‹ La France et ses coloniesChapitre 193 sur 283 · Plus exactement du Sud-Est · texte numérisé non relu

Plus exactement du Sud-Est

Animent plus depuis que mainte ville de bains borde notre estran du Sud-Ouest, tandis que très rares sont les hameaux de pécheurs animant l'estran du Sahara sénégalais.

De ces hameaux le nombre pourrait fort augmenter, tellement les eaux sont poissonneuses. Il y a par ici, sous la brûlure du soleil, un grand banc comme à Terre-Neuve dans les froids brouillards; c'est le Banc d'Arguin, qui commence près du Cap Blanc et finit près du cap Mirik, longueur de quarante lieues, surface de 840000 hectares ; les poissons y frayent par milliards sur des sables, des récifs, des traînées, des hauts-fonds que l'Océan submerge, puis qu'il abandonne pour quelques lieures dans l'éternel soupir de sa respiration.

C'est du cap Mirik au fleuve Sénégal que la rive saharienne est aussi raide que celle du Marensin, tandis que du Blanc au Mirik, des promontoires la brisent, des baies l'indentent, des îles, des îlots la regardent.

Au sud du Mirik, Portendik ne doit point sa première syllabe. Port, à la langue française. Le lieu n'offre aucun asile aux navires; une mer saccadée entre la dune et le ressac extérieur, sur un banc de sable, voilà sa rade, toujoui*s solitaire.

Au midi de la bouche du Sénégal, jusqu'au Cap Vert, pas de rivières non plus. Côte également rigide, sans rentrants, sans ports, sans calanques; avec dunes, ici boisées, là gazonnées, où pâturent les bœufs des Foulahs ; avec étangs salés à côté des niayes, étangs d'eau douce, fraîche, transparente, où se mirent la fougère, le palmier, la liane. Mais elle n'a pas derrière sa dune un Sahara d'implacable dureté, pays de la faim, de la soif, du simoun, steppe immense du désespoir. A l'orient de ses derniers sables s'étend le Cayor, terre fertile dont le damel ou roi tient son investiture de la France; le chemin de Saint-Louis à Dakar y passe dans de beaux vallons, il y traverse des forêts, des bois, des champs d'arachides, il y côtoie des lagunes, il y frôle de grands villages, de petites villes peuplées d'athlétiques Ouolofs. Ce bon peuple joyeux remplit presque exclusivement le Cayor et autres pays voisins : le Oualo qui, tout proche de Saint-Louis, sur la rive gauche du fleuve, a vu son brak oumonai*que disparaître par annexion à la France; le Baol, à l'est du Cap Vert, au sud du Cayor; le Djolof, au levant du Cayor et du Baol, à la lisière du désert de Ferlo ; le Sin et le Saloum, au midi du Baol. Bref, il occupe à peu près tout le pays entre Sénéffal, Gambie, Falémé.

Derrière le Oap Vert, qui est le lieu le plus occidental de toute l'Afrique ', une courbure arrondie de la cùte amplement ouverte sur le raidi renferme l'Ilot de Corée, le port de Dakar, et la ville de ItuDsquo.

Corée : ce nom vient du hollandais, soil qu'il soit un accourcissement de Goede Rede', soit, plus probablement, qu'il rappelle, vis-à-vis du Soudan, l'Ile néderlandaise de Goeree, en face du continent d'Europe, devant la plage basse de )a Zélande par où s'ouvrent en mer les bouches du Rhin. S'il ne vient point de Goede Rede, la pelile île n'en offre pas moins une rade excellente, avec 10 à 30 mètres de fond, telle qu'il n'y en a guère de si bonne sur la côte occidentale d'Afrique. Cependant on

peut lui préférer, à petite dislance vers le nord, au fond même de la baie, l'anse à l'ouest de Dakar, inaccessible en tout temps à la turbulence de la mer, tandis que Corée subit quelque houle durant les mois d'hivernage. L'ileltc goréenne est un bloc de basalte de ?6 mètres de suprême bauleur, de 56 hectares seulement d'étendue, la longueur n'allant qu'ù 900 mètres.

Dakar croissant, Corée diminue.

Avant 1863, Dakar n'était rien; tout juste une anse du rivage. Aujourd'hui c'est le grand port du Soudan français, la tète de sc-s chemins de fer, et vraisemblablement sa future capitale. Tout cela grâce à son port superbe plutôt qu'à son cliwat, qui n'est pas salubre, mais qui peut le devenir, car

baiut-LouU : Vue

l'jpri's une photographie

le sol est de sable, l'eau qui sourd dans les dunes est fraîche et le vent qui souffle est le vent de la Grande mer.

