cst ce que signifie le nom de TanganYika
Toujours est-il que le Loukouga débonde ou ne débonde pas te lac, selon la hauteur du niveau du Tanganjika. [>ansces dernières années, depuis qu'il s est mis â rceoulcr, la (I Réunion des Eaux a abaissé de 4 mèlres et demi.
Le Congo, large eau brune, arrive à l'Equateur.
Sept grands rapides, les chutes Stanley, marquent son passage sous la Ligne.
L'altitude de l'endroit est de iôO métrés. En ces lieux il n'est encore qu'un petit Heuve, conipai-é k ce qu'il devient pendant les 1700 kilomètres de son voyage entre le seuil de la première cataracte ea aval du lac Stanley et le commencement de ses
c SUnleT : Tue prise de BraiiaiilLe. — Dessin de Tajlar, d'aprè* un croquii de V. Ponel.
« plongeons a équatoriaui. Tant de puissantes rivières lui arrivent : l'Arahouimi, venu du nordest; rOubanghi, dont on présume qu'il continue l'Ouellè des Niams-Niams et, plus fort que tous, le Koua-Kassaï, qui est un Danube en abondance s'il roule par seconde les 9000 mètms cubes qu'on lui attribue et que comporte Tort bien le lit par lequel il arrive au douve : la largeur n'en dépasse pas 400 mètres, six fois moins que les 2 kilumélres et
demi d'amont, mais il y a là 40 mètres de creux avec un courant de trois lieues à l'heure. Une des maîtresses rivières de son bassin, le Kouango, est ce Nzadj pris longtemps par les Portugais pour la branche mère du Congo lui-même, qu'ils appelèrent, par distorsion du mot, le Zaïre; un autre nom du Nzadi chez les indigènes, c'est Zezore, et justement la Lusîlanie possède, en son lùtréma^ dure, un Zezere, bc-au torrent qui, descendu de la
DaiiB un lilligc tO'Jlianghi |voy. p. 379.) — Cnvure de Thiriil, d'ipr^t une photographie cammuiiiiiui<« |»r II Socii.>t<< àr Céogripliip
CONGO
Serra da Estrella, mCle à regrel son onde claire aux eaux louches du Tage. Le Koua-Kassaï, lui aussi, ne confond qu'avec peine, et lentement, la nuance thé de son Ilot avec le courant brun du Congo.
G*est au vaste Oubanghi que la colonie française commence à border la rive droite du Rio Poderoso, voire Poderosissimo ; de TOubanghi, flot brun clair, nous tenons la rive droite, tandis que la gauche relève de TÉtat Indépendant.
A son entrée dans le fleuve, cette énorme rivière a plus de 5 kilomètres de large'. Aussi lui a-t-on fait hommage de 8000 mètres cubes par seconde, module évidemment exagéré, car si les crues dépassent de quatre à cinq mètres le niveau de Téliage, celui-ci ne laisse à TOubanghi que deux à trois pieds d*eau, sur des bancs de sable qui transparaissent ou môme se découvrent entièrement çà et là : c*est alors comme une Loire, huit à dix fois plus ample que le fleuve de Touraine, mais pourtant une Loire. En temps de crue on le navigue pondant 125 lieues; après quoi l'on se cogne aux premiers rapides.
On porte à dix fois cent mille le nombre des habitants du bas Oubanghi : Boubanghis et assimilés. Par ici tout autant que par ailleurs, les flux et reflux d'hommes, les heurts et reheurts, brassages et rebrassages des tribus n'ont cessé de mélanger les origines. Ne sont pas Boubanghis de race tous les (( bourgeois » ; des bourgades oubanghiennes dont beaucoup, ayant 1500, 2000, 3000 résidents, peuvent se comparer à nos petites villes de France; ni tous ceux qui demeurent haut en l'air, sur dos plates-formes, dans des espèces de maisons de bois accrochées à la fourche des maîtresses branches; ni tous les piroguiers qui sillonnent, dans de grandes pirogues, les rivières encombrées d'hippopotames; ni toutes les fenmies chargées de ferronnerie, de verroterie, de bijouterie barbare, jusqu'à cent, cent vingt livres de poids, au cou, aux bras, aux jambes, à la ceinture; ni tous ces hommes tatoués, peintres et barbouilleurs d'eux-mêmes; — mais tous parlent le boubanghi, dialecte bantou.
