‹ La France et ses coloniesChapitre 224 sur 283 · II · texte numérisé non relu

II

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Carte des Comorcs.

La Grande-Comore ou Angazia ou Ngasiya est en effet la « Majorque » de ces a Baléares » où il n'y a probablement pas plus de sang arabe que dans les Baléares catalanophones d*entre Marseille et Alger. Elle s*ôtend sur HO 000 hectares.

Plus sèche qu'aucune, pas un seul ruisseau n'y sonne allègrement, et ses fontaines sont au nombre d'im^; encore la source est-elle foute petite : elle ne jaillit pas, elle sourd au fond d'un trou, et elle s'y pourrit presque.

Sa sécheresse est telle que ses Comoriens mourraient de soif s'ils ne buvaient l'eau de la noix de coco, qui leur croit sur une infinité de cocotiers.

Pourtant elle dresse un cône de 2598 mètres, le Kartal ou Karadalla, volcan qui vil.

Et l'hivernage y crève en pluies orageuses.

Mais toute la pluie filtre sous terre, dans les scories, dans les trous, fissures de la lave, non sans entretenir de sève la racine des plantes — aussi les beaux arbres ne manquent-ils pas.

En somme, île presque indigente, quoique ayant de-ci, de-là, bel aspect, herbes drues, jardins de bananes, citronneries, panaches de cocotiers, et

bien que maint bas-fond y appelle des cultures riches.

N'ayant pas d'eau, elle ignore la fièvre palustre; son peuple, fait de peut-être 20 000 hommes\ a beaucoup plus de force, de jeune allure, de vivacité, de souplesse, que celui des trois îles sœurs, et l'on y rencontre moins de laids visages.

La merveille d'Angazia, c'est son mont de feu, son Kartal, souvenlefois signalé de loin par un panache de fumée, et parfois, mais rarement, par les fianunes de l'éruption : ainsi en fut-il il y a trente et un ans, en 1858, h son dernier vomissement de laves épanchées par un cratère de 2000 mètres d'enceinte, de 150 de creux — cratère auquel il doit son autre nom de Djoungou dja Dsaha, c'est-àdire la Marmite au Feu.

Trois ksour, bourgades fortifiées, et trente villages servent de demeure aux Angaziens, vivant presque tous dans l'intérieur, sur la pente du mont, loin de la mer, qui n'a pas de ports. Le « sultan )) demeure à Mouroni.

1. D'autres disent 6000, 10000. ou 30 000, 40 000, jusqu'à 50000 : il y en avait, dit-on, 80000, voire 130000, avant les guerres civiles qui ou désolé Angazia.

Vue d'Obok. — Dessin de Vuillii

OBOK

1,0 mot dp colonie, qui, dans l'origine, avnittin sens très court, Ir^s élroil, s'est extrémemenl agrandi.

il signifia d'aboni, comme la racine l'indique, une M culture », un défrichement, un domaine, une habitation.

Puis le sens s'étendit h un ensemble d'essarts, à un village, à des villages, k des bourgs.

Après quoi il désigna les coliortes de Romains, d'Ilaliens, les vélérnns que Rome envoyait en bloc dans les pays conquis et qu'elle y fixait en des sites élus pour y propager la langue de Rome, l'influence de Rome, les idées de Rome : de sorte que, devenues de petites Romes cliez les Barbares, en Gaule, en Bretagne, en Ibérie, en Germanie, en Illyrie, en Dacie, eu Afrique, en Numidie.en Maurêlanie, elles dilataient, chacune en sa contrée, et toutes jusqu'au bout df leurs terres, la supei'hc domination de la Ville Éternelle.

Prenantencore plus de coiupréhension, il engloba

ces grands pays eux-mt^mes, Maurétanie, Numidic, Afrique, Dacie, Illyrie. tiermanie, Ibérie. Gaule, Rr,'tagne : tout cela se nomma les colonies de Rome.

Enfin, quand l'Europe eut commencé de se répandre hors d'Eurape, par conquête, commerce, exploitation, de l'extorsion simple, œuvre de passage, au défoncement du sol, œuvre de durèe, le nom de colonie embrassa toutes ces sortes d'étahlissenienis, les vains, les criminels, les justes, les durables, le.s éphémères, aussi bien la simple baraque du traitant sur une plage de fièvre que les empires auxquels sont promis des septennats, des décennats, peut-t^tre des centennats de siiicles, l'Argentine, l'Algérie, le Canada, le Brèsil, qui sont « tout ». comme Obok, qui n'est h lien ».

