‹ La France et ses coloniesChapitre 218 sur 283 · Gi'i]i}i-alcmciil5kilaniélrcs · texte numérisé non relu

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vaise, la rade entre Sainle-Marie et Madagascar qui» étant le détroit, en a les dimensions : plus de douze lieues d'allongement, sur une lieue et demie, deux, trois, quatre lieues de large.

Il n*y a pas lieu de s*étonner que la France n*ait fait de Sainte-Marie ni un jardin ni une plantation. Le lieu ne s'y prête point. Sept mois d'hivernage ne sont pas pour tendre la fibre de l'Européen ; la chaleur y peut monter à 57*^,5 et n'y descend guère au-dessous de 21®, 20®, 19®; les bonnes terres sont rares — le cinquième seulement de l'ile, soit 3500 hectares, l'aire d'une bonne commune de France.

A peu près en face de la pointe méridionale de l'ile Sainte-Marie débouche le Maningori, qui puise h l'Alaotra, lequel est le lac majeur de l'ile, quoique n'ayant guère que 30 kilomètres de long sur moins de .4 de large, ce qui lui fait une dizaine de milliers d'hectares, reste d'une aire supérieure (dont le palus environnant témoigne), alors que la montagne du pourtour, plus haute que maintenant, ne s'était pas encore diminuée des débris qui ont, eux aussi, diminué l'Alaotra par comblement, dans sa vaste plaine; ce lac, situé chez les Sikanakas*, fut presque immense : long de quatre-vingts lieues, même plus, il eut son miroir à 547 mètres plus haut que la nappe d'aujourd'hui. C'est une gorge creuse qui transmet le Maningori du plateau d'Alaotra au rivage de Fénérife.

Au Maningori l'on approche de la longue région des fleuves unis ou presque unis en amont de leur embouchure par l'expansion latérale des eaux derrière les bourrelets du sable littoral.

Sur celte rive maloxhalante nous avons entassé Pélion surOssa, par brusques efforts suivis de longs repos; c'est-à-dire que nous y avons, tantôt ici, tantôt la, débarqué des marins, des fantassins, bâti des forts, installé des comptoirs, tenté des colonies, puis fermé ces comptoirs, fui ces colonies, abandonné ces postes, pour recommencer ailleurs ce tumulte infécond, toujours sur la côte des fièvres, au lieu de chercher l'estran non fiévreux, et, s'il n'y en a vraiment pas autour de Madagascar, de ïnonter bon gré mal gré chez les hommes du Haut Plateau.

De la bouche du Maningori jusqu'à la fin des Belsimisarakas, ce rivage nous montre :

Fénérife, abondante en riz — la France eut un établissement dans ce lieu ;

1. Sikaiiakas signifie les Lacustres, ou, d'après d'autres, les Ilommes libres.

Foulepointe, la Mahavélona ou Marofototra des Madécasses, port de quelque sûreté : les Français y bâtirent le fortin de la Palissade, l'une de leurs places de domination; or l'île aux Sangliers no pouvait nous opposer une plage plus malsaine par le fait de la divagation des eaux de rivière ;

Tamatave, réellement Taomasîna, sous un climat oscillant entre 15 et 34 degrés de chaleur, moins malsaine depuis qu'on plante des eucalyptus sur ses marais et fondrières. Ville de 10 000 à 15 000 âmes et, comme telle, inférieure à la seule Tananarive, c'est elle qui fait les échanges de la capitale avec le monde extérieur; prise et abandonnée par nous, suivant l'usage, c'est à son sud que gagne l'océan des Indes le torrent-rivière doué du beau nom d'ivondrona ou Ru des Joncs;

L'insalubre Andovoranto, d'où l'on monte à Tanananarive par le chemin de tous le plus fréquenté : c'est un port, comme l'explique fort bien, dans l'heureuse langue des Malgaches, très ingénieuse en ses composés, son nom même d'Andovoranto : « là où est une baie pour le commerce » ; non loin tombe au flot « le fleuve des Cavités, des Cavernes, le Fleuve Profond », l'Iharoka;

Mahanoro, c'est-à-dire la Joyeuse, port qui embarque beaucoup de riz, à deux lieues au septentrion de la fin de l'Onibé, maître rio de la jcôte orientale. L'Onibé descend des monts d'Anfiaratra et se grossit du Mangoro, c'est-à-dire du Ravageur, et en effet le Mangoro ravage, mais dans son cours inférieur seulement : en haut dans sa vallée longitudinale, sur le plateau d'Ankay, socle de 900 mètres d'altitude bordé à l'orient par la chaîne littorale, à l'occident par les monts d'Ankaratra, il se comporte en eau paisible, tandis qu'à la fendaison de la sierra de rebord ou, pour employer le vrai mol français, à l'écartèlement de la côtière, il se véhémente et, de cascade en cascade, il saute à l'Onibé, qui, lui aussi, se brise en chutes jusqu*à son repos dans le val inférieur — de la source du Mangoro, plus long que l'Onibé, jusqu'à l'arrivée en mer, le fil d'eau n'a pas moins de 400 à 500 kilomètres ;

