‹ La France et ses coloniesChapitre 222 sur 283 · Ou 2K · texte numérisé non relu

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barrag<>s h l'étranglement de ses trois grands cirques et des colisées moindres par lesquels presque tous les torrents commencent.

il ne reste donc que le ciel, plus avare depuis qu'on a renversé le meilleur de la fordt ; il s'agirait maintenant de replonter la sylve, mais si l'arbre s'abat en une heure, il ne s'élève qu'en un siècle.

Bourbon a perdu beaucoup de sa fortune par celte diminution des pluies, telle, par exemple, que Sainl-l>enis n'a plus qu'un jour mouillé sur quatre, au lieu d'un sur trois il y a cinquante ans à peine, l'uis, d'autres Héaux l'ont ruinée.

Les cyclones ont fait son malheur presque un

an sur deux — quarante-une fois en qualre-vingthuit ans depuis l'aurore du siècle. Quand ils arrivent sur l'fle, en février suitout, ils l'aspirent en quelque sorte; tout est arraché, renversé, détruit. En 180C un lypiion déracina presque tous les arbres des planlalions; en 1829 un autre tordit les caféiers et les girofliers, dont très peu restèrent debout; en i>fGO une rage du vent malmena 53 vaisseaux, dont 9 furent détniils; en 18C8 un ouragan démantibula !2400 maisons, cases et chaumières; lel autre a ravagé la forêt ou la savane ou les grands arbres, cocotiers, dattiers, lataniers, palmistes, vacoas, tous incapables, roèœe

l'après l'album de H. le marquis de Tnîvis*

les mieux enraciné:', de résister à la torsion en spir,ile.

Les caféiers', on les replanta, mais un phylloxéra s'est jeté sur eux, YHemileia vastatrix; l'insecte borcr s'est jeté sur la canne & sucre; un autre « infime u s'est attaqué si victorieusement .lux orangers el aux citronniers qu'ils soni devenus choses du passé; d'autres « infuiilésimaux u font la guerre à d'autres plantes. L'oiseau manquant i (lourbon, l'insecte y pullule.

Ce n'était pas asseï ; les « microbes n ont assailli

1 I.e café lii! UiMirboi] |iassc pour le meilleur après le imikii: srs millions (le pieds vieiiiieiil d"jii caféier Uérolrf (luis le K'iijoii en 1711.

l'Ile charmante, à bon droit dite heureuse, oà l'hivernage lui-même, qui dure cinq mois, décembre, janvier, février, mars, avril, laissait aux Blancs la santé, la gaieté, réncrgie, la force, non pas seulement sur les « hauts », mais encore au plus chaud de la côte, à Saint-Paul, A Saint-Denis où l'on a rarement moins de lA degrés, souvent 30, 31, 32, 35, 34. Jardin des convalescents, elle est devenue l'hApital de varioleui. de fiévreux, d'impaludisés, d'anémiés, que les accès pernicieux einpoilent; elle a souffert du choléra.

a Coiinnent en un plomb vil l'or pur s'est-il changé? » On attribue cette malfaisancc au déboisement; aux crues que la défoi-estation provoque el qui laissent des eaux asséchantes dans les vallons,

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dans les plaines, sur les grèves ; h l'agrandissement de la zone des terres de transport tout autour de nie ; à la vase du delta des rivières qui raclent plus qu'auparavant les versants déshabillés de leurs arbres; enfin à Tarrivée, par dizaines de milliers, d'Hindous porteui^s de scrofules, de saletés, d'immoralités, de maladies.

Les Hindous ci-contre, principalement originaires de la côte du Malabar, ont .été appelés à Bourbon pour y remplacer les Nègres dont l'esclavage avait pris fin, par décret général, dans toutes les colonies françaises.

Immigration funeste à l'île des cirques et des hautes cascades, s'il est bien vrai qu'avec elle soient entrées les épidémies; mais indispensable puisque sans elle Bourbon, ne travaillant plus ses champs, redeviendrait solitude comme aux jours des Lusitaniens errants sur la mer.

La France, toujours trompée, s'était interdit en 1860, par un traité avec rAnglelerre, l'introduction des Cafres et des Malgaches à Bourbon : elle avait eu recours, Albion y consentant, à la fourmilière des « Malabars ».

La nation souverainement égoïste ayant retiré ce consentement, la France n'a qu'à repuiser à la source do l'Afrique intarissable, chez les Cafres, et surtout chez les Malgaches, qu'elle peut désormais engager h sa volonté : d'autant que les uns et les autres se francisent avec une rapidité merveilleuse, les Hindous également. Et il en est de même à Maurice.