Rien au monde n'étant parfait, les Boubanghis pèchent en un point, la figure, qui porte l'empreinte nègre; mais leur corps est admirable, im dirait des athlètes également propres à la lutte, au cesie, au disque, à la course. Ils mangent volontiers l'ennemi qu'ils ont terrassé.
A rOubanghi succèdent, sur la rive française de
i. 325èinèU*es.
la grande rivière, la Bounga, de sources non connues, et la Likoualla, dont on ignore aussi les fontaines, toutes deux s'achevant chez les Bafourous ou Apfourous, parents des Boubanghis; puis vient, par plusieurs chenaux, l'Alima, qui a son principe chez les Batékés, sa fin chez les Mbochis, grands gaillaixls bien découplés, en proie aux sorcelleries, méchancetés et mauvais tours de leurs féticheurs — en quoi ils ne diffèrent guère des autres peuples issus de Cham. L'Alima, grand chemin du conmierce entre l'Ogôoué et le Congo, est l'un des courants les mieux explorés de l'Ouest Africain : au bout d'un voyage de quelque 550 kilomètres, elle mène en volume ordinaire 1000 mètres cubes, que l'étiage réduit h 225. Après quoi le Congo boit encore la Nkhéni et la Léfini, longues d'une soixantaine de lieues; cette dernière a son confluent presque en face de l'embouchure de l'énorme Koua-KassaL
Mais voici que le Congo s'endort dans le lac Stanley, rondeur de 21 000 hectares avec îlots en grand nombre et, sur sa rive droite, le Brazzaville des Français, à la contraction inférieure, là où, d'étang, le Congo redevient fleuve.
Torrent, pour mieux dire, puisque presque aussitôt il se déchire à la dévalée des monts qui sont la côtière occidentale du Grand Plateau d'Afrique.
Alors commencent les rapides, les bouilles et rcbouilles, les tournoiements, les gouffres, les « chaudrons du Diable » et « chaudières de l'Enfer ». Rumeur ou silence, chutes au nombre de 32 ou gours muets, grands ou petits rapides qu'on pourrait appeler les rides du fleuve, la descente est de 255 mètres en 275 kilomètres : la moyenne hauteur des cascades ne dépasse donc pas 8 mètres, et aucune d'entre elles ne plonge en Niagara; mais le Poderoso, dont la masse est cinq fois niagarasque, se démène dans de superbes gorges de granit, de gneiss, de schiste. Le Congo s'y contracte à des étroitesses de Garonne bordelaise, de Dordogne libournaise, de Seine rouennaise, à 450, 400, 300, même 225 mètres seulement en amont et près d'Issanghila, mais il se creuse à des profondeurs quasi marines de 80, 90 mètres, et son courant fuit avec la rapidité du grand galop des chevaux, à 8, 10, 12, 13 mètres par seconde. La France a sa part de ce long écroulement, par sa rive droite, mais non jusqu'à la dernière convulsion, qui est le rebouille de Yellala : le fleuve nous quitte bien avant, à Manyanga. Sorti des défllés où les grandes crues élèvent son niveau de 9 mètres, il se développe à l'aise, en un estuaire, car, à peine reposé
(le st>s brisements et tonnerres, la mer est là qui le guette.
