‹ La France et ses coloniesChapitre 213 sur 283 · Rkclh. — Bot GiLO^iiF.ï · texte numérisé non relu

Rkclh. — Bot GiLO^iiF.ï

MADAGASCAR

Haïs et méprisés en même temps — haïs comme nouveaux venus, étrangers, « barbares »; méprisés pour leur figure, qui ne ressemblait pas à celle des Noirs et Négroïdes terreux, rougeâtres, dont la confusion avait créé la nation madagascarienne d'avant Tan mille; d'ailleurs point beaux, point grands, pas forts, point francs, point gais, point exubérants, très malpropres.

Durant plusieurs siècles ils firent séjour dans le bas pays, près des lieux de leur débarquement; ils vécurent dans les méchants endroits, leurs persécuteurs s'étant réservé les bons, dans la sylve, le palus, la dune, le steppe infécond et ses herbes grossières. Puis cette mauvaise part même leur fut refusée, et vers 1650, i680, 1700 — la tradition ne dit rien de bien sûr — ils se sauvèrent sur le Plateau, dans la terre centrale, aujourd'hui la plus remplie d'hommes, mais alors la plus vide qu'il y eût dans Madagascar.

Le haut pays leur valut mieux que le bas. Régénérés par sa fraîcheur, ils crûrent en audace autant qu'en nombre; puis, après que le temps vorace eut consumé trois ou quatre de leurs générations, un chef au nom presque décasyllabique, Andrianampoïnimérina, le Prince ou le Noble au cœur de l'Imérina, issu de la ville sainte d'Ambohimanga' (5000 hab.), réussit à courber sous son bâton royal les douze grands chefs qui se distribuaient la domination du Plateau. Dès loi^ les Mérinas débordèrent de l'Auvergne où un hasard heureux les avait concentrés; au sud ils soumirent une bonne moitié des 500000 Betsiléos, autrement dit des Invincibles, les plus grands de tous les Malgaches, vivant sur un socle élevé qui est le prolongement méridional de l'Imérina; k l'ouest ils commencèrent à opprimer les Sakalaves.

Le Noble au cœur de l'Imérina mourut en iSIO.

Sous ses successeurs, Radama ^^ Ranavélona I"', Radama II, Rasohérina, Ranavélona II, l'histoire de Madagascar est celle de la lutte entre l'Angleterre, qui n'a sur l'île aucun droit, qui môme a reconnu le nôtre, et l'hésitante France, qui ne sait jamais dire : a Ceci est à moi I »

Albion soutenant per fas et nefas ses missionnaires, anglicans, wesleyens, méthodistes, il n'importe — missionnaires qui sont aussi des marchands, des hommes d'affaires, des hommes d'État — et la France ne soutenant point les siens, du moins à Madagascar, l'Angleterre sembla vaincre

1. A 20 kilomètres au nord de Tananarive, sur un bloc de gneiss. La cour y réside en été : c'est le Versailles du Paris des Malgaches.

h jamais en 1869, lorsque la seconde Ranavélona fit publiquement prpfession de protestantisme et entraîna son peuple avec elle.

Cette victoire éclatante couvait la défaite mortelle, car, des froissements sans nombre entre la France et les Hovas, dont la reine avait les missionnaires anglais pour conseillers auliques, naquit en 1883 la guerre terminée par l'acte du 17 décembre ^8^5, autrement dit par le traité qui donne a notre résident général de Tananarive la conduite de toutes les affaires extérieures de Madagascar.

La prépondérance des Hovas sur Nosidambo va donc faire place, de jour en jour, à la prépondérance des Français.

Le mal qu'on dit des Hovas dépasse de beaucoup le bien qu'on en proclame.

Physiquement, leurs qualités font équilibre à leurs défauts. A voir tel d'entre eux, avec son visage olivâtre encadré d'une chevelure noire ondulée en boucles, on dirait d'un Andalou, d'un Sicilien, sans les pommettes ressorlantes, les yeux bridés, obliques, le nez sans saillie, les traits effacés. Ras de taille, ils sont bien pris; faibles de membres, chétifs d'encolure, ils sont lestes, ils sont souples et délurés. Leur race est énergique et féconde.