Le recensement de 1881, depuis lequel la population n'a guère varié, donnait à l'Ile Bourbon 169693 habitants, savoir :

Français : Blancs, Mulâtres, Nègres. . . 110 042

Hindous 30 754

Cafres 0 413

Malgaches 6 370

Chinois 5t8

Armée, marine . 2 71G

' Ce n'est même pas la moitié des habitants de l'île Maurice, qui est moins vaste pourtant : 191 iOO hectares contre 197900 : l'ile de France, en 1881, avait 561000 résidents, dont 200000 travailleurs importés de l'Inde.

Sur les 120000 citoyens français, la moitié vient du sang nègre, l'autre moitié comprend les Blancs et Mulâtres chez lesquels le sang d'Europe tantôt remporte sur celui d'Afrique, tantôt à part égale ou inégale dans le mélange.

Les créoles de Bourbon, connus par leur hospitalité, leur bienveillance, leur douceur, leurs façons libérales, leur patriotisme comme Bourbonniens et comme Français, ont beaucoup lutté pour la défense de leur petite patrie, pour la puissance et l'honneur de la grande : en cela semblables aux Mauriciens, devenus Anglais à contre-cœur. Anglais de nom seulement, le cœur, la volonté, l'esprit étant restés français. C'est une race souple, avec hommes élégants, femmes gracieuses. Demeurée plus forte sur les « hauts » de la montagne que dans les « bas » de l'elUptique rivage, c'est dans les trois grands cirques, principalement dans ceux de Cilaos et de Salazie, qu'elle s'accroît, pour l'heure prochaine, sinon même déjà sonnée, d'essaimer vers Madagascar. Là, dans l'air sain, vivent les « créoles des bois » ou « petits créoles » ou encore « petits blancs », arrière-petits-fils des colonisateurs d'antan.

Comme en dehors des trois cirques la culture a respecté jusqu'à présent le grand bloc de montagne; comme les plantations, canne à sucre, maïs, café, vanille, vignes dont on ne sait encore ce que sera le vin, se bornent au prochain voisinage de la mer, il s'ensuit que la population fait le tour de l'ile — pas tout à fait le tour, parce que le sud-est et le sud, réduits par la montagne à une très étroite lisière, forment lacune dans la ceinture des villes et des bourgs. Le nord-est, le nord, l'ouest, sur tout le parcours du chemin de fer demi-périphérique de Saint-Benoît à Saint-Pierre (125 kilomètres), sont comme une interminable cité mêlée d'arbres: à peine un village fini, l'autre commence; au bout de chaque torrent issu des monts ou des avantmonts, aux deux côtés du pont qui réunit les deux rives, un hameau voit de ses vérandas le volcan que l'âge dégrade et la mer éternellement jeune.

Le chef-lieu, Saint-Denis, sur la côte septentrionale, a 50 835 âmes; Saint-Paul, sur la côte nordouest, 28684; Saint-Pierre, à la côte du sud, 24555 : h elles trois, ces villes hébergent la moitié des Bourbonniens.

YIII. Les Comores. — Si les entasseurs de Pélion sur Ossa, tentateurs du Ciel, avaient aussi voulu tenter l'Abîme ;

Et que, s'emparant des Comores pour y planter des piles, ils eussent jeté de Madagascar à l'Afrique un pont de fer en zigzag, ce pont aurait eu cinq travées, car ces îles sont au nombre de quatre : on les nomme, de l'occident à l'orient, Mayotte, Anjouan, Mohéli, Angazia ou Grande-Comore.

NOS COLO.MES

l.a premier»; Iriivép, des caps- occiilenliiui di; ta baie de i'asaiulava jus<|u'ii Jlayoltc. aurait passé sur plus de ÔOO kitoinéties di' mer; lu ilornièiv, de h Graiide-Comorc ii la rive portugaise d'Afrique au

sud du cap Delgado, n'en eût fianchî, quelque peu moins longue, que 503 presque eiaclemenl; quant aux quatre iles, leurs dislances de l'une h l'autre varient entre 50 et 75. Entre les promon-

a tngigéi (loï, p. III).

s, d'iprèi une phatognphie

toires orientaux de Mayotte, la plus avancée vei-s le levant, et les prutulK-rances occidentales de la Gi'ande-Conioiv, la plus av.;::cée vers le coucliant, réloigiiement extrême est d'environ 250 000 mètres. La plus au sud, Hnyolte, est entre 12 et lô de latitude méridionale; la plus au nord, la

Grande-Comore, entre 12 et 11 : celle-ci projette son cnp du midi h peu près vis-A-vis du cap d'Ambre, pointe ta plus septentrionale de Madagascar.