Dakar porte un nom ouolof, qui veut dire le Tamarinier; sa voisine, un nom portugais, Rufisque étant la corruption française des deux mots lusitaniens Rio Kresco, Rivière Fraîche. Amèrc dérision ! il n'y a point là de fleuve, ni d'eau cristalline, mais des lagunes tièdes, malodorantes, malsalubres. Pourtant, telle quelle, celle ville prospère, par le commerce du Cayor, dont elle est l'entrepôt.

Au delà de Rustique se siiivenl : Portudal, fort français; Sainf-Joseph de Ngazobil, mission catholique autour de laquelle une foule de gens parlent le fi-ançais qu'ils ont appris chez les l'èi-es du Saint-

Esprit: Joal, autre fort français; enfin l'estuaire du Saloum, encombré d'ites vaseuses.

Hors des atteintes du flot de mer, le Saloum est une modeste rivière qui passe devant notre poste de Kaolak. Le peuple prépondérant de son bassin, en même temps que de tout le Ulloral à partir du Cap Vert, la nation des Sérères s'est diversemcnl mêlée, sur un territoire d'environ 1200000 bec* tares, avec les deux races auxquelles elle confronte, avec lesOuolofs au nord, avec les Mandingues au sud et au sud-est.

Les Sérères sont des géants s'il en est sur terre. On trouve chez eux des hommes de six pieds non moins facilement que chez nous des hommes de cinq pieds six pouces. Aussi pru qm* les Uuolofs ils ont teint de lis et de rose. Noirs très noiiiî. ils fêtent la dive bouteille autant que n'inqwrte quel autre peuple nègre, mais il n'y a pas dans celle

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bouteille It! vin généreux qui égayé; ce qui en sort, nbominablc poison, c'est la sungara, l'eau-devio mêlée de poivre, de piment, de tabac, qu'ils doivent à la mère des arts hypocrites, à l'Europe.

Sans rien dire ici des Blancs de l'ancien comme du nouveau continent (les Blancs septentrionaux, s'entend), l'ivrognerie est le péché mignon dos Nègres. Si dégradante qu'elle soit, il lui faudi'a longtemps pour réduire au racbitisnie la carrure des Sérères.

Dans le Tond, celle nation se rattache inlimenienl aux bons Ouolurs. dont elle semble un métissage; sa langue est proche pa- ■■ente de la leur et l'on ne compte pas les Sorères qui parlent h la fois et le séi-ère et le ouolor. Encore païens en grand nombre, le catholicisme gagne sur eux par l'action de£ missionnaires de Saint- Josepb de Ngazobil.

Plus encore le mahométisme par la piédication des marabouts; cependant l'intervention politique et militaire de la France, l'huai il iation des Maures, la destruction de l'hégémonie des Foulalis et des Toucouleurs ont

fcrandement diminué

■ -, - lu SiTtre. — Giavurp lie Tli

par ICI la puissance

morale di' l'Islam, et il

y a, suivant les pays, uu temps d'arrêt ou recul

dans sa propagande.

Au delà des branches estuariennes du Saloum on quitte momentanément le Soudan français pour un Soudan bien moindre où l'Angleterre domine entièrement depuis que la France lui a cédé son comptoir d'Albrédn, riverain de la Gambie, moyennant une concession de nulle importance au nord de Saint-Louis, dans les parages de Portendik.

Ce Soudan <c saxon t , c'est le bassin inférieurile

la Gambie ; le bassin supérieur vient d'accepter le protectorat Français.

La Gambie a marié son nom au nom du Sénégal pour former celui de Sénégambie, qui désigne l'ensemble du Soudan maritime, depuis le Sahara jusqu'à la Sicrra-Léoné. L'importance croissante du Sénégal, l'insignifiance comparative de la Gambie, refoulent de plus eu plus, dans l'usage courant, le terme de Sénégambie, que remplace insensiblement celui de Sénégal.

Ce mot d'insignifiance à propos de la Gambie ne veut pas dire que la Gambie soit sans valeur; elle R, tout au contraire, de grands avantages sur le Sénégal: mais, ces privilèges, elle les rachète par un tel excès d'insalubrité que les Anglais n'ont pu (ou n'ont su) tirer aucun parti de ce fleuve,

La Gambie mène au Niger supérieur par un chemin beaucoup plus court que celui du Sénégal; par malheur on se heurte dans son haut pays au bloc du Fouta-Djallon, tandis que le Bakhoy et le Baoulé conduisent par une route de plaine au Bjoliba de Bamakou.

