honneur; il était intrépide, puisqu'il accepta le danger; il fut heureux, puisqu'il en sortit vivant et qu'il revint en France avec un morceau du destin d'Alger.
A peine Tarmée s*était-elle retranchée dans la presqu'île de Sidi-Ferruch que, le 16 juin, la saison sereine redevint encore un orageux automne, les vents se brouillèrent et s'ébranlèrent en tempête, présage d'une déroute <c à la Charles-Quint ». Le 17, le 18, le 19, on se battit trois jours : 50000 Musulmans roulèrent sur les Roumis * comme des torrents d'hommes et de chevaux.
C'était certes une brave armée, sûre de vaincre, puisque Alger était invincible et que la mer se soulevait déjà, demandant sa proie. Il y avait là les janissaires, phalange éprouvée, et les contingents desbeys d'Oran, deConstantine, du Titteri; on y voyait des Osmanlis, paysans osseux, trapus, patients, stoïques, nourris sur les âpres plateaux de l'Asie Mineure, des Albanais dont la joie est dans le sang, des Berbères de maint adrar empanaché de neige, des Arabes du Steppe et du Désert, des Noirs nés par delà les Grands Sables. Du Tombeau de la Chrétienne, sépulcre des rois de Maurétanie, vingt siècles regardaient cette vaillante poussée de l'Islam, conune quarante siècles avaient contemplé près du Nil la bataille des Pyramides.