A elles quatre, les Comores obstruent, ou plutôt elles obstrueraient, si plus gi'andes et plus nom-

lireuses, te milieu de l'entrée i boréale » du canal de Mozambique.

La GraniJe-Comore, Anjounn cl Mohéli viennent (l'eiiti'cr piir protectorat dans 11011*6 domaine colonial : l'encre du traité séobe encore. Hais Mayolle nous appartient depuis tantôt cinquante années.

On était en 1841. Autant que jamais hésitantii, on voulait Madagascar et on ne la voulait pas; d'ailleurs nous étions réduits à moins que rien par i'enli-nle cordiale avec les Anglais: or un an ne s'était pas écoulé depuis que l'Angleterre, ameutant l'Europe au sujet d'affaires méditerranéennes, en Egypte, en Syrie, l'avait liguée contre nous, et

n de Taylor, d'après une phatognphie communiqué» par M. C. ili^voil.

contre nous seuls, par. les conventions de la Quadruple Alliance.

Donc nous n'osions tant seulement raidir un petit bout de notre volonté; les baies de Madagascar, avant tout la multiple Diégo-Suarez, nous attiraient, mais l'appréhension nous en éloignait.

Cependant il nous fallait dans ce coin de l'Océan des Indes un abri pour les grands vaisseaux. En

perdant l'ile de France nous avions perdu le Grand- Port et Port-Louis, deux asiles admirables; Boui'bon. qui nous était demeurée, ne garantissait même pas, aux meilleuivs de ses criques, l'humble llottilie des pécheurs, et cela devant une mer en frénésie quand roulent les tourbillons du cyclone.

Ce port, on pensa l'avoir découvert en Mayotte, île avec îlots qu'enferme en des eaui paisibles

une ceinture de madrépores déchirée par sept brèches où Tonde profonde porte aisément les grands navires. Comme il y a de trois ou quatre à dix ou onze kilomètres entre le rivage et le récif, on y trouve l'espace en même temps qu'on y rencontre la sécurité.

Mayotte obéissait alors à un aventurier sakalave*, devenu roitelet ou, comme on dit aux Comores, en imitation des Arabes, sultan de l'îlelte, après avoir été roi quelque temps sur la Grande lie, en terre de Sakalavie.

Il céda sa roitellerie à la France, contre une pension annuelle de 5000 francs, dont il usa pour s*emplir comme une outre, lui, bon Mahométan, et, comme tel, superbe contempteur des liqueurs fermentées : les vins, les tafias, l'absinthe menèrent de vie à trépas Son Ivrognerie sérénissime.

Bourbon, satellite infime devant un grand astre, devrait ajouter presque trois cents <?llipses à son ellipse pour parfaire Madagascar. Bien plus petites encore, les quatre Comores ensemble dépassent de très peu l'étendue de Bourbon. 11 n'y a pas même dans ces quatre terres réunies 10000 hectares de plus que dans l'île du Pilon des Neiges et du Piton de Fournaise.

Leur aire est de 206 700 hectares d'un sol partout de même nature, soumis au même climat, avec mêmes plantes, mômes arbres, mêmes races de bêtes et de gens.

Tourmentées toutes quatre, deux sont montagneuses et deux collinières. Ce qui domine dans leur étroite enceinte, au dedans de la barrière de corail qui les termine sur une mer profonde, c'est la roche volcanique, à côté, au-dessus de granits, de schistes, de grès, d'oolilhes et calcaires. Provenue surtout de la délitescence des laves, la terre y récompense libéralement le moindre effort de l'homme, qui, de fait, ne s'efforce guère.

Le climat qui les régit ne leur envoie que des cyclones bienveillants, en comparaison des typhons cruels de Bourbon, de Maurice. Il est, la latitude l'exige, franchement tropical, avec un hivernage d'à peu près six mois, d'octobre A mai, et six mois de saison sèche. 11 tombe, suivant les expositions, deux, trois mètres de pluie, même plus, dans un air d'étuve, entre 22 et 55 degrés; le temps de sécheresse, moins torride, oscille entre 16 ou 17 degrés et 29 ou 30 degrés.

Etant tropicales, les années que le Français y

J. Adrian Souli.

passe le consument; elles comptent double et pljjs que double; qui vit là-bas cinq ans de suite a vieilli de quinze ou vingt ans; seulement, de retour eu France, il peut rajeunir. Elles ne sont pas également insalubres : par divei'ses causes, les deux îles collinières ont plus mauvais air que les deux montagneuses, et l'on ne peut y échapper aux miasmes d'en bas en grimpant à 1000, à 1500, 2000, 2500 mètres au-dessus des plages palustres, puisque le mont supérieur à 1000 mètres leur manque.