Cetestuaii'eal? kilomètres de plus vaste amptt'ur, la largeur de l'embouchure n étant que de 11 à 12, inoins qu'à cent ei ceot cinquante tieues en amont, sur la plale-formc intérieure, dans le pays des Itoubanghis : là, séparant les Français des Belges, il se déploie lacustroment, et le dédale des bras, des coulées, des bancs, des ilôts, le distend à 15, 18, 30 kilomètres et plus.
V1. Que nous Tant le CongoT — Quoique
née depuis tantôt un demi-siécle, la colonie ne vit réellemenl que depuis une douzaine d'années.
Lorsque sonna l'An Terrible, elle ne comprenait que l'estuaire du Gabon et TOgAoué deltaïque jusque vers Lambaréné.
De si peu de valeur, on était prêt à l'abandonner âtoutjamais. On l'aurait volontiers troquée contre In Gambie ou tout autre dédommagement ; en 1 873 il n'y restait plus qu'une garnison de quelques hommes : une compagnie de tirailleurs du Sénégal, des Nègres avec ofliciers français.
11 se peut qu'Albion regrette de n'avoir pas pro-
Yuc de Ijinbarëii^. — Dessin dp Riou. d'après un croquis d« H. Jacques de Braiia,
fîté de notre misère. Habituée à ne jamais céder, autant qu'à toujours prendre, elle voulait pour rien ce dont' on lui demandait peu : elle y aurait pouHant gagné des biens magnifiques, un estuaire très précieux, l'accès du Congo, tout un nouvel empire, convoité d'avance, que se sont partagé Français, Portugais, Belges et Teutons. . Depuis ces heures de défaillance, la Gabonie est devenue, de l'.Atlantique au Congo, de Libreville à Brazzaville, le vaste pays de sylve et savane où cinq miUions d'hommes, Mpongoués, Bakalés, Dafourous, Boubangihis et autres, Banlous ou non Bantous, peuplent sans la remplir une patrie des gorilles, des léopards, des lions, des éléphants et des chevaux de rivière.
Mais notre empreinte y est encore très faible : tout au plus si nous avons ià 500 Français, tant soldats et marins que fonctionnaires, explorateurs, négociants, colons; nos établissements se comptent encore par petites dizaines, et dans le nombre il un est d'embryonnaires; les principaux bordent le littoral ou mai^iuenl le chemin du Gabon au Congo par l'Alima, et celui du Loango à Brazzaville par le Niart-Kouilou.
Sur la côte nous régnons avant tout par Libreville: puis, à 150 kilomètres au midi de cette capitale, par l'établissement du cap Lopez, qui commande les bouches de l'Ogôoué, situation jadis splendide pour le négrier : la plage aréneuse y est salubre, c'est un Duenos-Ayi'es, tout près de
l'imbroglio des chenaux du delta. Plus au sud, non loin du parage où nous cédons la rive de mer à l'enclave lusitanienne, Loango, qui fut une ville de l'empire du Congo, feudataire des Portugais, rassemble ou plutôt éparpille des chaumières faites de branches et brancliilles, d'herhes, de feuilles. de papyrus, ii cAté de comptoirs européens, devant une rade moins pernicieuse (jue mainte autre sur ce) estran plut, houleux, fouetté des brises; opr^s quoi la France occupe aussi Pointe-Noire, rade également passable, à 30 kilomètres au méridien de Loango.
Sur la mute de Libreville au Congo, Lambarénc,
poste de commandement, est en même temps mission catholi(|ue sur la rive gauche de t'Ogèoué, large de 1500 mètres, en aval du confluent du Ngounié. N(^olê voit l'apaisement du fleuve, au pied de la dernière cataracte : la garde qui veille aux barrières du haut pays s'y compose présentement de quatre fois dix Nègres. Lasioursville a, comme Lambaréné, dans son voisinage, une mission catholique. Madivillc disperse ses cases à l'ombre des palmiers. Doumé, bien salubre, a de superbes environs. Franceville tient assez exactement le centre de notre Uuest Africain, non très loin du faite entre le versant littoral, qui est celui de
'1 plalcsut, au Dord de BruiaviMe.
d'après une pholograpliie.
rOgôouè, et le versant intérieur, qui est celui du Congo : de là part la piste, qui se fait roule, qui se fera voie de fer, menant à la tête des eaux navigables de r.Uinia.