Obok, c'est un port, une garnison, un dépôt de houille, un comptoir, un petit commerce, quelques magasins et, dans r,ivenir, quelques Jardins arrosés par l'eau tirée des puits, sur Je rivage le plus chaud du monde. '-

iJO NOS C0LO?)IES

Or louli's CCS mngniftcencos-là sont si peu de 1 en Afritfuo pouvail nous mener à de grandes descliose qu'elles ne sont riyn de rien. , linées « êlliiopiennes »;

Li's jours ont cessé de luire où ce dùbarcadéie I A r.Vltjssinii', au Chou, teri-es très hautes,

el rraiolies dans l'incendie du bas pays qui les | que centrale. Oliok était aussi l'un des chemins du

environne; fleuve de rÉgypto, du Tzadé. de Tombouctou, du

Et, par l'Abyssinie el le Choa, aux royaumes des Congo.

dallas, au ^il supérieur, aux grands lacs, à l'Afri- | Mats l'Angleterre, lllalie, l'Allemagne ont agi

pendant que nous parlions, un peu rêvassants, les bras iiicries; elles se sont partagé la côte orienlale d'Afrique; et tout ce que nous y possédons, Oliok, ne nous donnera point la montagne d'Ethio-

pie, que les autres veulent, et que nous n'avons pas su vouloir.

Obok n'a pas d'histoire. On l'acquit en 1855, avec

son bout de lilloral, d'un sultan du pays, moyennant une cinquantainr de mille franchi: ti< Irailé ne devint public qu'en 18(12.

On s'en pronteltait monts et niei-veilles r surveiller l'entrée et la sortie de la Mer Rouge, dont le

(wreeinent de l'isthme de Suez allait faire le grand ebeniin des nations, paralyser l'Aden des Anglais, s'approcher du Clioa, de l'Abyssinie, nouer avec les peuples de ces superbes citadelles des liens d'amitié, de protection, même de religion, puis-

qu'ils sont chrétiens, d'une secte qui a de grandes afTinilùs avec le catholicisme.

Ayant tout dit, on ne fit rien.

Obok dormit vingt ans au soleil.de l'Afrique. C'est fout récemment que la France en a pris effeclivemeat possession et qu'elle a prolongé quelque peu sa ligne de côtes par l'acquisition de tout le tour du golfe de Tadjouia.

Elle a maintenant souveraineté ou suzeraineté sur le rivage à partir du cap Doumaira, qui l>rise la vague presque en face de l'île de l'érim. qui est un Gibraltar anglais là oi!t la Mer Rouge est encore Mer Rouge, mais va devenir Mer des Indes. C'est là la borne septentrionale, au sud-est, et non loin de l'Assab des italiens. Le cap DJiboutil mai-quc la borne méridionale, à peu près

au vis-ù-vis d'Obok, par delà l'expansion d'entrée de la baie de Tadjoura, laquelle ouvre une bouche de 45 kilomètres pour boire à l'Océan des Indes.

Lit baie de Tadjoiira est un golfe des plus notables, de l'ampleur de ceux au bout desquels on s'attend à voir arriver en grands flots un fleuve issu d'un milieu de conlinenl. Longue de 85 kilomètres, même un peu plus, elle ne craint ni veut d'est, ni vent de seplenirjou. ni vent du sud : de ces trois cùtés, l'orient étant celui de l'entrée, de hautes

falaises, d'arides monts l'abritent. A 10 ou tTkilonièlres do son estréniité, se» hoi-ds se resserrent tellement qu'on la croiratl finie, mais, au lieu de se cogner contre une rive en cu^e-sac. on trouve un dêli'oit de ")00 h 400 mètres de large, menant dans un bassin de toutes pails gardé, qu'aucun souffle n'agite. On le nomme Gubbet-Kliarab : ce que réfléchit son onde, translucide sous le midi, ce sont des ntciies volcaniques réverbérant un soleil d'enfer; el s'il est aujourd'hui presque scindé de l'Océan, c'est parce que des cratères ont rejeté des

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