Masindrano, mot à mot l'Eau Salée, à l'embouchure du Mananjaro ou Ru des Arbres ;

La Main-Morte, la Hatitanana, qu'abat la plus profonde cascade connue jusqu'à ce jour dans Madagascar; elle tombe de 150 mètres, peut-être de 180, et à ce bond d'autres sauts succèdent. La Main-Morte est le fleuve sacré des Malgaches; des légendes l'ont faite vénérable, entre autres celle qui lui valut la désignation de Main-Morte : de la rive

MADAGASCAR

droite à la rive gauche, deux hommes immenses, géants ennemis, se disputaient; tout à coup tomba dans le fleuve une main colossale, arrachée par l'un des Goliaths au poignet saignant de l'autre.

La Hatitanana, dernière des rivières communiquantes dans la direction du sud, n'appartient pas aux Betsimisarakas — on est ici sur le domaine des Antaîmoros, peuplade ayant dans l'artère une proportion quelconque de sang arabe ; eux-mêmes se prétendent issus de la sainte la Hekke.

Les Antaîsakas ou « Hommes du Saka' », qui viennent ensuite au long de la côte, sont des Sakalaves; ce serait même de ce petit pays de Saka que les Sakalaves tiendraient leur origine; là ils auraient mélangé leur être, leur âme, à l'âme de Malabars immigrés comme eux, puis, par-dessus la montagne, ils auraient changé de versant, et, devenus maîtres d'une région plus vaste, ils l'auraient appelée le Long Saka : ce que signifie en effet le mot Sakalave.

Après les Antaîsakas, les Antanosys ou Hommes du Littoral, des Iles, les plus méridionaux des orientaux de Madagascar, sont parmi les moins hauts, les moins trapus des Malgaches, mais aussi parmi les moins noirs, les moins laids, les moins grossiers et bétes. Us ont chez eux la baie de Sainte-Luce (Mangafia) et Fort-Dauphin (Faradifaî), anciens établissements français.

V. Hazo et Tazo. — A l'exception de quelques endroits privilégiés, tels que Diégo-Suarez, Madagascar s'annonce donc comme un assez mauvais pays, ici par des dunes sur une rive sèche, là par des palus, des reculs d'eau, des étangs d'exorîdance, des officines des fièvres méchantes.

Deri'ière ces rives ou stériles ou palustres, et le plus souvent à quelques lieues seulement, commence une autre nature de contrée : le sol s'élève, on quitte la région noyée, fébrigène, pour la forêt tropicale qui entoure comme d'une ceinture la montagne de Nosidambo.

Ceinture de 5700 kilomètres, effilochée par des claii ières.

Sur tout ce grand contour la sylve malgache n'est pas également superbe; le ruissellement des pluies fait son opulence, et, comme toute chose vivant sur terre, elle doit tout à la mer.

C'est donc à l'est que la forêt triomphe, et surtout dans le nord de l'est, vers la baie d'Antongil,

i. D'après une auU'e étymologic : ceux qui pèchent à la main.

vers Vohémar et Diégo-Suarez, au versant oriental de la chaîne des Antakaras, là où les moussons dirigent le plus de nuées; sur les plaines ou sur les montagnes basses et les coteaux de l'ouest, surtout au sud de l'ouest, elle a moins d'ampleur.

Elle ne se distingue point par la magnificence des arbres, mais plutôt par leur originalité.

Singulier contraste, tandis que « Tany-Bé » n*a pas d'humanité propre, que ses hommes lui viennent de trois côtés, de Touest, du nord, de Test, le quatrième côté, le sud, étant mer infinie qui se heurte à la glace éternelle du Pôle Antarctique; tandis que l'Afrique, l'Asie, l'Australie, les Hes ont visiblement institué ses peuples, elle est à demi autonome par ses plantes et ses animaux.

Cent lieues à peine, distance de Paris à Limoges, écartent Madagascar de l'Afrique Orientale, et pourtant sa nature n'est point africaine. Elle n'est pas non plus asiatique ou australienne; elle est ce qu'elle est, assez indépendante pour mériter une place à part parmi les zones de distribution des êtres.

