kilomètres au plus étroit du canal de Mozambique
montagne pour la trouvaille des cois; ils s*enipêtrent dans les marais; ils reconnaissent Tantre des fauves, la caverne du dragon, la place à dormir du crocodile; ils cueillent un fruit sur Tarbre inconnu, et ce fruit est du poison; ils boivent une eau dormante, et cette eau les enfièvre; la vie leur est dure et la mort les environne; ils sont comme Tenfant perdu dans le bois sauvage. Puis, quand ils sortent, à demi vainqueurs, de leur lutte obscure avec le sol, le ciel, l'air, les bêtes, les plantes, d autres hommes arrivent, ou plus nombreux ou mieux armés; ils brûlent les cases, ils tuent les hommes, prennent les jeunes femmes, et ce qui reste de la nation des pionniers fuit au loin dans les monts, vers des svlves inconnues.
Ainsi advint-il de ces autochtones, dont il parait que quelques pauvres groupes, les Vazimbas, errent encore çà et là, très misérablement : ces Vazimbas', qui peut-être ne viennent pas d'Afrique, ont été rattachés par les uns aux Bantous, par les autres aux Gallas; ils étaient et, s'il en existe encore, ils sont, dit-on, d'un noir tirant sur le rouge, ou d'un rouge tirant sur le noir.
Quel peuple, survenant, disloqua ces a maîtres de la terre », les Vazimbas?
Là-dessus, ténèbres et ténèbres.
On admet que l'invasion fut double, et que parmi les violateurs du droit acquis des Vazimbas, les uns vinrent de très près, les autres de très loin.
De très près, de cent lieues, les Africains, Bantous et non-Bantous, flottes ou flottilles, en peu ou en beaucoup de fois.
De très loin, de mille lieues, les Océaniens, Australiens, Aêtas ou Négrilos, Papouas, Polynésiens et Malais: ceux-ci durent débarquer en plus grand nombre que les Africains, ou ils eurent plus de force militaire, plus d'intelligence et de la hauteur morale, car il semble naturel de leur attribuer la langue universellement régnante dans Madagascar, de quelque contrée que ses nations soient originaires. Cette langue a d'intimes rapports de structure, d'allures, de syntaxe, de vocabulaire avec le malais et le polynéf^ien.
En l'an 1884, au mois de septembre, la pierre ponce, épave légère, flottait au large de Madagascar, vis-à-vis de la côte orientale, non loin de Tamatave, qui est, sur ce versant, le port principal des « Mille Villes ». Or, une année auparavant, entre Java et Sumatra, qui sont deux lies malaises,
1. Nommés Oinpizés et Oiilisatrouas sur le versant oriental de nie.
le volcan de Krakatoa, cône de 822 mètres, avait spasmodiquement vomi de la ponce et des cendres, avant de s'effondrer dans une nuit terrible avec les deux tiers de son île et, s'enfonçant brusquement dans la mer, d'y soulever une vague de 50 k iOO pieds de hauteur. C'est de là que venaient en nageant, suivant vraisemblance extrême, les pierres spongieuses surprises au-devant de Tamatave : preuve que des courants mènent de la Malaisie à Nosidambo; présomption que, malgré les mille lieues de distance, des barques de Polynésiens, de Malais, purent franchir sans trop de dommage la vaste expansion d'océan, — d'autant que les Malais et les Polynésiens furent.de tout temps des mariniers intrépides, ayant à la fois flotte de paix et flotte de guerre.
Aux Africains, aux Océaniens se mêlèrent (\'siutrès éléments — des Arabes débarqués soit de l'Arabie même, soit de la côte orientale d'Afrique, les uns comme hommes de propagande de cet Islam qui semblait faire partie de leur être, le plus grand nombre comme commerçants rusés; puis peut-être des Juifs et des Indiens de l'Inde; et même aussi des Chinois.
Mais la grande invasion, celle qui flnit par remodeler la peuplade confuse issue principalement de l'alliance des Océaniens et des Africains, ce fut l'invasion malaise des Ilovas, qui vint renforcer singulièrement l'élément polynéso-malais déjà prépondérant dans Madagascar.
A quelle époque précise descendirent ici de leurs praos* les petits hommes jaunes, à l'œil oblique, nommés dérisoirement les Chiens-Cochons? Et où descendirent-ils de leurs longues pirogues très aptes à la mer? Impossible d'affirmer à ce sujet quoi que ce soit.
Originaires de la Mégalonésie, dont les grandes îles font presque pont entre l'Asie et l'Australie, partis peut-être de Java ou de son annexe Madoura, les Hovas, disons mieux, les Antaïmérinas, n'abordèrent probablement pas en une fois, et en un seul endroit, à Madagascar. Ce serait vers 1200, ou vers l'an 1000, ou même avant, qu'aurait commencé leur intrusion parmi les peuples qu*ils avaient pour destin de dominer.
Mais avant d'être les maîtres ils furent bien longtemps les esclaves; avant de proscrire ils furent les proscrits, les fuyards, les déshérités, les honnis, ceux qui cherchent l'ombre, la solitude, et qui ne demandent que ceci : vivre.