Le fleuve angio • franco-nègre n'arrive pas en mer par une barre de petite profondeur, de grande incommodité. Les naviresy enti»ntà pleine aise, par 11 à IS mètres d'eau, puis ils y flottent dans un ample estuaire oA ils trouvent dès l'abord 20 mètres de fond sur 4 kilométivs de large. Plus haut le crenx est moindre, mais le fleuve écarti^ ses rives ii 10 kilomètres : ainsi notre Gironde a plus de 10000 mètres d'ampleur entre Ilichard et Uortagne. puis, b l'embouchure, elle se contracte à 51X10 entre le Vei-don et Itoyan. On la navigue longtemps sans peine sur des

jiliulograiilii

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MKv do brnl^nicrf ï Sédliiou (vo). y. 3IU|. — Dessin île P. Laiigloi>, d'a|>i-ès une pholagri]>lii». 0' Reclos — Jio> CouMics. 11 — 43

vaisseaux calant 3 mèlres ; la marée la soulève pendant 281) kilomètres, jusqu'à Mac Carthy; même les navires ne s'arrêlenl pas là, du moins les petits; ils on! le champ libre, voire en sécheresse, jusqu'aux roches de Baira-Kouiida, rapide qui barre le neuve à ii5 lieues de l'Atlanlique.

Lîi on n'est pas arrivé dans la montagne foutadjaltonkèse et long;temps encore on peut remonter

cette eau prodigieusement sinueuse, lent^, traînante, embarrassée, ayant à droite, à gauche, une campagne d'insigne fécondité, de par son origine alluvionnaire et aussi de par la vertu d'un ciel bien plus humide que la voâte ardente qui s'arrondit au-dessus du fleuve Sénégal,

C'est par 17! mètres d'altitude qu'on ta voit, large de 300 mètres, sortir de sa vallée supérieure.

Débarcadère de ttaklr. -

DnslD d'I. de Btr, d'aprèe ui

' pliol«grs|>bic.

Dès lors on monte très vile aux sommets dont elle descend sous le nom de Dinia' que lui ont donné les conquérants foulahs, héritiers des Djallonkés. On estime à H50 mètres au-dessus des mers l'élévation de sa source, au plus haut du Fuuta-Rjallon.

1200 kilomètres, voilà son lil d'eau; 5 millions d'hectares, voilà son bassin; 250000 hommes, voilà son peuple, qui estmandingue. Là-dessus. les Anglais ne régnent effectivement que sur I50U0 Noirs et sur 17900 hectares.

1, Dcscarica l 'appellent Diri ma-

ils n'ont pas de colonie plus misérable. Mémo, contre leur habitude qui est de l'emporler en commerce sur toute autre nation dans les trois quarts des pays du Globe, ils trafiquent ici beaucoup moins que les Français ; ils y ont moins de nationaux que la France ; ils n'y peuvent vivre.

Leur intérêt éniinent serait de céder ce territoire à la France, qui les presse ici de trois côtés, au nord par le Sénégal, à l'est par le Fouta-Djallon, au sud par la Cazamance.

Ils l'auraient depuis longtemps troqué avec nous

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contre d*autres comptoirs africains sans la passion haineuse de leurs missionnaires, qui ont horreur de tout ce qui est catholique, ou, comme ils disent, papiste, romain, païen — car pour eux ces trois mots-là, et aussi celui de Français, sont d*étroits svnonvmes.

Au midi de la Gambie la terre française recommence par l'estuaire d'un fleuve qui n'a pas cent lieues de long, tous replis en compte, en un bassin de 1500000 hectares habité par i 00 000 hommes (on suppose).

Cet estuaire, dit la Cazamance, est tellement vaste, compliqué par des chenaux, qu'à parcourir son labyrinthe on imaginerait Tembouchure d'un fleuve immense confusément achevé dans une Hollande en serre chaude, entre des forêts marécageuses d'où s'élèvent, ici des arbres, hauts, droits, fermes, superbes, là, dans toute leur difformité, sur les vases, dans les Ilots inconstants faits et défaits chaque année, les mangliers et palétuviers, qui sont moins arbre que racines.

La Cazamance naît chez des Mandingues, elle finit chez des Féloups. A iOO kilomètres de sa source, à Kolibentan, elle peut porter des bateaux. Dès lors, en pays très bas, elle s'élargit à tel point que devant Sédhiou son lit (le 2 mètres seulement de profondeur embrasserait quatre ou cinq fois la Garonne de Bordeaux.

Sédhiou, la Francès-Kounda * des indigènes, date de 1837, année de notre arrivée dans cette région. Jolie ville nègre presque exempte d'Européens, elle est pourtant moins funeste aux Blancs (malgré la bassesse du sol) que la plupart des postes du Sénégal et des Rivières du Sud. Les bateaux lui viennent, poussés par la marée jusqu'à 175 kilomètres de la mer; ce qui les gène plus que le fleuve, lequel est de bonne navigation, c'est la barre d'entrée, avec 2 mètres d'eau seulement à marée descendue.

De même que la Gambie est en l'air enlre une terre française au nord et une terre française au sud, la Cazainancc est en l'air entre une terre anglaise au septentrion et une terre portugaise au méridien.

Les Lusitaniens séparent en effet la Cazamance de nos autres « Rivières du Sud» par un territoire de 4200 000 hectares qu'on croit peuplé de 150000 à 200000 habitants, le long du lUo Cachéo, du Rio

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