Voyant ses animaux à quatre pattes, ses oiseaux, ses rampants, ses insectes, ses plantes, ses fleurs, toute sa série vivante, et, plus que cela, sa série morte, ses fossiles tellement différents de ce que montrent les trois parties du monde les plus voisines, notamment l'Afrique si proche, les savants ont imaginé, non sans apparence de raison, que Madagascar n*est plus qu'un mince débris. « Grande Terre », elle aurait jadis eu des droits au nom de Terre Très Grande. Elle nous offrirait ce qui reste d'un continent qui se poui^suivait au loin vers l'orient, vers le nord-est.

Ce continent, d'aucuns l'ont nommé, comme on nommerait un mort anonyme. Ils l'ont appelé Lémurie, d'après les Lémures ou Makis, animaux à quatre pieds qui sont des mains, à quatre mains qui sont des pieds; on les rapproche des singés, mais, bien qu'ils se prennent aux branches, de la queue et des quatre membres, qui les regarde seulement une minute ne les apparentera jamais volontiers aux grimaciers exubérants qui nous ressemblent.

En étudiant les fossiles du sol malgache on y a trouvé, ici des traces et linéaments, là des os prouvant que l'Ile eut des quadrupèdes géants, drs oiseaux inmienses qu'elle n'a plus. L'^Epyornis, volatile de 6 pieds de haut, pondait des œufs de plus de 8 litres, égaux en volume à cent quarante-huit œufs de poule, et, pour prendre en comparaison notre plus vaste bipenne, à six œufs d'au-

NOS COLOSIES

tniche. Il est possible que sa dispurition dnled'uno époque non très éloignée de la nôlrc. Ont t^gjilcmcnl disparu les gi-nndes peaux niguPusos, hippopotames et autres: les gros animaux de la présente Madagascar sont dos bétes pacifiques, dont la plus massive, le bœur, porte une boule de graisse eiiti'e les deux épaules : de L'i son nom d(! bœuf h bosse; il a dans la foi-ét des frères sauvages, des oinbéhalas ou bœufs des bois, dont la chasse n'est pas sans dangers. D'autres ensauvagés, jadis domestiques, fils des chiens, des chats échappés de la case, vîveni de rapines, aux dépens de plus petits, de moins forfs. En opposition à ces évadés d'un pisible et gras

esclavage, le sanglier à masque, face hideuse où d'énormes pommettes cachent les yeux, passe aisément de la vie libre ?i la vie ser\-e ; on le force avec le chien , on le tue à la lagaie. Plus terrible que lui, et no vivant que de carnage, un être singulier tient à la fois de l'oure par son attitude et sa marche de plantigrade, des léopards et des tigres par ses auli-es caractéi-es : inconnu de l'ancien monde, il n'a pas de nom dans nos langues'. Le crocodile hante les lagunes littorales.

Voilii ce qu'il y a de plus gros ou de plus carnassier k Madagascar, les petites et ti-ès petites bétes à part, qui, plus vives, plus chaudes de sang.

Vilragc 1 «ofi-Bè. — DeMin d'E. <le Béraril.

plus animées que les grandes, mangent en proportion plus de chair et détruisent plus de vie. Pas le moindre éléphant, pas de rhinocéi-os, pas d'hippopotames, de girafes, d'antilopes; point de seigneurs lions; nul tigre, nulle panthère, aucun léopard ; rien de cequiferait dire : m Cette créatiou-ci vient de l'Afrique ou de l'Asie ii. Pas de serpents qui tuent, mais seulement ceux qui s'enroulent, écrasent et avalent, des boas énormes, des couleuvres, des caméléons, des sauriens fort aberrants des autres, des batraciens non moins gluants qu'ailleurs, des araignées h gros ventre : en somme, peu de terrible, beaucoup de grotesque ou du singulier.

Tout comme la bêle de Madagascar, la plante es( originale. Une foule d'espèces ne se trouvent pas autre part; ce qui fait que l'ile possède à la

fois des arbres précieux qui lui sont communs avec l'ensemble de la zone tropicale (tels les divers palmiera, le cocotier, le tamarinier, le baobab, ici moins immense, mais aussi moins grossier, plus élégant que celui du continent d'Afrique) et des bois estimables ou n inestimables » qu'on ne rencontre que chez elle : tels le ravénala ou arbre du voyageur, qui consene la pluie en goulles dans ses pélioles, pour la désaltéralion des passanls, et le raphia, qui porte des fruits de trois cents livres de pesanteur.

Puis ses différences d'altitudes, à partir du niveau même de la mer des Indes et du canal de Mozambique jusqu'aux cimes les plus audacieuses des

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