Gi-aiides de 26M)0 hectares, avec 15500 liabitauts
MADAGASCAR
semblable au taureau qui sort du toril', il se lance en avant et conquiert.
Il se lève toi^ours quelque part un Abd el-Kader qui dit : K La maison est à moi, c'est â vous d'en sortir I).
El cet AUdel-Kader est vainqueur ou vaincu.
Et l'occupation restreinte meurt de son Irioniplte comme de sa défaite.
Il ne semble pas que t a'^iimilalion des hommes de Madagascar se heurte <i de hautes dirflcultés.
Madagascar est une île assez grande pour se suffire à elle-même en peuple, en houille, en bois, en fer, en navires, en obus; elle doit donc rester à jamais {c'est-à-dire longtemps) au peuple européen qui sera devenu son maitre et son iustiluteur. C'est des dominateurs de ces terres sans frontières, donc sans voisins, donc sans ennemis, qu'on peut dire : « Beati possideiites I m
Cette tranquillité de
une fois assurée) laisse aux colonisateurs le temps « du long espoir et dt>s vastes pensées ».
En dehors de la langue parlée par les trois millions d'habitants (d'autres
disent quatœ el même cinq millions), Hadagascar ne jouit d'aucune unité. Parmi ses peuplades, les unes sont encore païennes; d'autres, surtout au nord-ouest, tendent à s'islamiser; les llovas ont adopté le protestantisme; ie catholicisme a ses adhérents. Les Antaîmérinas du centre oppriment les nations du pourtour, et les nations du pourtour détestent de tout cœur les Antaîmérinas.
Aucune haute et forte vertu n'imprègne les insulaires, ni la foi religieuse, ni l'amour de la patrie, ni le sentiment de l'honneur, ni la confiance des * brehis » dans les pasteurs du peuple.
Qiacun cour! à son champ, â sa rizière, à sa boutique, à son commerce, à son endroit de débauche, h sa bouteille d'enivrement stupide, k l'amu-
Cartt de l'île Bourbon
lelte de son féticheur. à la panacée de son charlatan, car ces peuples sont contaminés.
Sous un voile d'hypocrisie, Tananarive' est la ville de l'impudicité. Parmi les 100000 Tananariviens, bien peu plongent des mains pures aux fontaines de Rano Vélona '.
Vil. Bourbon oa la Réunion. — Madagascar connue depuis déjà sept ans. Diego Fcrnandez Pereira . homme portugais, découvrit à cent cinquante lieues vers le soleil d'orient une île sans ports où biiilait un haut mont, el, à moins de cinquante lieues au nord-ert de ce panache de fumée, une autre île, aux ports splendides, dont ie volcan avait dès longtemps fermé sa fournaise.
Il les avait trouvées, par hasard ou de propos délibéré, en cherchant, h l'instar de tous les navigateurs d'alors, des (erres étranges, dans le vieux sens du mot — à la fois étrangères et singulières; plus que singulières, prodigieuses, comme les rêvait l'imagination des aventuriers, en ce siècle de mei-veilles : des pays enchantés avec nains, monstres et géants, arbres inouïs, oiseaux miraculeux, bêles fantastiques, villes d'or et d'argent et, sur un trône de diamants, quelque prince ultramagntfique.
Hais ni dans l'Ile encore éruptive, ni dans celle qui ne flambait plus, le navigateur lusitanien ne vit d'étrange que la solitude. Hors les bestioles, elles n'avaient bétes, ni hommes; tous leurs bruits, c'était la mer, le vent, les roseaux, la forêt et la cascade inconsolable.
Les Portugais de 1500 avaient doté Madagascar du nom de Sâo Lourenço, ceux de 1507 appelèrent la terre du volcan Santa Apollonia.
I. Cette cuptlalo. qui s'agrandit cliaquc ariiiM' aux di'peiis de sa banlieue, n'avait que ISOOO liabilaiits m\ 1820.
!. C'esi-i-dii'e les Eaux Vivantes : ce sont celles que boit la rupildc.
ioe
Deux iles, deux saints.
