‹ La France et ses coloniesChapitre 200 sur 283 · II. Agoué, Grand-Popo, Porto-Novo. — Du · texte numérisé non relu

II. Agoué, Grand-Popo, Porto-Novo. — Du

territoire d'Assinie, fin orientale du bloc des Grandes-Lagunes, à la bordure occidentiilc d'Agoué et Grand-Popo il faut traverser la colonie anglaise de la Côte de l'Or et l'établissement allemand du Togo.

Quand la Germanie n'avait pas encore pris pied sur ce rivage, nous possédions au couchant d'Agoué le littoral de Porto-Seguro et du Petit-Popo. Nous les avons abandonnés en 1885, par un acte formel, en échange de prétendus droits de l'Allemagne sur des villages maritimes du pays des Rivières du Sud. La perte est mince.

Conformément à la nature du rivage guiuéen, il y a par ici des lagunes côtiéres, parallèles à la plage, mais elles n'ont point l'ampleur de celle d'Ébrié, encore moins du lac d'Assinie.

Ces eaux si voisines de la mer furent précieuses aux marchands dont le trafic valut à ce rivage son nom de Cote des Esclaves ; par leurs graus elles donnaient asile aux négriers suivis de trop j)rès par les navires de la croisière ; dans le secret de leurs replis les plus dissimulés, les acheteurs de « bois d'ébèuc » parquaient la marchandise avant

de l'embarquer pour le Brésil, Cuba, les Antilles, les États-Unis.

Agoué, chez les Nègres Nagos, relève de la France depuis 1885. Son domaine renferme 5000 •personnes, peut-être 6000; d*ailleui*s qui le sait bien ? Bourg dans le sable, ni sur l'Atlantique, ni sur l'étang littoral que les pluies distendent de 200 mètres, largeur en sécheresse, à 1200, largeur en hivernage, il est bien moins français que portugais depuis que des Noirs et Mulâtres libérés lui sont venus en grand nombre du Brésil, apportant avec eux la langue des premiers circumnavigateurs de l'Afrique.

Le Grand-Popo, français depuis 1885 également, a devant lui la mer; derrière lui, un peu plus loin, la lagune empestée dont 400 à 500 mètres font l'ampleur. Les 5000 habitants de son territoire sont : des Nagos ; des Minas, Nègres qui perdirent tant des leurs dans le grand empire lusitanien d'Amérique; des Djédis ayant fui le Dahomey, royaume dont le monarque, les guerriers, les féticheurs sont monstrueusement féroces. On espérait qu'ils ne couperaient plus de têtes, les Portugais ayant imposé, par un acte devenu caduc, leur protectorat au fameux monarque défendu par de noires amazones; qu'ils ne verseraient plus des fleuves de sang pour réjouir leurs dieux, leurs ancêtres, obéir h la loi, complaire aux coutumes.

Cette annexion déguisée aurait barré à nos comptoirs les routes des Kongs, h moins que tel des rios qui tombent au nord dans la lagune ne descende du mont par un val non soumis aux Dahomiens, ce qu'on ignore entièrement.

Notre bloc oriental de Guinée n'est pas homogène. Le Dahomev littoral avec sa ville de Ouaida*, laquelle a 25 000 âmes, sépare notre Grand-Popo du rovaume de Porto-Novo, carré de dix à onze lieues de côté, de 180 000 hectares de surface, protégé depuis 1864.

Le pays de protectorat étant carré, on ne peut dire qu'il s'arrondit autour de Porto-Novo, sa cité, riche, dit-on, de 50 000 hommes, la contrée protégée en ayant en tout 100 000 (?).

Compris entre le Dahomey à l'ouest et la colonie anglaise de Lagos à l'est, le Porto-Novo s'appuie, du côté du Dahomey, à la grande lagune, on peut dire au grand lac Nokhoué, qui reçoit l'Ouéraé ; du côté du lion britannique, il confronte à la rivière Addo, dont il tient la rive droite. Sur la mer, ou, plus exactement, au bord d'une lagune, il a pour

i. Widah, \Vydah, des Anglais et de presque toutes les caries.

port le village de Kotonou, h nous cédé en 1868 par le roi sanglant, maître et bourreau des Dahomiens, qui sont pour la plupart des Nègres de la nation des Djédis.

Cerné par les Lusitaniens à l'occident, par les ;( Bretons » au levant, le Porto-Novo peut-il s'allonger au septentrion vers le toit des eaux, faite avec le Niger, à travei*s les peuplades que les Dahomiens rançonnent? Cerné par les Lusitaniens, c'est trop dire, puisque le Portugal vient de renoncer à sa suzeraineté sur les Dahomiens : répudiation inconsidérée, car, dans la réalité des choses, il serait facile aux Portugais d'être puissants en ces parages d'Afrique; leur langue est ici très répandue et ne cesse de gagner autour d'elle par l'immigration des Brésiliens, métis d*avancc adaptés à cette nature terrible qui reviennent, libres désormais, dans l'ancienne patrie d'où leurs ancê-

tres partirent esclaves sur les vaisseaux négriers des lagunes, au seizième siècle, au dix-septième, au dix-huitième, même au dix-neuvième. Guinéens par leurs aïeux, le temps n'a pas encore coupé toutes les fibres qui les nouent à la Guinée.

En calculant, très généreusement peut-être, nos protégés du Porto-Novo à 100000 hommes, Ceux de TAgoué et du Grand-Popo à 100000, Ceux d'Assinie et du Grand-Bassam à 100 000, Nous arrivons à 500 000 personnes, sur quelque 1 500 000 hectares.

Et, en poussant les trois protectorats jusqu'aux Kongs, hauteur des terres, on aboutit à 700000 Noii*s, sur 6 millions d'hectares.

De combien de centaines de milliei^ d'hommes sur combien de centaines de miiliei*s d'hectares se trompe celte statistique prématurée?

Cale iiche 1 Libreville du Gibon (Toy. p. 359 et 560). -

n de Tb. Weber, d'aprtï une pliotognphi».

CONGO

[. De 1470 à 1887. — On n'a pas à Ucinaiicler quel peuple europii'en reconnut le premier les estuaires, les fleuves, les caps, les dunes du rivage, brusquement devenu français, qui se déroule sur environ sept degrés de latitude, du 2' degré N. au 5" degré S. : d'utwrd du N,-N.-E. au S.-S.-<l., puis du N.-N.-O. au S.-S.-E., de l'embouchure du Rio Campo à celle du Hassabi.

Ce fut le peuple portugais, comme sur toute la cdte d'Afriqui; ', dans le luémorable périple de ses . caravelles à la recherche de l'Inde, de l'or, du Préti-e Jean, des épices.

Les Lusitaniens arrivèrent ici dès l'an 1470; ils donnèrent il ce qu'ils tiviuvèrent des noms h paternels a dont plusieui's vivent encore : Itio Sâo Benlo, Rio Fernan Yaz, Cap Lopez.

Emportés vei-s le sud, comme par une force invincible, le Gabon ne les arrêta point ; ils n'y fon-

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