‹ La France et ses coloniesChapitre 191 sur 283 · En espagnol, marfil; en portuprais, marflm · texte numérisé non relu

En espagnol, marfil; en portuprais, marflm

cend par filtration dans la profondeur, et les puits qui vont la quérir ont 100, 120, 150 pieds. Comme le « lac » de Mérinaghcnne perd jamais toute onde, sa mare (car ce n'est en hiver * qu'une mare) devient, quand tout a séché autour d'elle, le rendezvous des animaux altérés à mourir de soif et tirant démesurément la langue; tous s'y réunissent, les bons, les méchants, les pires, les grands, les moyens, les petits, les bondissants, les marchants, les courants, les rampants, les volants; mais on n'y voit plus l'éléphant, qui n'y était point rare vers 1850 : il est parti pour le Midi, réfléchissant dans son énorme tète à la singulière méchanceté du minime animal qui se tient droit, sur deux jambes seulement.

Quand on a monté, descendu le Sénégal en navire pendant les grandes eaux, puis qu'on le recontemple aux eaux basses, on a peine à le reconnaître. II ne s'avance plus en courant puissant entraînant on ne sait combien de milliers de mètres cubes de flots jaunes par seconde; ce n'est plus qu'une onde indolente en ses biefs, qui seuls ont gardé quelque profondeur, et partout ailleurs une racle où les bateaux ne savent comment passer, à chaque instant ils touchent la roche.

A partir de Mafou, lieu situé sur le bras septentrional de l'île à Morfil, à 550 kilomètres de la mer, la marée masque l'indigence du fleuve, elle en élève assez le niveau pour que les petits vapeurs montent jusque-là ; mais le Sénégal ne devient salé qu'à 75 kilomètres de l'embouchure, et encore aux mois secs seulement, car la poussée des eaux douces de l'hivernage est telle qu'elle refoule la vague marine jusque dans l'Océan lui-même ; en temps de crue la ville de Saint-Louis, bien que peu éloignée de la barre, pouvait puiser sans danger dans son fleuve, alors dépouillé d'amertume. — Elle se pourvoit aujourd'hui dans un lointain marigot d'amont.

L'un des marigots de droite ne rend pas, diton, au Sénégal l'eau qu'il lui emprunte. 11 paraît qu'un bras qui se détache à quinze lieues en amont de Saint-Louis garde son indépendance jusqu'à l'Atlantique. 11 l'atteint d'ailleurs rarement, il faut pour cela que le fleuve irrité monte à de hauts niveaux : alors il se force un passage dans ce chenal, maintenant presque oblitéré, qu'on appelle marigot des Maringouins. Serait-ce là le témoignage d'une antique embouchure à vingt ou vingt-cinq lieues au septentrion de la barre actuelle? En tout cas, la

1. Il convient de ne pas oublier que l'hiver est la saison sèche au Sénégal.

fourche dudit marigot marque le commencement d'un delta, que la mer ne peut remanier, l'entassement des sables de l'Océan par les grands vents d'ouest ayant plaqué en avant du littoral un long bourrelet de dunes.

Derrière cette levée, le Sénégal, empêché de s'éparpiller sur sa droite, finit par concentrer en un seul lit tout l'écheveau de ses marigots deltaïques dont 1 500 000 hectares se partagent les boucs, les sables, les joncs et roseaux, les étangs, les ruisseaux et les rivières, monde alluvial que la crue annuelle ne laisse jamais entièrement pareil à lui-même.

A la lisière occidentale du delta, le fleuve presse entre deux bras, celui de l'ouest moins large que celui de l'est % Tilc de Saint-Louis, longue de 2400 mètres, large de 100 à Î200, vis-à-vis de la paludéenne île de Sor, qui est beaucoup plus grande.

Saint-Louis règne sur la colonie dont l'antique indolence a fait place aux jeunes efforts d'expansion vei*s le Niger. Ville de vingt mille âmes, elle n'est point laide, dit un voyageur qui a beaucoup aimé le Sénégal*, mais ses environs sont arides : « Qui n'a éprouvé un serrement de cœur en regardant, de la pointe du Noi*d, cet horizon terne où l'œil distingfue péniblement des herbes flétries et le sombre feuillage de quelque manglier rachitique posé comme un regret sur les rives silencieuses du fleuve? Bien des familles ont quitté Saint-Louis, quand il n'eût fallu pour les y retenir qu'un peu d'ombre et de fleurs. »

De Saint-Louis à la fin du « Ru de l'Or », il y a bien dix kilomètres, mais il n'y a que quelques centaines de mètres entre la ville et l'Océan, à travei's la « Langue de Barbarie », sur laquelle elle a ses faubourgs de Guet-Ndar et de Ndar-Toute. Cette « langue w n'étant qu'une dune basse, de Saint-

Louis on entend l'orageux murmure des mci*s, et des brises fraîches soufflent du grand large.

Les vents d'Atlantique, jetant le sable à rencontre du fleuve, ont élevé ce cordon littoral singuliè-^ rement droit, singulièremenlôtroit', singulièrement bas*. Mais après l'avoir tiré de leurs entrailles, nier et fleuve le démolissent incessamment par leur double poussée, celui-ci dans ses crues, celle-là dans ses tempêtes; aussi la « langue » crève-t-elle

1. Le bras de Test a 600 mètres d'ampleiir, celui de l'ouest 200.

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