Les Français ont suivi leur exemple; ils ont plaqué des noms de saints sur presque tous les sites habités de Bourbon. En en faisant le tour, à partir de Saint-Denis, la capitale, on rencontre : Samte- Glotilde, Sainte-Marie, Sainte-Suzanne, Saint-André, Saint-Benoit, Sainte-Rose, Saint-Philippe, Saint- Joseph, Saint-Pierre, Saint-Louis, Saint-Leu, Saint- Gilles, Saint-Paul.
Les Lusitaniens, entraînés ailleurs, négligèrent Sâo Lourenço, et ils oublièrent tellement les iletles d'orient que, quelques années plus tard, un autre Portugais, dom Pedro Mascarenhas, qui les visita en 1513, sembla les avoir découvertes. Aussi se nommèrent-elles d'après lui Ilhas Mascarenhas, iles Mascareignes, au nombre de trois, Bourbon, Maurice et Rodriguez : celle-ci fort loin de Maurice dont elle dépend aujourd'hui, à 600 kilomètres vers l'est. Quant à la distance entre les deux iles sœurs, Bourbon et Maurice, elle est de 245 kilomètres.
En 1550 elles étaient vides comme en 1507.
Vides encore en 1642, quand la France y planta les fleurs de lis.
Vides aussi en 1663.
Mais pas en 1663, où abordèrent deux Français et quelques Nègres, puis, à partir de 1665 arrivèrent les colons : d'abord des Bretons au service de la compagnie de Madagascar, qui débarquèrent à la côte nord-ouest, près de la pointe des Galets où l'on a creusé récemment le port de l'île, entièrement dépourvue d'abris jusqu'aloi*s. Ce fut le moment de la véritable mainmise sur Bourbon, et le lieu en prit et en conserva le nom de Possession.
Des Bretons, des Normands, des gens de la Saintonge, des cadets de Gascogne, des aventuriers de mainte autre province française ; des marins et soldats enfuis des fétides garnisons du littoral de la Grande Ile ; des Blancs qui eurent le bonheur de sortir vivants du Fort-Dauphin, poste de Malgachie enlevé par les Malgaches ; des orphelines et des ouvriers envoyés parColbert; quelques calvinistes fatigués de la Hollande où ils s'étaient réfugiés après la révocation de l'édit de Nantes ; des femmes de France et des femmes de Madagascar — ainsi se colonisa rapidement Bourbon, entre 1665 et 1700, avec l'aide des Nègres introduits comme esclaves. Et dès la première moitié du dix-huitième siècle elle put essaimer à son tour, vers l'île de France, qui avait sur Bourbon l'extrême supériorité d'offrir des ports aux escadres dans la guerre contre les Anglais.
L'île de France ne s'appelait pas alors ile de
France, mais Maurice. Nommée d'abord, on ne sait trop pourquoi. Cerné, les Hollandais, qui s'y étaient établis en 1598, l'avaient désignée d'après Maurice de Nassau, leur potentat de la fin du seizième siècle. Ils l'avaient colonisée, mais si peu qu'ils s'en dégoûtèrent et l'abandonnèrent vers 1710. La France y prit leur place et fut plus vaillante que la Hollande. Cerné-Maurice fut tôt défrichée ; sa ville de Port-Louis devint la capitale des « îles sœurs », car c'est ainsi qu'ayant même ciel, même océan, même climat, mêmes origines, même langue, elles aiment à se nommer, quoique la plus riche des deux obéisse maintenant à l'Angleterre, et la plus grande à la France.
C'est en 1810 que nous perdîmes l'île de France, qui reprit alors son nom néderlandais de Maurice. Quant à Bourbon, la Convention l'avait appelée la Réunion en 1793, puis elle était devenue l'île Bonaparte; en 1815 elle reprit sa vieille désignation de Bourbon. Officiellement, c'est aujourd'hui de nouveau la Réunion, mot politique autant que faux, en ce qu'il exalte une concorde, une fraternité qui sont inscrites sur les monuments seulement et non gravées au plus profond dans les cœurs. La Réunion est réellement Bourbon, puisqu'on la créa sous ce nom, alors si glorieux.