Intellectuellement, leur supériorité sur les assujettis de l'île éclate; ils lui doivent l'empire de la terre où ils errèrent pendant six cents ans comme frappés d'excommunication majeure.

C'est moralement qu'ils pèchent le plus, par l'astuce « incommensurable » qui est le vice des Orientaux Extrêmes, et dans laquelle ils voient de bonne foi la meilleure puissance de l'homme; par l'hypocrisie, la vanité, la cruauté, l'insolence. Ils ont les qualités « économiques » des montagnards, notamment l'esprit d'épargne, et, comparés aux autres Malgaches, qui sont d'infâmes ivrognes, on peut les considérer comme une nation sobre.

Triste société que la leur, hiérarchisée pour le pillage. Esclaves* à part, la nation se divise en seize castes ou, comme ils disent, en seize honneurs, le roi ou la reine au-dessus de tout, il s'entend, même des personnages ultramagnifiques dont les honneurs sont au nombre de seize. Celui de qui tout dépend, le vrai maître de la vie et de la mort, l'homme des champs, le planteur de riz, le cueilleur de fruits, le jardinier, ne dispose que d'un seul honneur : tandis que le très grand inutile, le roi, marche â la tête des Antaîmérinas, le grand utile, sinon le seul utile, le paysan, est le

NOS COLO.MES

dt^mier du peuple, il n'n sous lui que les esclaves, gens qu'on dit heureux, parce qu'ils sont Tort indolents et qu'on n'exige d'eux que très peu de travail. Chacun reste dans son honneur, sauf promotion aux rangs plus élevés par la faveur d'un prince, d'un noble, d'un puissant, d'un riche. C'est dans son honneur qu'on se marie, ou dans celui d'endessous, ou dans celui d'en-dessus (et encore en certains cas seulement), mais on ne peut s'élever ou s'abaisser de plus d'un rang, par mariage ou autrement, sauf toujours par la bienveillance juste ou injuste des grands personnages. Du premier au seizième honneur, chaque llova doit la paiiainpoana ou corvée gratuite aux titulaires de l'honneur ou des honneurs supérieurs au sien ; et les hommes du seizième honneur, qui est le premier, doivent à Sa Majesté la panampoana. (.Vst ainsi que tout le peuple de Madagascar a les membres pris dans la servitude.

Si les paysans sont, en réalité, moins heureux que les esclaves, les libres de petit rang souffrent peut - être moins que la caste riche en honneurs et que la superbe aristocratie des Andrianas

ou nobles: moins voisins du trAne, ils sont plus loin de la jalousie suprême, des délations, de la ruine, de l'exil, de la mort. De même à Rome, sous l'Empire, l'Ordre Équestre, troupe restreinte, fournissait plus de victimes que ta plèbe immense il la folie des empereurs orgiaques.

Cette tyrannie, ces infamies, ce fisc, autrefois apparents dans leur cynisme, se cachent aujourd'hui derrière un voile hypocrite. Depuis que les Hovns. sont cha'tiens, des paroles bibliques résonnent tous les jours de la semaine, et très profusément le

dimanche, dans l'air pieux d'Anlananarivo, mais rien n'a changé dans le cœur des hommes de rimérina.

111. La cAte occidentale : les Sakalaves. — En descendant l'Ikopa lorsqu'il a quitté la plaine de Betsimitatatra, nourrice de l'Emime, on arrive aux chutes de Faharantsana.

Par ces cascades, par les pentes qui suivent, le fleuve descend du plateau d'Ankove dans le pays bas occidental, et, ce faisant, il passe des (lovas aux Sakalaves. Il boil en route la Bctsiboka, son égal, son compagnon, né comme lui sur le l'iateau central, et devient navigable à 135 kilomètres de la mer : assez difficilement, car il court vite.