L'Alinia continue la ligne des postes par Dîélé, Lékéti. Mbochi, jusqu'à la rive du ru grandissime où nous avons pour station mineure Brazz.iville.
Bi-azzaville : pourquoi pas Brazza tout court? Cette fl ville », qui n'en est pas encore une, est supérieure de ôO mètres au niveau du lac Stanley dont elle contemple les rives; elle voit aussi des monts — devant elle ceux d'oulre-Congo; derrière elle ceux d'où procède le Ujoué, rivière qui, tirant l'être (le la même hauteur des terres que le Niarî- Kouilou, donne aux habitants du fleuve, presque 0. RiCLa<. — >'us CouiiiEs.
au seuil de sou grand ébranlement, une route, qu'on dit la meilleure, vers la mer, ceinture des continents. Brazzaville, où nous arrivâmes en 1880, s'appelait alors Mfoua. Des Balallis et des Batèkés, 5000 hommes en tout, habitent l'ensemble des villages et hameaux brazzavillois.
li^nfin, des stations veillent au bord du Niari- Kouiton.
Tout cela, c'est bien peu, mais le réseau des postes s'étend, desquels chacun devient aussitôt un centre de force, un foyer de lumière, jino école de français, une mission catholique ou pi-oteslante.
Que faut-il pour transformer ces cannibales déjà pénitents?
Avant tout, qu'ils parlent notre langue, fut-ce à la nègre ; après cola, qu'ils se mélangent au peuple des Fallas — c'est notre nom, tel qu'ils le prononcent.
L'un et l'autre se peuvent. Prendre à des Noirs leur verbe pour leur donner le sien, c'est là chose facile; changer leur être par infusion de race blanche, le climat le permet, il semble, en certains lieux d'élection, sur les plateaux, sur les monts, sur les sables, sur diverses plages vivifiées par les vents de mer, partout où le double hivernage ne moisit pas les hommes de race européenne dès la première année de leur séjour.
C'est dire que la Gabonie ne vaut pas le Loango pour les Fallas; ni le Loango le Congo d'au-dessus des chutes. Aux trois mètres de pluie du Gabon la région de Brazzaville à l'Oubanghi n'oppose parfois que quelques centaines de millimètres, même enire temps 200 au plus : h tel degré que la savane d'aujourd'hui y pronostique peut-être un Sahara de l'avenir. Et ce pays de l'intérieur nous va mieux que celui du littoral, parce que les saisons y contrastent, du très frais au très chaud, jusqu'à 40, 42, 45 degrés augmentés souvent par le souffle de fournaise qui monte de l'océan des herbes embrasées.
On peut donc espérer ici de l'avenir une France équatoriale. Elle ne sera pas plus française de race que n'est portugais le Brésil des Mamaloucos et des Nègres, où le sang de Lusitanie s'est tellement délayé de sang indien, puis de sang noir, que, sur treize à quatoi-ze millions d'hommes, le berger ViriatUe* n'y reconnaîtrait que de rares descendants absolument purs de son peuple héroïque; mais le Brésil parle portugais, et cela suffit au Portugal, comme un Congo' francophone devra suffire à la France.
« Superbe Tage, a dit Garret, ne reste-t-il aucun monument de ta gloire, aucun héritier de ton los? 11 en reste un. Reçois, généreux Amazone, et garde ce legs d'honneur, de renom, de vaillance! Ni la langue ni le nom portugais ne s'effaceront de la Terre*. »
i. L'Annibal lusitanien, plusieurs fois vainqueur de Rome, qui l'assassina.