Flagorncri c pour les heureux, insulte aux vaincus, enthousiasmes naïfs, foi dans des « éternités » qui vieilliront, mépris du vrai, offense à l'histoire, il y a de tout cela dans ces puérils changements de noms.
Un écrivciin charmant, Bernardin de Saint-Pierre, a célébré l'île de France, terre gracieuse ; Bourbon, terre grandiose, méritait un puissant poète.
Il lui est venu^ et, bien que Parisien depuis longtemps, il n'a pas oublié
... Les bassins claii*s entre les blocs de lave* Par les scnlicrs de la savane, vers l'enclos, Le beuglement des bœufs bossus de Tamatave Mêlé dans l'air sonore au murmui'e des flots,
Les cascades, en un brouillard de pierreries. Versant du haut des rocs leur neige en é\cntai!, Et la bise embaumée autour des sucreries, £t le fourmillement des Hindous au travail,
Et sur la côte, au pied des dunes de Saint-Gilles, Le long de son corail merveilleux et changeant, Gomme un essaim d'oiseaux les pirogues agiles Trempant leui' aile aiguë aux écumes d'argent.
207 kilomètres d'ellipse, 71 kilomètres du nord- 1 . Leconte de Lislc.
MADAGASCAR
ouest au sud-est, 51 du nord-est au sud-ouest, 197900 hectares*, pas même la moitié d'un département moyen, voilà ses dimensions.
Une plage féconde, n'ayant par malheur que des rades foraines sur une mer triturée par les ouragans, y contourne un entassement de monts splendidcs, volcans de diverse vieillesse, dont un seul qui crache.
Ici roche, le plus souvent lave, là pierre et galets apportés des « hauts » par les torrents, là sahle ou dunes, ailleurs coraux et madrépores, cette plage, que le mont serre contre la mer, n'a quelque largeur qu'aux embouchures des trois maitresses rivières de Bourbon, qui sont la rivière du Mât, la rivière Saint-F.tienne, la rivière des Galets, issues chacune des trois d'un superbe cirque d'effondrement.
La rivière du Mât, plus grande qu'aucune, vient du cirque de Salazie où l'on projeta, vers 1837, d'exiler les condamnés politiques. Le séjour leur en eut mieux valu que Cayenne et sa « guillotine sèche p, dans une admirable nature, autour de Salazie et d'Hellbourg, à des altitudes de 800, 900, 1000 mètres, près d'une source thermale, sous un beau climat dont les températures vont de 5^ à 29® : c'est dire qu'il est frais, sous ce 2i« degré de latitude, depuis le soleil couchant qui incendie à l'occident la tète de la montagne quanri le cirque est déjà dans l'ombre, jusqu'au soleil levant qui l'éblouit à l'orient, quand l'effondrement est encore obscur; l'air délicieusement vif de la soirée, puis de la nuit, y repose de la chaleur du jour.
Le cirque de Salazie s'ouvre au nord-est ; celui de Cilaos, presque rond, s'ouvre en plein sud ; il a aussi sa fontaine thermale minérale, à 1114 mètres au-dessus des mers; sa chapelle de Notre-Damedes-Neiges s'appelle ainsi, non de ses frimas à elle, mais de la blancheur qui parfois argenté la cime des monts d'alentour : toutefois le mercure y descend à 0; il y monte à 26.
Moins grand, moins élevé que les deux autres, le cirque de Mafaté, dont la brèche regarde le nordouest, a sa source chaude à 682 mètres.
Les trois cirques se touchent à la source de leur torrent; leur lieu de séparation, c'est le Gros Morne, voisin du culmen de l'île, qui est le Piton des Neiges (3150 mètres'), neiges éphémères, quelques jours seulement par an, malgré cette altitude pyrénéenne. Débris d'un cratère immense, le Piton