Il finit dans une de ces longues , larges et spleiidides baies dont le nord de Madagascar est prodigue, dans la baie de Bombétok (en malgache Ampombilokana), où les Arabes sont nombreux, puissants par le commerce, mais sans avoir imposé leur langue en apportant leur Livre. Nulle part dans l'île, où ils 1 photographie ecn.munfqi.fc eurent, oij ils Ont en-

e Ci!ograi*ie. core tant d'établisse-

ments, ils n'ont vaincu l'idiome des Hadécasses, aussi délicieusement harmonieux que le leur est dur, guttural, rauque. L'Ikopa peut avoir 800 kilomètres. Son port, sur la baie, c'est Hadsanga ou Majunga ou Mojanga, ville de 8000 habitants, Sakalaves, llovas, Cafree, Arabes, Comoriens, maHiands hindous. — De Madjanga part l'une des deux grandes i-oules qui montent à Tananarive, l'autre étant celle qui commence à Tamatave, sur la contre-côte.

Du pays des Sakalaves, du versant oriental, on dtt qu'il est bas, mais seulement par contraste, parce

qu'il s'élend fort au-dessous du socle de l'Iniêrina. Il n'y a point là une plaine indi-rinie, du mont à la mer, mais bien une contrée de variété grande, tantôt montagne littorale, tantôt montagne intérieure comme la chaîne du Bémaralia, tantôt plateaux, tantôt grandes plaines. Ces montagnes ne s élancent qu'à d'humbles hauteurs, ces plateaux

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ne nourrissent que des herbes dures et sèches, ces plaines sont de sable, plus ou moins aride, et la région, dans son ensenthle, manque d'opulence; elle ne vaut pas le versant d'orient : celui-ci, tourné vers la grande mer des Indes, en reçoit k plein front les orages, les typhons, les pluies de mousson, tandis que le versant des Sakalaves ne regarde qu'un

Ambohimanga. ville i

e des Bovai {voj. p. 387). — D'âpre! une photograpbie «ommuniquëe pir la Société de Céognpbie.

détroit, ses pointes attirent moins d'électricité, ses monts appellent moins d'ouragans, ses terres se désaltèrent plus rarement à la coupe des tempêtes; or le ciel y darde en chauds rayons, et durant le mois « caniculaire n, qui est Janvier, le mercure oscille sur la côte, les nuits comprises, entre 24* et 33°; pendant le mois n glacial », qui est juillet, il hésite entre 10* et 27* — il faudrait plus d'ondées pour résister à tant de soleil.

Les Sakalaves occupent le rivage, et en partie l'intérieur de presque tout le versant d'occident, de la baie de Saint-Augustin [au sud) jusqu'à celle de Pasandava (au nord). Ils possèdent, sur ces dix degrés de latitude, sur ces 1500 à 1800 kilomètres d'estran :

1^ baie de Saint-Augustin, sous le Tropique du Capricorne : assainie par le souITle alterné des brises de terre et de mer, elle n'est pas de celles dont le

fiévreux alentour valut aux plages de Nosidambo leur lugubre nom de Cimetière des Blancs; son maître port, sur une très ample et bonne rade, nous rappelons Tuléar ou Tolia (5000 hab.)» et les Sakalaves Ankatsoaka ; elle absorbe le fleuve Ouilahy, venu de chez les Ahtanales, c'est-à-dire les Hommes de la Forêt, de la Brousse, possesseurs de hautes roches ardues qui sont des citadelles bravant l'assaut : telle Tlkongo, dominant de 500 mètres le pays d'alentour, à l'Onilahy succèdent la Féhérénana et le Marombo ou Manahomba ;

Le cours inférieur et les branches deltaïques du grand fleuve Mangoka, notre rivière Saint-Vincent, peu inférieur en longueur à l'ikopa lui-même; en un bassin de plus de 4 millions d'hectares, ses branches composantes se dessinent en réseau divergent : des torrents lui arrivent du nord, du ressaut méridional du plateau des Betsiléos, devant des monts de 2000 mètres, là où un coteau porte à 1300 mètres au-dessus des mers la ville de Fianarantsoa (5500 hab.), considérée comme la seconde capitale des Hovas ; d'autres lui viennent du sud, de ribara ou pays des Baras, autrement dit les Sauvages, les Barbares, gens grossiers, primitifs, errants plutôt que sédentaires sur les bombements d'un granit sans humus, qui est un demi-désert terminant au méridien le plateau des Hovas et des Betsiléos; ces Baras ont chez eux rivohibé, haute roche taillée en acropole naturelle à la borne sud du massif des Hovas et des Betsiléos, audessus des campagnes de l'Extrême Sud qui sont sèches, arides, sillonnées ou bordées de dunes ;