Les herbes, les arbres, les forêts, réduites par le déboisement au sixième de leur aire primitive, les fleurs, les animaux y ressemblent à ce qui verdit, à ce qui anime Madagascar, plus qu'aux grains, aux bois, aux bêtes de TAfrique. Les hommes y participent k la fois du continent prochain, de la grande île voisine et de l'Arabie lointaine.

Rares sont les Comoriens, car l'archipel ne porte que 45 000 à 50 000 personnes : ils n'en appartiennent pas moins à trois origines et k des mélanges et remélanges de ces trois sources de vie. On y trouve des Nègres africains purs, des Sakalaves et autres Malgaches, des Arabes, des Antalots, qui sont des métis nés de l'alliance des femmes africaines ou madécasses avec les anciens immigrants a sémitiques » arrivés à des époques imprécisées, imprécisables, peut-être mille ans avant Jésus-Christ comme mille ans après; puis les peuples bigarrés que font les unions entre Antalots et Cafres, Antalots et Malgaches, Antalots et Arabes, Cafres et Malgaches, Arabes et Malgaches, Cafres et Arabes, etc.

La langue arabe n'a point triomphé des idiomes « nègres », en même temps que triomphait son Coran, et si presque tous les Comoriens ont reconnu rislam de Mahomet, l'aristocratie seule, laquelle se compose justement d'Arabes, use de la langue du (( Livre ». L'idiome qui règne dans les villes est le souhéli ou souahéli, parler procédant de l'amalgame du bantou de la côte orientale d'Afrique et de l'arabe apporté par les missionnaires, les commerçants, les aventurière et guerriers, les chasseurs d'esclaves. Le langage de la campagne est une confusion de ce souhéli avec les jargons divers des « Cafres » et des Malgaches ; et comme les Comoriens fournissent beaucoup d'émigrants au monde extérieur, ceux qui reviennent au pays, fortune faite ou non faite, apportent au langage commun des termes pris aux peuples étrangers.

L'influence arabe ne se montre pas seulement dans le mahométi^me des Comoriens, dans leure mœurs, dans beaucoup de leurs idées, conceptions

MADAGASCAR

et fantaisies, enfin dans les mots sémitiques zébrant leur vocabulaire. Elle se manifeste aussi par l'aspect des bourgs, qui ne sont pas des rassemblements de huttes africaines, mais bel et bien, spécialement sur la Grande-Comore, des maisons do pierre et de chaux, avec mur de défense, tour carrée et casba.

Hayotte, la Maouté dos Indigènes, comprend 55 600 hectares, îlots littoraux compris — soit seulement les deux tiers de la Seine, notre déparlement minuscule.

Où elle est fertile, elle est malsaine ; là où elle est dure, par endroits stérile, elle devrait être salubre et ne l'est pas.

—^— tjxrMm nli

Le principal avantage de celte ile à cratères, ce sont ses baies, rades et ports, notamment celui que défend du large l'ilot de Pamanzi.

La partie féconde, en bas, naquit de l'inféconde d'en haut ; elle en naît tous l(»s jours, son alluvion de 5, iO, 12 et jusqu'à 15 mètres de , profondeur s'accroissant à chaque hivernage par l'arrachement, le trahtiport, le dépôt des parcelles ;

elle borde la mer à l'embouchure de ruisseaux extra vases en marais qui se prolongent par des vasières à paléluviers. Ces fanges et palus, le soleil dardant au jusant sur la boue abandonnée par le îlot, c'e^t là/ pourquoi la terre meuble de Mîiyotle, environ le ^juart de l'île, exhale des fièvres épuisantes; pourquoi aussi la terre haule, qui Aiil les trois autres quarts, ne vaut guère mieux aux Blancs que les fonds Inférieurs.

Terre haute, non très haute, aucun sommet n'atteint 700 mètres : les Épaules (Mavégani des Indigènes) s'élèvent par leurs deux cimes à 600 et à 648 mètres; l'Outchongui, cône parfail, à 64'2. Au pied des collines, les ruisseaux coulent sur des roches diverses, granits, schistes, grès variés, calcaires, et surtout parmi les pierres comburées, rouges et noires, laves, basaltes, trachyles, ponces, champs de scories, sables volcaniques; sol presque partout ingrat avec herbes flétries chaque

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