Ambondro, port qui trafique avec la très proche Afrique d'en face et l'Amérique très éloignée que les Yankees habitent : c'est là que le fleuve, ou, plus véridiquement, le torrent Horondava s'abîme dans le canal de Mozambique ;

L'embouchure du Tsijobonina qui, de même que tout courant madécasse issu du haut massif central, se déchaîne en cascades à la dévalée du mont; de ses rivières génératrices, les unes, celles du midi, lui sourdent chez les Betsiléos; les autres, celles du septentrion, chez les Hovas, dans le massif suprême de la « terre de ceux qui sont sous les cieux a, parmi les pierres ignées et les roches cristallisées des montagnes d'Ankaratra. Une de ses sources, c'est le lac de Tasi, qui a 13 kilomètres de long, au pied du massif de TAmbohimangiara, volcans apaisés : là où il ne reflète plus que des collines sombres, des buttes rougeâtres, flamboyaient quarante soupiraux dont les cheires, arrêtant les torrents, les ramassèrent en un petit léman sem-

blable par cette origine à notre lac Chambon dans les laves d'Auvergne;

Au Tsijobonina, moins long d'un quart que le Mangoka, succède le Manambolo, fleuve côtier; après quoi l'on croise une foule de torrenticules, au sud puis au nord-est du cap Saint- André, promontoire à partir duquel la plage, raide jusque-là, se frange merveilleusement en baies de l'espèce de celles qu'on nomme cr incomparables » : baieis de Baly, de Marambitra, d'Iboïna, de Bombétok où s'engloutit l'Amazone malgache, de Mahajamba où s'absorbe un fleuve parallèle à l'ikopa, de Narinda, d'Anorontsangana, de Pasandava. Cette dernière, vraiment superbe, a près de son rivage un bassin houiller qu'on disait, parfaitement à tort, plus vaste à lui seul que tous ceux de la France ; et, à son entrée, une île française depuis 1840, Nosi-bé.

Nosi-BéS deux mots signifiant Ile Grande, est à 12 000 mètres seulement de Tany-Bé ou Terre Grande, c'est-à-dire Madagascar : encore une îlette également française depuis cinquante ans Nosi-Comba se lève-t-ellc entre les pointes sud de Nosi-Bé et les rivages de Pasandava.

Ile Grande et pourtant 25 kilomètres au plus font son extrême longueur, 15 font sa largeur, et 29 500 hectares* mesurent son immensité; mais, telle quelle, Nosi-Bé n'est pas petite, comparée aux îlots voisins, à Sakatia, son satellite, à Nosi-Gomba, à Nosi-Fali, etc.

Sol volcanique ou granitique, elle a des monts de 450, de 500, de 600 mètres, neuf laguets emplissant neuf profonds cratères, des forêts que les planteurs ont diminuées, de nombreux ruisseaux dont le plus grand, le Zabaly, s'épanche en marais empoisonnant la capitale, Hellville, ainsi nommée de son fondateur le contre-amiral Hell, gouverneur de Bourbon. Le climat, très chaud, très lourd, entre 18 et 53 degrés, avec une moyenne de 25, ne va guère aux Blancs, qui sont des marins, des soldats ou des fonctionnaires, plus une centaine de créoles de Bourbon presque tous concentrés dans Hellville. La population varie entre 8000 et 10 000 hommes: Sakalaves émigrés de la Tany-Bé, Betsimisarakas, Macouas* ou Nègres de la côte orientale d'Afrique*, Comoriens provenant du mé-

i. On écrit aussi: Nosy-Bé, Nossy-Bé, Nossi-Bé. 2. nettes annexes y comprises.

5. On écrit également Makoas et Maquois : le vrai nom bantou, c'est Ma-Koua.

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